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CHAPITRE XXVII Conclusion

Nous sommes à I aube d'un âge nouveau, et un plan définitif pour cent années de paix ne saurait manquer d'un attrait particulièrement puissant.

Lorsque la paix sera signée, le marché des valeurs de guerre sera fermé — et le réveil sera pénible. La demande pour Targent sera tout aussi grande que durant la guerre. La vente des valeurs de guerre finie et pas de réserves d'argent pour satisfaire la demande, il sera presque impossible de continuer les affaires. ^

Lorsque la paix sera établie et les restrictions gouvernementales rapportées, les grandes affaires industrielles désireront reprendre leur ancienne place dans le monde manufacturier et elles auront

besoin naturellement d'un comptant considérable. Mais que pourront-elles faire si 75 % de leurs ressources sont placées dans des valeurs de guerre ? Mise à part Fadoption du Grand Plan, il n'y a que deux manières par lesquelles elles pourront changer leurs valeurs en argent. Elles pourront emprunter à leurs banques, ou elles pourront essayer de vendre leurs titres en bourse, avec des milliers d'autres capitalistes qui feront comme elles. Tout le comptant dans toutes les banques ne suffira pas à procurer l'argent qu'on voudra emprunter et recourir à la vente en bourse à un moment où le marché sera encombré, ce serait de la folie.

La seule façon d'alléger le fardeau du contribuable, c'est le très simple expédient de lui fournir une émission abondante de bonne monnaie. Si l'on fait cela, il y aura aussitôt une recrudescence d'activité dans tous les commerces et toutes les industries. Les gains et les salaires seront de 200 à 300 Vo plus élevés.

La façon d'alléger le fardeau du contribuable durant les cinq prochaines années, c'est de doubler sa fortune. On ne pourra le faire qu'en fournissant

CONCLUSION

suffisamment d'argent au commerce et à Tindustrie, pour lesquels les occasions de prospérer seront nombreuses.

Lorsque la paix sera signée, il y aura un besoin sans précédent de refaire des stocks et de reconstruire dans tous les genres commerciaux ou industriels ; nous connaîtrons une période durant laquelle toutes les usines devront travailler nuit et jour afin de satisfaire aux demandes. Avec la vieille demande triplée et tous les prix augmentés, tout essai à entreprendre ce gros volume d'affaires avec la même somme d'argent qui était en circulation avant 1914 serait désastreux. En réalité, les affaires du monde réclameront au moins quatre fois autant d'argent qu'avant la guerre. On devra le comprendre et s'en inquiéter avant même que la paix arrive, car le remède nécessaire doit être prêt à être appliqué à la conclusion de la paix lorsque la vente des valeurs de guerre ne sera plus possible. Une organisation immédiate pour une action en commun, c'est là le seul moyen d'éviter dans le monde entier une grande catastrophe commerciale et industrielle.

Il n'y avait qu'une façon de poursuivre la guerre :

accroître la Dette nationale. Si l'argent n'avait pas été disponible, Thistoire n'aurait pas valu d'être écrite. Il eut mieux valu que le monde finit que de voir l'Allemagne victorieuse ét de perdre tout ce que l'homme a de plus cher. Mais essayer d'émerger de cette période de prospérité fictive dans le flot des occasions incommensurables d'après-guerre sans avoir préparé auparavant un projet financier compréhensible, ce serait désastreux. Le naufrage financier serait hors de tout sauvetage.

Le Grand Plan offre la grand'route droite sur laquelle les roues de l'industrie pourront rouler en toute sécurité et sans heurts de la prospérité fictive à la prospérité réello. permanente.

L'argent en circulation devra être égal à tous les besoins commerciaux de tous les pays. Les affaires feront, aussitôt, un grand pas en avant équivalent de quarante à cinquante années d'un lent développement progressif. D'un seul coup le volume d'argent devra être porté à un chiffre que, dans les condi-

CONCLUSION

tions ordinaires, il n'aurait pas atteint avant deux générations, les salaires et les matières premières atteindront un taux plus élevé en 1919 et 1920 qu'ils n'auraient atteint, en des conditions naturelles, dans cinquante ans. Pour assurer des conditions favorables après la guerre, les idées des hommes d'état et des banquiers devront être ce qu'elles auraient été dans cinquante ans, s'il n'y avait pas eu la guerre.

