‹ Le grand procès de l'Union latineChapitre 10 sur 17 · CINQUIEME ARTICLE · texte numérisé non relu

CINQUIEME ARTICLE

Définitions nécessaires: Le monnayage automatique. Le bimétaUisme. Le monométallisme-argent. Le monomctallisme-or. Le monométallisme bossu. Comment et où, celui-ci est apparu. Ses domaines. Le monométallisme bossu ne peut disparaître que par l'établissement du bimétallisme international.

Le gouvernement italien a promis à la Chambre un projet de loi pour établir « le nouveau régime monétaire à mettre < en vigueur en Italie, à l'expiration de « la convention monétaire existante ».

Quel sera ce régime? Examinons-

Le Bimétallisme. — Ce régime autorise le monnayage automatique, c'est-à-dire libre et illimité, de l'or et de l'argent,

fixant d'abord le poids de l'unité monétaire en op et le poids de la même unité monétaire en argent. (Or ou argent, pour que la monnaie soit bonne, il est indispensable que sa valeur nominale reste égale à la valeur du métal en lingot, ce qui ne peut s'obtenir qu'au moyen du monnayage automatique. Dès que le lingot est monnayable à volonté, il vaut autant que le métal monnayé, kilogramme pour kilogramme.)

Le bimétallisme a été pratiqué de tout temps. Il ne l'est plus depuis que la France et les autres pays jusqu'alors bimétalliques ont suspendu le monnayage de l'argent. Le bimétallisme sera rétabli le jour où la France et les États-Unis, qui le préconisent, auront obtenu le concours de l'Angleterre. Si l'Italie l'adoptait toute seule, elle serait envahie par l'argent, elle serait tenue de monnayer ce métal sans restriction, son or serait exporté,

elle tomberait fatalement dans le monométallisme-argent. L'Italie ne pourra pas adopter le régime bimétallique.

Le Monométallisme- Argent. — Ce régime autorise le monnayage automatique de l'argent et interdit le monnayage de l'or. C'était naguère encore le régime de la Hollande, mais quand l'Allemagne, puis la France eurent décidé que le droit de monnayage automatique serait attribué à l'or seul, la Hollande en fit autant. Elle échappa ainsi à l'état d'isolement monétaire où elle se serait trouvée si elle s'en fût tenue à son monométallisme. Aucun pays ne saurait aspirer à l'isolement, dont, avec raison, la Hollande n'a pas voulu.

L'Italie ne pourra pas adopter le régime monométallique-argent.

Le Monométallisme-Or. — Ce régime autorise le monnayage automatique de l'or et défend le monnayage de l'argent.

C'est le régime inventé et adopté par les

Anglais en 1816. La monnaie d'appoint est nécessairement d'argent, sa valeur nominale est surfaite et c'est le gouvernement qui la fabrique à son profit. Il en faut plus que dans les pays où circulent les deux métaux, mais 10 shellings par habitant suffisent.

L'Italie possède actuellement 170 millions de monnaie d'appoint; avec la liquidation de l'Union latine, elle possédera 450 millions en écus indigènes, au total 620 millions d'argent. A raison de 12 francs par habitant, le monométallisme-or n'exigerait pour la monnaie d'appoint que 340 millions, somme d'autant plus suffisante que l'Italie est très chargée de monnaie de bronze : 76 millions. Il y aurait donc 280 millions d'argent en excès. Que faire de ces millions?

La Perseveranza demande une loi prescrivant que les écus existants ne soient plus employés que comme mon-

naie d'appoint, et Que dans chaque paiement on puisse en mettre pour 500 ou 1,000 francs. Gomment! vous prêchez que Targent est trop lourd et vous voulez qu'on se transmette à tout moment des sacs d'argent pesant de 2à 5 kilogrammes?

