‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 121 sur 183 · Chronic. Karoli VI lib. XXXV, c · texte numérisé non relu

Chronic. Karoli VI lib. XXXV, c

2. Sur ce prince de l'Eglise, voii Kseer, Kardintd Zabarella, Munster

mum du logement et de rentretien des étrangers, de leurs serviteurs et de leurs chevaTix ^ .

On réclama de plus, toute liberté de parole pour les membres du concile et on créa des promoteurs, des procureurs, des conseillers pour assurer la réglementation des travaux. Le 17 novembre, on vit arriver en ville le cardinal Pierre d'Ailly qui devait être l'âme de cette grande assemblée, et qui fut reçu avec les plus grands égards. 11 avait une suite de quarantequatre personnes. Elle était un peu moindre que celle d'Ange, cardinal de Préneste, qui en avait quarantehuit, de Pierre de Foix, cardinal prêtre du titre de Saint-Etienne au Coelius, qui en avait cinquantedeux, au dire de Richenlhal *. Louis Fieschi, cardinal de Saint-Adrien, était accompagné de soixante-deux serviteurs, tandis que Jean de Brogny, cardinal d'Ostie, en avait quatre-vingts. Mais rien n'égalait la magnificence de l'archevêque de Mayence, Jean de Nassau, qui arriva avec une escorte de cinq cents personnes^, sinon peut-être le luxe de Louis, comte palatin du Rhin, élu protecteur du concile, qui entra en ville à la tête de plus de cinq cents cavaliers.

Bientôt cinq patriarches, vingt-neuf cardinaux, trentetrois archevêques, plus de cent cinquante évêques, cent abbés, trois cents docteurs et environ dix-huit mille ecclésiastiques remplirent la ville. Cent mille personnes et trente mille chevaux devaient y être nourris tous les jours, au dire des chroniqueurs du temps ^. Toute

l. Cf. RossMANN, De exttrno ConcUii Constant, apparaiu (léna, f836) i. Ulrich von richknthal, Kronik des Constanzer Coneilt, liit-lMiS. li

se tromp« à plusieurs reprises, soit sur les noms, soit sur les titres

des prélats.

3. JuNGMAïiS, Dissert, selectae in hist. eccles., t. VI, p. 295.

4. TnÉoD. Vrie, dans Vos dep. Hardt, 1. 1, col. *55. — Lenpast, Histoire du concile de Constance, t. II, pp. 365-386. — Hsfeu (Tpad. LECLiutCQ), t. VII| 1'* partie, p. l9o.

cette foule, composée principalement de chevaliers, se livra bientôt à des tournois et à d'autres divertissements, moins dignes encore de la majesté du concile et de la gravité des sujets qu'on devait y traiter.

Mais jusque-là le personnage le plus important manquait encore : c'était le roi des Romains.

Il venait de se faire couronner à Aix-la-Chapelle (8 novembre), et cette cérémonie grandiose avait retenu près de lui la majeure partie de la noblesse allemande.

Sur les instances réitérées du Pape, il s'acheminait vers le siège du concile. Le 24 décembre, veille de Noël, on signala son arrivée sur le lac d'Ueberlingen, relié à celui de Constance.

Le soir même, une foule immense se pressait aux portes de la ville pour assister à la réception du chef de l'Empire. Le froid était rigoureux et la nuit était fort avancée, quand le vaisseau qui portait le roi et sa suite aborda enfin sous les murs de la ville, au milieu des acclamations populaires. La reine BarBe de Cilly l'accompagnait ainsi que plusieurs princes et princesses et un grand nombre de chevaliers. Jamais peutêtre les rives du lac n'avaient vu une entrée princière si extraordinaire et si solennelle.

Après un court repos, Sigismond se rendit à la cathédrale brillamment illuminée. Le Pape l'attendait pour célébrer la grand'messe de Noël. Le roi se revêtit de la dalmatique du diacre, posa la couronne sur sa tête, monta à l'ambon et chanta solennellement l'Evangile de la Nativité ^ .