Durant les trois ou quatre dernières années, à cause des pouvoirs de gains plus grands du travail, une demande nouvelle et variée s'est produite pour des marchandises non demandées auparavant, et aussi pour des marchandises plus chères. Des articles ^ui, les années précédentes, étaient considérés comme de luxe pour l'ouvrier^ sont maintenant considérés comme desimpies nécessités. Cette nouvelle demande nécessitera une grande augmentation de la production, car l'ouvrier peut maintenant acheter, et achètera après la guerre, des articles que ses petits enfants se seraient normalement permis dans cinquante ans.

LE GlîAlSD PLAN

Cette production accrue exigera plus d'argent qu'il n'y en avait en circulation auTparavant,

Ce serait une erreur de compter que les affaires d'une nation pourront subir ce grand développement avec les seuls crédits des banques comme appoint financier. Pendant des années après cette guerre, les nations auront à faire face à de nouvelles conditions et devront résoudre de nouveaux et formidables problèmes. Il serait peu sage de permettre une trop grande extension du crédit bancaire. Les banques et les banquiers auront les mains pleines de nouvelles flotations. Laisser ces besoins considérables se ravitailler sur de l'argent emprunté, ce serait tout simplement bâtir les bases futures du monde sur du sable.

L'adoption du Grand Plan permettrait un soulagement dès que la paix sera conclue. Le désarmement doit s'accomplir; c'est le seul moyen de payer les dettes de guerre du monde entier ; mais , une fois le désarmement accordé, ce paiement devient un problème facile. Abandonner les armées et les marines, c'est une mesure radicale, et la question se pose : Peut-on le faire tout de suite? Ou le monde devra-

CONCLUSION

t-il gémir et souffrir durant des années à venir tant qu'on n'aura pas appris que dans ce monde, dégoûté de la guerre, il est inutile de les entretenir? Si les armées et les marines sont abolies, à l'exception de celles nécessitées pour faire la police sur terre et sur mer, il n'y a rien à craindre. On peut craindre les armées et les marines existantes, mais personne ne craindra des armées et des marines non existantes.

Admettons, si vous voulez, que l'inflation produite par le Grand Plan soit une expérience inédite. Les dettes nationales considérables existant actuellement sont aussi une expérience inédite, et nombreuses seront les petites nations qui feront faillite après avoir essayé de résoudre cette expérience. Des deux méthodes inédites, ne vaut-il pas mieux essayer celle du Grand Plan, dont le résultat sera de procurer tout l'argent suffisant? Et s'il venait à être prouvé que cette méthode n'est pas sûre, il serait alors facile aux gouvernements de rappeler cette monnaie et de la remplacer par des obligations d'Etat.

Il est tout aussi nécessaire de démobiliser l'argent immobilisé en ce moment dans les emprunts gouvernementaux, qu'il Test de démobiliser les hommes. Si l'argent n'est pas démobilisé, l'œuvre de reconstruction du monde ne pourra être entreprise. Si les dettes de guerre des nations offrent une garantie assez grande aux banques pour . qu'elles puissent prêter dessus, elles offrent une garantie aussi bonne aux gouvernements qui peuvent émettre de la monnaie dessus. Mai's le moment d'agir est venu ; c'est maintenant et non pas l'année prochaine. Car l'argent, en quantité suffisante, c'est l'artillerie lourde de la prospérité.

Les hommes au pouvoir sont les bergers, et c'est leur devoir présent de conduire leurs troupeaux aux verts pâturages, sur les rives d'une onde calme ; s'ils n'en font rien, les moutons s'effraieront, le chaos régnera dans les nations et il faudra des années pour rassembler à nouveau les troupeaux.

Ce plan promet le salut de tous par la découverte d'une grande richesse jusqu'ici ignorée, richesse si grande que non seulement elle liquidera les dettes de guerre de toutes les nations, mais elle

CONCLUSION

ouvrira les écluses de la prospérité. Ce plan peut ne pas être orthodoxe, mais rien d'orthodoxe ne peut survivre à une telle crise. Préférez-vous rester sous le poids d'impôts exorbitants ou accepter la liberté que ce plan nouveau et radical peut seul apporter ? Des hommes accrochés au bateau qui fait naufrage refuseraient-ils le salut ofïert par des canots de sauvetage se trouvant à proximité, uniquement pour le motif que ceux-ci sont d'un type radicalement nouveau? Ou encore, laisserez-vous les flammes furieuses consumer votre maison simplement parce que les seuls moyens de secours à votre portée consisteraient dans une pompe à incendie de construction différente de toutes celles que vous avez vues jusqu'ici?

Au moyen de ce Plan, vous liquidez le principe de la guerre en échange d'une paix et d'une prospérité inappréciables, comme Tivrogne échangerait son intempérance contre un gros héritage.

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