‹ Le grand planChapitre 3 sur 56 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Après toutes ces années d'enfer, pendant lesquelles le progrès du monde a été arrêté et le développement des grandes institutions industrielles a subi une halte, une question s'élève : « Et après tout cela ! le imionde souffrir a- t-il et gémixat-il sous la puissance consumante du mal ? Continuera-t-il à préparer de plus grands maux, accumulant dette sur dette, et forgeant de nouveaux jougs pour le cou des hommes ? Ou s'engagerat-il, au contraire, dans le chemin de la paix et du progrès à la fois défaisant le passé et donnant à ceux qui revivront des temps pacifiques, les moyens de rebâtir les ruines et de réparer les ravages de la guerre ? »

La guerre est une démence. Aucun langage ne saurait donner une idée du résultat de la guerre actuelle. L'histoire future pourra seule démontrer ^

son insigne inutilité. La fleur des grandes nations est tombée. Des milliards ont été dépensés, sans que rien ne reste de la dépense. Les riches seront pauvres et les pauvres dans rindigence. Des milliards ont été employés à détruire la propriété et le commerce. L'Empire Allelmand, qui faisait de si rapides progrès dans toutes les entreprises commerciales, industrielles, économiques, sera universellement exécré et son nom qui a brillé avec tant d'éclat dans le ciel du progrès et de la pensée, restera à jamais terni. Made in Germany ne sera plus longtemps une réclame pour les manufacturiers et les commerçants de cette nation, mais plutôt une cause directe de boycottage.

Quel que soit le pays où nous puissions vivre, nous ne voulons pas voir la flétrissante culture allemande s'ilmposer à nous ou à notre nation, ni sentir que le peuple dont nous sortons pardonne ces actes perpétrés au nom de cette culturé : ruine des cités vestiges du Moyen-Age, destruction de palais, de galeries d'art, d'églises et de cathédrales, de fermes et d'humbles foyers, avec le cortège des afflictions et des déchirements. Guillaume II et ses sectateurs étaient ivres de rêves insensés, hypnotisés par leur ambition insatiable. C'est la tâche

IN TIIODUCTION

du monde, non seulenient de mettre ces hommes hors d'état de nuire, mais aussi de faire en sorte que leur œuvre ne puisse jamais être renouvelée.

L'Auteur croit en la paix universelle ; il a écrit deux ouvrages sur ce sujet ; il croit qu'elle est en marche, et que cette guerre est la dernière grande guerre que le monde verra jamais ; les souffrances actuelles du monde sont les douleurs de l'enfantem^t, et l'enfant qui va naître est la Paix Universelle des nouveaux Etats démocratiques du monde. Il n'y avait pas d'autre solution, aussi longtemps qu'il existait une race comme la race allemande, et l'auteur est d'accord avec Kipling quand il dit qu'il y a deux races ; la race humaine et la race allemande. Il était inévitable que ces deux races fondées sur d'aussi différents idéaux, placées à d'aussi différents points de vue, dussent, tôt ou tard, entrer en lutte, jusqu'à ce que l'une des deux l'emporte, jusqu'à ce que la race humaine triomphe. Le monde vient de franchir un ténébreux abîme, un gouffre de désespoir en apparence sans fond, et, par les passes de montagnes, il gravit maintenant vers les saintes hauteurs d'où l'on distingue, dans le lointain, la vie abondante et la paix universelle. Dans ce gouffre ont été jetés huit millions d'hom-

mes, la fleur et la jeunesse des nations, mais sur leurs cadavres nous marchons vers la terre promise de la paix. Dans notre voyage, nous emmènerons avec nous des millions d'hommes mutilés, des aveugles, des hommes sans bras ou sans jambes, des incurables, mais, pleins d'affection et de gratitude, nous les aiderons à supporter leur fardeau, sachant qu'ils ont volontiers offert leur corps pour combler le précipice qui nous séparait de loutre côté : cette terre de paix si longtemps attendue.

Dans le bouleversement de ces quatre dernières années, des changements étonnants se sont opérés dans le monde. Des royaumes ont été renversés ; d'autres sont en train de se désagréger et ne tarderont pas à disparaître. La puissance de l'autocratie est domptée ; elle ne vivra plus que dans les souvenirs de l'histoire, car sa place ne peut être dans un monde nouveau qui sera composé de républiques et de monarchies aux pouvoirs limités et dans lequel les républiques prédomineront. Le suffrage universel s'imposera dans presque toutes les nations de la terre et la limitation des pouvoirs triomphera de façon merveilleuse dans toutes les nations. Suivant un accord réalisable, qu'elles devront arrêter entre elles, les nations pourront

INTHODUCTION

porter leurs différends devant un tribunal. Par ces (moyens, la force des armes disparaîtra progressivement, et toutes les 'difficultés seront réglées aussi amicalement que celles qui existaient entre la Suède et la Norvège. Un tel tribunal, s'il était institué, devrait être appuyé par une organisation du mondée assez forte pour Jmposer ses décisions, sans avoir recours à la force armée. Sinon, ses verdicts, si les nations restaient libres à leur égard, seraient de simples chiffons de papier. Ce tribunal devrait policer le monde, autant que cela serait nécessaire, tout comme sont policées les rues de toute ville civilisée. Il devrait, quand ce serait nécessaire, imposer la paix entre les nations, de la même façon /ju'une armée internationale imposa la paix aux Boxers rebelles.

La faim et l'épuisement, et non les victoires écrasantes, ont été les principaux facteurs qui ont amené la fin de la guerre. L'existence, durant cette période, fut un enfer, le pire enfer qui ait jamais été vécu. Le coût de cette guerre est dix fois plus grand que le coût de toutes'^ guerres du siècle précédent. Le but de ce livre est de contribuer à découvrir le plus court chemin vers la paix et la prospérité. Un tel plan n'aurait pu être

réalisé avant la guerre actuelle, cslt il se place à un point de vue plus large et plus profond, que le monde ne pouviait connaître avant cette guerre. Nous sommes arrivés à un imoment trop avancé de l'histoire du monde pour que les conceptions et les idéaux, soutenus par les Hohenzollern, puissent triompher ; et de même, bientôt, toute la nation allemiande comprendra Timmense préjudice porté à son renom par ceux qui la gouvernèrent. Le monde pense comme le grand homme d'Etat grec, Venizelos, quand il dit : « Les rois ne sont pas « responsables devant Dieu, mais devant leurs (( propres peuples, qui ne les laisseront sur le <( trône qu'autant qu'ils s'inclineront devant ce (( principe et qu'ils accepteront de rendre compte « de leurs actes en ce monde, non dans l'autre. S'ils « ont des comptes spéciaux à régler avec Dieu, ils (( pourront les régler après leur mort, s'ils vont au (( ciel. Si les rois doivent survivre et régner, quand « le désordre mondial actuel aura cessé, ils ne le « pourront que s'ils s'inclinent humblement et « respectueusement devant la volonté du peuple « sur lequel ils régnent. Les rois de nos jours ne (( sont plus que des présidents de républiques qui, « au lieu d'être élus pour quatre ou cinq ans, sont

Page 1