INTRODUCTION
« appelés au trône par la voie de l'hérédité. »
Dans cette guerre, les espérances de l'avenir luttaient contre les égarements du passé, et l'avenir a V2tîncu.
Le plan développé dans les pages qui vont suivre est praticable et simple, et ne s'adresse pas seulement aux Alliés, mais aussi aux Puissances Centrales, comme leur salut. Il leur permettra de payer les fortes indemnités auxquelles elles seront contraintes. Si ce plan était adopté, totalement ou partiellement, il signifierait la résurrection du imonde, et d'un tombeau de désespoir surgirait le plus grand des triomphes : la fraternité des hommes et la paix sur terre, annoncée il y a longtemps par les anges aux bergers. Le plan proposé assurerait cent années de paix, grâce à un accord basé sur des considérations financières. Les accor is fondés sur de telles bases sont, pour diverses raisons, plus particulièrement solides, et la crainte qu'ils ne soient que des « chiffons de papier » est moins fondée que s'il s'agissait d'accords auxquels de telles considérations seraient restées étrangères.
Ce plan, non seulement poursuit un but pacifiste, mais encore donne le moyen d'établir une nouvelle monnaie, offrant la plus grande sécurité et pou-
vant remplacer l'or et l'argent disparaissants. Tou-' tes les valeurs détruites seraient remboursées au moyen de la monnaie nouvelle. L'or et l'argent qui restent ne suffiront pas à satisfaire les besoins du monde et la réparation des dommages causés par la guerre. La monnaie préconisée, aurait derrière elle, pour la racheter au cours du temps, le ttneilleur fonds d'amortissement qui ait jamais été créé pour liquider une dette, puisque le monde entier serait derrière ce fonds d'amortissement. Il permettrait à toutes les nations belligérantes et à toutes les nations neutres qui ont été forcées de mobiliser leurs armées, de payer toutes les obligations émises durant la guerre et en même temps d'économiser les intérêts annuels de ces obligations. Il renierait possibles, dans chaque nation la suppression des impôts supplémentaires que la guerre a motivés et le retour aux taxes fiscales d'avantguerre. Il éviterait à des centaines de mille hommes de déposer leur bilan, et préserverait trois ou quatre nations de la banqueroute, qui serait un si grave revers pour tous les Etats. II redonnerait du crédit à ces nations qui pourraient être amenées^à répudier tout ou partie de leurs dettes. Il paierait toutes les dettes nationales
INTllODUCTrON
causées par la guerre, et ce en moins de dix-huit mois. Il fournirait au monde les moyens de récupérer les valeurs perdues, sans que, pour cela, les hommes aient à attendre une ou deux générations. Il éviterait des années de fluctuation dans les change/s internationaux, en offrant la meilleure garantie contre la possibilité d'une banqueroute. Il procurerait d'énormes capitaux pour l'amélioï-ation immédiate des chemins de fer, dont l'entretien a été négligé. Il fournirait les capitaux nécessaires pour reconstruire le tonnage perdu de toutes les nations, et cette reconstruction amènerait une ère de prospérité incomparable, alors que l'on irait au devant d'un sort contraire si ce plan n'était pas adopté. Il procurerait aux travailleurs de toutes les nations les salaires les plus élevés, et il n'y aurait plus de sans-travail de par le monde, car le progrès serait tel qu'il y aurait du travail pour tous. Un merveilleux développement de l'industrie, sa reconstitution et son extension se répercuteraient à travers le monde dans tous les commerces ét les manufactures. Hommes et femmes pourraient encore connaître le luxe, qui serait oublié par toute une génération si ce plan n'était pas adopté. Les valeurs des grandes sociétés industrielles et des compa-
gnies de transport, accumulées à la suite du travail énorme qu'elles mettraient en action, atteindraient des cours jamais atteints auparavant. II y aurait des acheteurs pour tout ce qui chercherait un marché, et ces acheteurs disposeraient de beaucoup d'argent. La valeur croissante des obligations, actions et valeurs i|m.mobilières atteindrait dans le mondé le double au moins du montant des richesses que la guerre aura détruite.
La monnaie imaginée par ce plan prendrait sur une vaste échelle la place de l'or dans, le commerce international. Ce plan fournit à rAllemagne et à l'Autriche les capitaux nécessaires pour réparer les dommages — dont nous espérons que la charge leur sera imposée — causés à la Belgique, au Nord de la France et à la Serbie. Cependant, la réparation de ces dommages n'enlèverait à l'Allemagne et l'Autriche rien de ce qu'elles possèdent actuellement, mais elles auraient le moyen d'y pourvoir sans qu'elles sentent le poids d'une telle charge, puisqu'elles retourneraient de suite à la paix et à la prospérité, au lieu de glisser vers la banqueroute qui, autrement, les attend.
