NEUVIÈME ARTICLE
La République française a sauvé la monnaie et les finances du royaume d'Italie. Belle gratitude. Les Italiens irresponsables et innocents. Les économistes coupables.
Tant que la crise de l'argent désirée par les monométallistes n'était pas survenue, l'émigration des écus italiens causée par la mise en circulation du papier-monnaie dans la Péninsule n'avait pas plus d'inconvénient pour la France que l'émigration de l'or italien. Le pays soumis au régime du papier-monnaie devient, pour les autres pays, comme une mine monétaire plus ou moins productive dont le métal se rend naturellement dans les
États où le monnayage automatique lui donne droit de cité.
de ma circulation ceux qui s'y trouvent pour que vous mô les remboursiez en monnaie française. > (C'est le procédé dont on a usé en 1879, à l'égard de la petite monnaie italienne que l'Italie a reprise et remboursée en monnaie française.)
Quand la crise de l'argent survint, l'Italie n'avait pas frappé les 235 millions d'écus qu'elle a frappés depuis ; mais l'argent dont elle s'est servie pour les frapper lui appartenait déjà, soit en lingots, soit en numéraire des anciens États.
L'argent italien existant, en comprenant les anciens écus et la petite monnaie, s'élevait alors, comme il s'élève aujourd'hui, à 620 millions.
Qu'eût pu répondre l'Italie à la France tenant le langage dont nous avons plus haut indiqué la teneur? Rien. Il aurait fallu s'exécuter. La suppression du papiermonnaie (plus d'un milliard) étant alors
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Le million d'argent italien qui, vendu à Londres, à destination de TAsie, le seul débouché monétaire non fermé, aurait rapporté 800,000 francs d'or (et beaucoup moins, au fur et à mesure que les ventes auraient augmenté, d'autant moins que l'Italie aurait eu pour concurrent le grand vendeur d'argent, l'Allemagne), le million d'argent italien fut reçu par la France comme s'il avait été un million de francs en or. Et les millions d'argent italien vinrent à torrent : la France en a englouti pour près de 350 millions, et après l'emprunt des 644 millions, au moyen duquel l'Italie fit rentrer de France sa petite monnaie et une quarantaine de millions en écus, la France reste encore en avoir à charge de 230 à 250 millions.
En les accouplant avec les siens, la France a tenu à flot pendant une dizaine d'années les écus italiens ; et par sa puissance monétaire, elle n'a pas permis
aux francs d'or de faire prime pas plus sur les lires que sur les francs d'argent.
Les faits sont là : la République a sauvé la monnaie et les finances du royaume. Ce n'est pas l'autre voisine, la nouvelle alliée, TAutriche, qui aurait rendu ce service.
Gomment fut-il répondu en Italie à un tel bienfait ? Par un cri de guerre : Fuori i Barhariy les écus français à la porte.
L'emprunt des 644 millions allait à peine être négocié, qu'on se crut en force, et qu'on tourna les armes vers la bouche du Mont-Cenis pour empêcher que les écus français ne se présentassent en Italie.
( Voir plus haut l'ordre du jour voté à cet effet.)
Loin, bien loin de nous la moindre idée de rendre les Italiens responsables de cette attitude. Le grand public est ignare de ces choses et innocent. La responsabilité en est tout entière aux économistes de Monte-Gitorio.