‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 114 sur 183 · Summa hittorialis, p. IH, tit. 2i, c · texte numérisé non relu

Summa hittorialis, p. IH, tit. 2i, c

•278 LE GRAA'D SCHISME.

les" réclamations de ceux qui le connaissaient '. N'estce point le cas de répéter ici ce que nos lecteurs ont pensé plus souvent encore, en parcourant les annales ecclésiastiques pendant cette triste époque ? Il faut que Dieu ait bien assuré l'immortalité de son Eglise pour permettre que son représentant soit parfois si peu digue d'elle. En de pareilles circonstances, toute autre institution purement humaine aurait disparu sous le mépris public. Mais, comme le dit saint Léon, «la dignité papale ne perd rien, même quand celui qui en hérite en est indigne. « Ce sont là des malheurs, de* scandales, mais non de mortelles blessures. Il faut 'plaindre en les condamnant ceux qui en sont les cou pables auteurs ; il faut aussi avoir quelque pitié fraternelle pour ceux qui ont accepté d'èti'e les historiens de ces époques troublées et qui, pour rester fidèles à la vérité historique, sont forcés de raconter sans édifier. Tant de faits glorieux sont inscrits à l'actif des Souverains Pontifes dans le cours de dix-neuf siècles, que l'on peut leur pardonner quelques défaillances momentanées. En supposant que nous voulions cacher quelque chose, ils n'ont que faire de nos mensonges. Nous avons déjà rappelé le mot de de Maistre : « Les Papes n'ont besoin que de la vérité. »

Monstrelet rapporte qu'en la solefluité du couronnement, les cardinaux, suivant l'usage xx>nsacré, allumèrent devant le nouveau Pape un feu d'étoupes, et lui dirent par trois fois : « Père saint, ainsi passe la gloire du monde ^. »

Jean XXIII allait en faire bien vite l'expérience. Jus-

\. Cf. Hf.fele (Trad. Leclfisco;. l. VII, v partie. i>. 233. •2. Chroniques, livre I. cti. 68.

l.K CONCILE DE ROME.

que-là. son haljileté n'avait rien laissé à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil ou par prévoyance, il avait été heureux dans toutes ses entreprises; et ses ambitions, même les plus téméraires, avaient été couronnées par le succès.

A partir de son élévation au trône pontifical, Baltliazar ne parut plus le même homme. Il sembla avoir perdu quelque chose de celte finesse de vues, de celte rapidité et de ce bonheur d'exécution qui lavaient distingué dans sa jeunesse. Personne ne se montra plus maladroit en politique, plus malheureux à la guerre, et mieux destiaé à être le jouet d'une fortune qui nelui épargnera aucune disgrâce.

A peine élu, J^an tenta, par une ambassade du cardinal Landolphe de Bari en Espagne, de détacher de l'opiniâtre Benoit les rois d'Aragon, de Navarre et de Caslille. Le légat ne réussit pas malgré ses efforts et «on incontestable habileté '.

D'un autre côté, le pontife essaya d'entamer des nc- ;;ociations avec Malatesla, pour que celui-ci détermiliàt Grégoire à céder: mais le prince ne put ou ne voulut pas travailler efficacement en ce sens et se pr^'para à déclarer la guerre au nouveau Pape '-,

En même temps, la flotte de Louis d'Anjou, partisan de Jean XXIIl, fut battue et dispersée par celle de Ladislas. ce ^aeil ennemi de Cossa. Plusieurs villes de la Romagne durent ouvrir leurs portes au vainqueur. C'était une première série de déceptions inattendues.

Heureusement des événements plus favorables c pontife se déroulaient en Allemagne, Robert de B:

i. FiMiE, ActaConciUi Conslanciensis, t. I, pp. 2, 20 et suiv; ï. Ibid.. pp. ♦ et Euiv.

viôre. roi des Romains, le protecteur persévérant Je Grégoire XII, venait de mourir. Le roi de Hongrie, Sigismond, frère du monarque détrôné Wenceslas, posa sa candidature à l'Empire et s'efforça de la faire triompher en s'appuyant sur Jean XXIII. Mais le cousin de ce prince, Josse de Moravie, prétendait lui aussi à la dignité de roi des Romains. De son côté, l'ivrogne "Wenceslas ne cessait de revendiquer ses droits au trône, dont il avait été déclaré indigne. C'est ainsi qu'on rencontrait trois concurrents à la couronne impériale, comme il se trouvait trois prétendants à la tiare. Mais Josse mourut presque aussitôt; Sigismond fut élu à Francfort, le 21 juillet 1411, et il s'empressa de se réconcilier avec son frère Wenceslas. Le nouveau souverain, . équitable autant que courageux, va jouer désormais un grand rôle dans cette histoire. C'est vers Tui que tous les regards vont se tourner; c'est sur le roi des Romains, protecteur-né de la papauté, que l'on s'appuiera pour provoquer la convocation de ce concile qui devait mettre fin à tant de maux spirituels et temporels.