Puis il s'assit sur un trône magnifique entouré de tous les princes de l'empire, portant les insignes de

1. MARMon, Das Concilium zuKomlanz (1898), p. 42. — Tueod. Vf.ie, dans VoN der Hardt, t. I, col. 15 .

CONCILE DE CONSTANCE. i'J?

la souveraineté. Sa Sainteté lui remit alors une épée bénite, et l'engagea à s'en servir toujours pour la protection de l'Église. Le prince en fît le serment et, en réalité, il s'efforça de le tenir pendant les événements qui vont se dérouler.

S 2. — Départ de Jean XXIIl.

Les représentants des deux pouvoirs étaient réunis : Tévêque du dehors protégeait de- son épée les évêques du dedans; les discussions sérieuses allaient commencer.

Déjà on avait voulu déclarer que le présent concile devait se contenter de confirmer celui de Pise, suspendu en 1409 par Alexandre V '. Son successeur Jean XXIII et les Italiens en général tenaient beaucoup à celte formalité, car par là on décrétait la légitimité canonique de cette assemblée et, en même temps, la valeur indiscutable de l'élection pontificale qui l'avait terminée. Dès lors, les mesures éventuelles qui auraient pu être prises contre les prétendants n'auraient pas concerné Jean XXIII, mais seulement ses concurrents Grégoire et Benoît. Les Pères refusèrent d'entrer dans ces vues intéressées.

Pierre d'Ailiy^, appuyé par le cardinal Philastre, déposa un contre-projet, le 7 décembre. « Le concile de Constance, disait-il, n'est que la continuation logique du concile de Pise. De même, le Rhin est toujours le môme fleuve qu'il y a cent ans, bien qu'il ne renferme plus entre ses rives une seule goutte de la même eau. Il est donc inutile de demander que cette assemblée con-

I. VON DEn Hardt, t. IV, p. -23. — Mansi, l. XXIU, p. 541. ■2. D'Ailly avait déjà ouvert les liosiilitcs contre Jean XXni dans son sermon du 2 décembre. Cf. Valois, t. IV, p. 263.

•293 LE GRiA-ND SCHISME.

firme la précédente. Celte mesure pourrait être périlleuse, en ce sens qu'elle blesserait ceux qui nient la légitimité du concile de 1409. D'après les décisions de Piseet en vertu de leur serment, le Pape et les cardinaux sont obligés de travailler à l'union de l'Eglise et à la réforme in capite et in menibris ' . »

Dans un second écrit, présenté au concile le 14 décembre, le cardinal de Cambrai ajoutait : « A l'égard des prétendants, Il importe d'employer d'abord tous le^ moyens de persuasion pour arriver à la cession volontaire. On offrira à Grégoire et è^ Benoît, s'ils consentent à résilier leurs fonctions, des compensations sérieuses et une situation convenable. S'ils résistent, oa ne fera à leur mort aucune nouvelle élection'-... «

Dans cette pièce comme dans plusieurs autres que reproduit Von der Hardt, Pierre d'Ailly veut épuiser toutes les voies de conciliation avant d arriver à d^'S moyens de rigueur : il n'hésite même pas à renouveler ses doutes sur la valeur et l'efficacité du concile de Pise. Il a raison; mais malheureusement il se donne en même temps le tort de répéter ici son opinion sur la faillibilité des conciles généraux. « Ils se sont parfois trompés , dit-il , en fait et en droit, même dans la foi. Seule, l'Eglise universelle a le privilège de l'infaillibilité 3. »

Nous voyons dans cette affirmation, à la fois si fausse et si grave, comme le prélude des décisions hétérodoxes qui seront prises dans les premières sessions du concile.

1. VON DER Hahdt, t. n, col. 192, 201. — Mansi, t. XXVII, col. 5J2. — cf. H. FiNKE, Forschungen und Quelkn, pp., 120 et 2 i9.

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