Le fonds d'amortisselmtent institué en vue de régler toutes les dettes que le nouveau/ système
monétaire devra envisager, serait alimenté, en fait, comme il a été dit plus haut, par l'ensemble du monde civilisé, et serait suffisant à racheter toutes les obligations émises en moins de cent ans ; et, cependant, tous les avantages qui résulteront de ce plan, *quand il sera adopté, ne coûteront pas un liard à qui que ce soit cm monde. Non seulement ces avantages seront obtenus sans sacrifice aucun, mais, en même temps, sera allégé raccablant fardeau des lourdes impositions qui sont actuellement appliquées, et évités ^es lourds impôts de l'avenir, entre autres la mobilisation de la fortune, qui est actuellement l'objet de discussion dans certains pays.
L'auteur espère que les lecteurs ne seront pas effrayés par quelques-uns des mioyens préconisés pour obtenir ces bienfaits aux hommes, mais qu'ils les considéreront en fonction des conditions nouvelles que nécessitera la réalisation de ce plan, et qu'ils jugeront si les changements radicaux qui doivent être apportés dans le monde et dans les rapports entre les nations n'en valent pas le prix. Afin de faciliter la réalisation de ce plan, il faudrait, par exemple, se déposséder presque totalement des armes et des navires, qui devraient ne
LK GKA^I) PLAN
plus servir, dans chaque nation, qu'à faire la police. Mais les bienfaits n'en valent-ils pas le sacrifice ? Et si ce plan est adopté, et si tout le monde souhaite le rétablissement de la paix pour la durée d'un siècle, et entend en recevoir les avantages, n'est-il pas évident que les flottes et les armées ne seront plus nécessaires, sauf dans les étroites limites mentionnées plus haut ?
Certains des chapitres qui vont suivre exposeront les conditions nouvelles de la guerre. Nous expliquerons ensuite les^divers aspects sous lesquels notre plan peut être envistagé, et les bienfaits que son adoption apporterait au monde, c'est-à-dire le passage de la prospérité fictive à la prospérité réelle, sans la ^moindre entrave à l'industrie et au progrès.
CHAPÏTRE PREMIER Les Pensées sont des Choses
Saint Paul a dit : ' ' L'homme est tel qu'il pense au fond de son propre cœur Comme pense le monde, ainsi est le monde. Toutes les manifestations de la vie sont le produit des pensées qui se cachent derrière ces manifestations. La vie est comme un grand écran sur lequel un tableau cinématographique est projeté ; il est inutile d'essayer, au moyen de liquide ou de savon, d'efïacer le tableau sur Técran aussi longtemps que le film est en place et que la lumière brûle. Vous ne pouvez faire disparaître le tableau qu'en déplaçant le film ou en détournant la lumière. Ainsi en est-il de toutes les manifestations de l'expérience humaine ; il n'y a que deux moyens d'en changer les conditions : ou changer les pensées
].E GilAND PLAN
de rhomme, ou le faire cesser de penser, ce qui n'est pas possible.
De même que le tableau projeté sur l'écran cinématographique peut être aperçu de milliers de spectateurs, de même la pensée d'un homme exerçant le pouvoir peut être reflétée par les vies de millions d'êtres, de même les pensées belliqueuses du kaiser ont été reflétées par le monde entier, ce qui a eu pour résultat cet effroyable cauchemar. S'il n'avait pas toujours exprimé des idées de guerre et de conquête, nous n'aurions jamais souffert de cette guerre. Aucun autre homme ayant le pouvoir n'avait de pensées de guerre dans son esprit. Nous devrions fuir un homme à l'esprit aussi déréglé, comme nous fuirions une personne pestiférée. Une telle personne devrait être isolée — éloignée des autres, aussi promptement que possible. L'œuvre importante dés temps à venir sera de fuir toute personne ou tout groupement' qui parlerait de guerre, comme on fuirait une personne propageant la plus mortelle contagion. De telles personnes devront être mises dans l'impossibilité de nuire et isolées, sinon le microbe de la guerre se
LES PENSÉES SONT DES CHOSES
répandra et contaminera une ou plusieurs nations, comme il a contaminé l'Allemagne, nécessitant toutes les forces de ce monde et toutes les finances de la chrétienté pour la vaincre et faire du monde, à nouveau, une place convenable pour vivre.
Presque tous les lecteul^s de cet ouvrage admettront que les 90 centièmes des hommes désirent la paix, et n'ont aucun désir de déposséder qui que ce soit par la violence, ni d'ôter à une nation son existence constituée. Ils ont assisté avec une horreur sans mélange aux agissements diaboliques des Allemands au cours de cette guerre. Leur désir est de soulager la souffrance et d'ennoblir le genre humain. Ils consacreront des millions pour lutter contre la famine, chasser la maladie, instruire les habitants des pays lointains.