Le régime bimétallique n'exige rien de pareil : il donne cours légal à la petite monnaie d'appoint jusqu'à concurrence de 50 francs seulement, il n'impose à personne l'emploi matériel des écus, il les laisse dans les banques et fait circuler à leur place des billets ou des virements qui les représentent. Du reste, le but visé, qui est de donner de l'emploi à l'argent surabondant, ne serait pas atteint. Il ne suffirait pas, en effet, de promulguer que toute personne recevant un paiement sera tenue d'accepter de l'argent jusqu'à concurrence de 500 ou 1,000 francs, en monnaie d'appoint, il faudrait encore persuader à ceux: qui payent de vouloir bien

user de Tincommode droit qu'on veut leur donner. Ni en France, ni en Belgique, ni en Suisse, nul ne se soucie de mettre dans les paiements les 50 francs de monnaie d'appoint accordés par la loi, et vous vous flattez qu'en Italie on aura cure d'y en mettre 500 et 1,000?

Le monométallisme-or laisserait absolument sans emploi 280 millions d'argent.

Le seul parti à tirer de ces millions, ce serait d'en faire des lingots et de les vendre. Mais à quel prix? L'annonce d'une telle vente précipiterait la baisse de l'argent. Le Trésor y perdrait 40, 50 ou 60 millions. L'Italie ne pourra pas adopter le régime monométallique-or.

Monométallisme Bossu. — Ce régime autorise le monnayage automatique de l'or, interdit celui de l'argent, mais laisse en circulation, avec force libératrice illimitée, une masse énorme de numéraire argent dépourvu de valeur sincère, n'ayant

pouvoir monétaire que dans le pays qui Ta émis et, par conséquent, inexportable.

Ce numéraire a tous les caractères, tous les vices du papier-monnaie ; à la première crise, l'or fera prime par rapport à l'argent et sera enlevé pour l'exportation.

Ce détestable régime n'avait jamais été pratiqué dans aucun pays. Aujourd'hui, il domine des deux côtés de l'Atlantique.

C'est à l'Allemagne qu'on est redevable de Tapparition de ce monstre monétaire. Décidée à remplacer par le monométallisme-or son ancien monométallismeargent, TAUemagne, en 1873, décréta le retrait des anciennes pièces d'argent et leur démonétisation. Aux porteurs de ces pièces, on délivrait de la nouvelle monnaie d'or à raison de 1 kjlog. pour 15 1/2 kilogrammes d'argent. Pourquoi cette proportion de 15 1/2? Parce quelle mettait le gouvernement à même de réa-

liser en sens inverse le même échange dans les pays du bimétallisme à 15 1/2.

Expédié en Belgique et en France, l'argent allemand était transformé en pièces de 5 francs dont on se servait pour se procurer, à peu de frais, des pièces d'or que l'Allemagne transformait ensuite en couronnes.

Pour se précautionner contre ces agissements, l'Union latine limita d'abord, puis suspendit totalement le monnayage de l'argent (1879). La limitation avait déjà fait baisser le cours de l'argent, et l'Allemagne avait déjà perdu plus de cent millions en vendant à grand rabais ce métal qu'elle ne pouvait plus faire monnayer librement à Bruxelles et à Paris. La suspension totale du monnayage en Belgique et en France allait aggraver la baisse et les pertes. L'Allemagne s'arrêta court (1879).

Plus de démonétisation, plus d'argent vendu. Les 150 millions de thalers qui res-

talent alors en circulation y sont encore aujourd'hui, et ont toujours force libératoire, à l'égal de Tor. Tel est le régime auquel s'est échouée la réforme allemande : monométalUsme-or déformé par une volumineuse et malsaine protubérance, les thalers. On lui a donné le nom de monométallisme bossu.

Ne voulant pas reprendre le monnayage de l'argent avant qu'un accord entre les grandes puissances métalliques n'amène rétablissement du bimétallisme international, et ne voulant point démonétiser leur ancien numéraire d'argent, ce qui leur infligerait des pertes immenses et irrécupérables, la France, l'Espagne, la Hollande se trouvent, elles aussi, depuis dix ans, au régime abominable du monométallisme bossu.

Il en est de même pour les États-Unis, lesquels, tout en maintenant le monnayage automatique de l'or, n'ont pas

encore supprimé le monnayage limité de Targent. Les dollars d'argent qu'on y frappe depuis 1878, de même que les tha- 1ers d'Allemagne, les écus de l'Union latine, les florins de la Hollande, n'ont qu'une valeur locale et factice analogue à celle du papier-monnaie.

Que fera lltalie à l'expiration de la convention monétaire ? Elle se mettra comme les autres au régime du monométallisme bossu.

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