CHAPITRE XV
CONXILB DE CONSTANCE. PREMlÈllES SESSÏOXS.
g 1. — Ouverture du concile.
La cité de Constance avait déjà dans l'histoire un passé glorieux. Ses annales racontaient qu'elle avait été fondée par Constantin et que, comme à Constantinople, TEmpereur lui avait imposé son nom. Il en avait choisi l'emplacement presque à l'intersection de trois lacs reliés entre eux et dont le plus grand est une véritable mer qui baigne la Souabe au nord et qui reflète au sud dans ses eaux les sommets de l'AppenzelI et du Vorarlberg.
Dès les premiers siècles chrétiens, Constance avait envoyé des missionnaires à la Gaule. Au cours du yil* siècle qui fut nommé Yêige d'or de Isr sainteté, la région du Nord avait reçu d'elle saint Omer, saint Momelin, saint Ebertramne et saint Bertin.
Plus tard, elle avait vu se fonder presque sous ses rnurs l'abbaye de Reichenau qui , par son influence littéraire et apostolique, fut bientôt la rivale de Bobbio, de Saint-Gall et de Luxeuil, ces fécondes fondations de saint Columban et de ses disciples.
Charles le Gros, vaincu et dépouillé, trouva un tombeau dans ces cloîtres où vivaient, étudiaient et priaient
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des légions de moines. Les églises de 1 ile de Reichenau [Augia diçes), leurs antiques peintures et leurs reliques sont les seuls souvenirs authentiques de cet illustre passé, aujourd'hui presque complètement évanoui.
Plus tard encore, au X^ siècle, les évéques Conrad et Gebhart II, dont les statues monumentales décorent le pont du Rhin, avaient été célèbres par leur sainteté et leurs services ^ Au W, Henri 111 avait tenu à Constance un grand concile ^ 1043) et y avait engagé le clergé et le peuple à rétablir la paix. Dans un autre synode de 1094, Févéque Gebhart 111 avait encouragé les réformes de saint Grégoire VII et avait aboli mille abus. C'est ce double but pacificateur et réformateur que devait aussi atteindre le grand concile dont nous allons parler -. En 1183, Frédéric y avait accordé la fameuse pax Constantise ^. Au moyen âge. le diocèse de Constance, à cause de ses grandes abbayes, avait joui d'une certaine hégémonie liturgique et surtout intellectuelle, sur la province ecclésiastique de Mayence et sur tous les diocèses d'Empire *.
C'est dans les bibliothèques des monasîères environnants, à Reichenau, à Weingarten ou même à Saint-Gall, qu'entre deux sessions du concile, Poggio et d'autres humanistes fouilleront avec ardeur et succès. C'est là qu'ils retrouveront et copieront les manuscrits des chefs-d'œuvre de Cicéron, de Quintilien ou de Stace, pieusement conservés par les moines 5; c'est là