Les pensées sont des choses. Pourquoi ce désir de paix parmi les hommes ne peut-il être satisfait dans le monde? La réponse est qu'il n'y a pas d'organisation de force pour le réaliser ou pour aider à sa réalisation. L'auteur d'un livre ou le compositeur de musique, sont protégés par les lois du copy-
right ; l'inventeur d un instrument merveilleux, où sont incarnées ses idées, peut être protégé par les lois internationales sur le brevet d'invention. Et cependant, alors que presque tout le monde désire la paix, il n'y a aucune organisation sur terre pour la faire aboutir, aucune organisation capable de soutenir ce désir de la plus grande partie du genre humain. Il y a, dans le gouvernement de chaque nation, un Ministre de la Guerre et un Ministre de la Marine ; aucun ne possède un Ministre de la Paix, chargé de représenter le vœu et la volonté de la majorité du peuple, et de réaliser et d'entretenir ce vœu. La paix doit être le résultat d'un accord international, à l'instar des lois sur les droits d'auteur et les brevets d'invention ; elle doit pouvoir s'imposer au même titre que les autres désirs et exigences des hommes. De tous ces désirs, c'est le plus important. Toutes les polémiques, toutes les propagandes, qui tendraient à compromettre cette paix tant souhaitée, doivent être réprimées, afin que le vœu général puisse être réalisé et que la paix universelle l'emporte.
La plus grande peut-être de toutes les hallucina-
LES PENSÉES SONT DES CHOSES
tiens, c'est que l'étendue d'une nation favorise sa prospérité. L'Allemagne vainquit la France en 1870, et cependant, les titres français atteignent aujourd'hui des cours plus élevés et rapportent des intérêts moindres, que ceux de l'Allemagne; et les négociants et industriels de France ont pu, pendant plus de trente ans, obtenir de leurs banques des taux plus avantageux que les Allemands. En Hollande, en Belgique et en Suisse, la population est plus riche, percapita, que la population allemande, et en outre elle n'est pas soumise aux charges de l'entretien d'une armée et d'une flotte si considérables. Si l'Allemagne était à cent kilomètres de la mer, elle n'aurait pas besoin de navires pour se protéger; ses produits n'en n'auraient pas moins atteint les marchés du monde, tout comme ceux de la Suisse, et sa population aurait été soustraite aux machinations de la Grande Ligue Navale qui prêchait sans cesse la guerre, préparant et surexcitant Topinion publique en vue delà débâcle récente.
La prospérité d'une nation n'est pas proportionnée à sa grandeur, ni à sa puissance militaire et navale. L'homme qui trouve à vendre son poulet
1 fr. 50, fait une meilleure affaire que celui qui en retire seulement un sou. Le premier peut vivre dans un pays où il n'y a que 10.000.000 de poules, tandis que le second doit vivre dans un pays où il s'en trouve 110.000.000. Le nombre de poules existant dans son pays ne le favorise pas dans l'obtention d'un prix avantageux. Le Canada fait partie de l'Empire britanique, sans que l'Angleterre exerce sur lui un contrôle quelconque; en fait, elle n'en reçoit aucun avantage commercial ou financier de plus que l'Allemagne, la Belgique, la Suisse ou les États-Unis. Quand un fripier allemand, dans l'Amérique du Sud, fait de meilleurs prix que son concurrent, offre de plus grandes facilités de paiement, empaqueté ses marchandises conformément au désir de l'acheteur, il obtient la commande. Le fait que l'Angleterre possède les plus grands navires, ou que l'Allemagne a une population deux fois plus forte, ne dissuade pas l'acheteur de s'adresser à une maison allemande ; de telles considérations n'entrent pas dans son calcul. Nous voyons donc que le monde entier est, pour des raisons pratiques, une colonie pour toute nation qui a assez de science et
LES PENSÉES SONT DES CHOSES 28
d'habileté pour avantager son commerce extérieur. La guerre, même si elle augmentait de 10.000.000 d'âmes la population de la nation victorieuse, ne changerait en rien ces conditions. Il y a dix-huit ans, TEspagne perdit toutes ses colonies, et cependant, elle a été depuis plus prospère qu'auparavant. Autre exemple : le Hollandais est deux fois plus riche que son voisin d'Allemagne ; cependant, si la Hollande pouvait, demain, annexer la Belgique, ce haut fait d'armes n'ajouterait pas dix sous dans la poche du Hollandais; celui-ci devrait plutôt sortir ces dix sous de sa poche, car il lui faudrait veiller à l'entretien d'une flotte et d'une armée permanentes, de peur que ses voisins ne lui disputent ses nouvelles possessions.
L'exemple le plus frappant de la puissance d'une pensée mauvaise nous est fourni par Tévidence du fait que l'Allemagne s'est détournée du chemin pacifique du progrès industriel et de l'honnêteté, à la suite de quarante années de propagande guerrière, exaltant le droit de la force, enseignant à mépriser les contrats et les engagements lorsqu'en agissant ainsi on peut servir son pays. Il n'y a pas
eu de propagande plus diabolique et de conséquences aussi désastreuses, depuis que le monde est monde. Mais la nation allemande sera celle qui souffrira le plus, en dernier lieu, de ces conséquences.
Le désir de la Paix et de la Démocratie universelle ne doit être confondu avec aucun autre ; il doit être seul poursuivi. D'autres améliorations pourront être apportées par la suite. Une première grande réforme suffit pour l'instant, et quand les gens auront appris comment l'union des efforts peut seule aboutir aux résultats attendus, il sera largement temps pour poursuivre les autres réformes désirables, telles que les problèmes alimentaires, etc. qui se poseront dans le monde régénéré qui va venir.