Un des premiers, l'infatigable Malatesta se fit lo champion de celte idée et s'adressa directement au futur empereur. Dans un rapport détaillé, il se plaignit vivement de Jean XXIII, adjura le monarque allemand de secourir enfin l'Église, et le supplia avant toute chose de ne point réunir le futur concile dans une ville où le pontife aurait la double puissance spirituelle et temporelle. Il ne devait point être entendu. Pendant ce temps, le prince de Rimini continuait la guerre qu'il avait déclarée à Jean XXIII et unissait ses efforts à cenx de Ladislas.

Le roi de Naples fut vaincu par son rival Louis d'Anjou à Roccasecca, le 19 mai 1411; mais le prince

français ne sut point profiter de la victoire, et retourna en Provence aussi promplement que s'il avait été défait. Il était dans la destinée des ducs d'Anjou de ne jamais réussir dans cette Italie qu'on a pu appeler parfois le tombeau des Français. Louis II ne fut pas plus heureux que ne l'avait été Charles d'Anjou en 1282, que Louis 1" d'Anjou, en 1383, ou que ne le fut René d'Anjou en 1438. Chacun d'eux se laissa séduire par l'espérance de se tailler à coups d'épée un puissant royaume à Naples ; tous moururent déçus. Le triomphe de Louis II fut sans lendemain et ne servit qu'à exalter d'abord pour un jour, puis à ruiner tout aussi vite les magnifiques espérances de Jean XXIII. De son côté, Malatesta occupait l'Emilie, et la maintenait dans l'obédience de Grégoire XII, tandis que Bologne expulsait le légat du nouveau pape.

S 2. — Concile de Rome.

L'assemblée de Pise avait décrété en terminant ses séances qu'un nouveau concile aurait lieu dans trois ans, c'est-à-dire en 1412.

Jean XXIII le convoqua pour le 1*'' avril'. Afin de se créer des partisans, il fit une nomination de quatorze cardinaux et son choix fut généralement approuvé.

C'étaient Pierre d'Ailly, évêque de Cambrai, Gilles des Champs, évêque de Coutances, son ami, Guillaume Philastre, doyen de Reims, moins adroit et moins éloquent, Zabarella, évêque de Florence, dont les idées

i. La bulle de convocation donnée dans Raynald est fautive. Voir le vrai texte dans Finke, 1. 1, p. 1-27. Elle est datée du 29 avril 1411.

sur FEglise étaient contestables, mais dont riiabileLtet l'esprit d'initiative étaient fort remarqués , Robert de Hallum, évéque de Salisbury, qui devait rattacher TAngleteri-e au nouveau pontife, et plusieurs autres moins connus ^Bjuin 1411).

Deux ans après, il éleva aussi à cette dignité Simon de Cramaud, ai^chevêque de Reims.

Parmi ces élus, on remarque les principaux docteurs de l'Université de Paris. Jean tenait à se concilier pour toujours cette puissante et glorieuse corporation : ses vœux ne tardèrent pas à être cruellement déçus.

Par une inspiration moins heureuse, il Ct décré'er la croisade contre Ladislas. Cet appel intéressé ne réussit pas : le pontife fut bientôt obligé de conclure avec le roi de Naples une paix peu avantageuse et de lui accorder une multitude de privilèges, parfois bien onéreux (15 juin 1412).

Les circonstances devenaient favorables pour la tenue du futur concile de Rome. Les prélats français s'y trouvèrent peu nombreux sous la conduite de Icvèque d'Amiens, de Pierre dAilly et de Simon de Cramaud. Le roi Charles avait donné pour mission d"y défendre ses intérêts et ceux de lÉglise de France"-^. Dès 1411, rUniversité avait rédigé des ai'isata touchant la réforme de l'Eglise^, et Pierre d'Ailly avait de son côté écrit un résumé des points sur lesquels devait se porter l'attention du futur concile^ Il y a une telle ressemblance entre ces deux programmes

;. Fedele a publié les Capitoli deila pace frahe Ladislao e Giovanni -Y-V/i/dans YArchivio storicorper le provincie napoletane (l'JOa), t. XXX, |>. 179-212.

Page 1