Von der Hardt, col. 196. — Finke, p
3. Von oer Hardt, ibid., col. 201. Sur ces premiers débals, cf. Lenne Der ersle literarische Kampf aufdem Konstanzer Konzil im November mid Dezember /i/i dans la. Rdmische Quarlaischrift (1914J, t. X.Wii! p. ;J-40, 61-86. *
Deux autres discussions sérieuses eurent lieu en janvier 1415.
On avait déjà exagéré dans l'école l'importance des décisions théologiques données par" la Sorbonne et l'on avait attribué aux docteurs une autorité que lEglise ne leur avait point reconnue jusqu'alors et qu'elle n'admettra jamais.
D'Ailly, Gerson * et les premiers gallicans ont souvent exalté, sans mesure comme sans raison, cette sorte d'omnipotence magistrale. Sans doute, les docteurs peuvent être interrogés par les plus hautes autorités ecclésiastiques; leur avis, quand on le leur demande, a souvent un grand poids, mais c'est une simple consultation théologique. Elle vaiut ce que valent les preuves qu'ils apportent : le docteur, dans ce cas, ressemble au jurisconsulte, qui, dans l'interprétation d'une loi, émet l'opinion tonjours contestable d'un juriste , et non pas la décision irréformable dun juge suprême, il n'a pas juridiction légitime.
C'est ce que ne comprirent point un bon nombre des membres du concile. Aussi, quand cette question fut soulevée devant le concile , beaucoup d'universitaires parisiens , élevés dans les cris de l'école, s'empressèrent-ils de favoriser imprudemment cette tendance démocratique et multitndiniste que Marsile de Padoue , Jean de Jandun et Occam avaient déjà proclamée dans le siècle précédent, que Gerson et Com'tecuisse soutenaient vers cette époque, et que Richer et Yigor reproduiront au dix-septième siècle.
D'Ailly, fidèle à de faux principes ^, s'engagea à fond
1 . Opp. Ge)-sonû', t. I, col. 10. — Cf. Pctol, Edmond Richer, 1. 1, p. 2H. — Voir plus baut, p. ïi*.
2. Il avait déjà exprimé ses opinions exagérées sur ce point dans le discours prononcé devant le P.Tpe d'Avignon contre Jean de Montsoa
dans ce mouvement. Il demanda qu'à Constance les évêques et les abbés ayant juridiction ne fussent pas seuls à avoir voix définitive, mais que les docteurs en théologie, en droit canon et en droit civil (ils étaient trois cents et pliis), fussent aussi admis à émettre leurs suffrages.
« Ceux-là, disait le cardinal de Cambrai, ont plus d'autorité doctrinale qu'un évêque ignorant ou un abbé qui na que le titre sans juridiction effective. On ne saurait admettre que ces prélats inférieurs aient autant d'influence que l'archevêque de Mayence, par exemple,
ou quelque autre évêque ayant un immense diocèse
Je demande la même faveur pour les rois et les princes ainsi que pour leurs ambassadeurs et les procureurs des prélats absents et des chapitres. Puisqu'il s'agit avant tout d'extirper le schisme, il ne serait ni juste ni raisonnable de vouloir exclure les rois, les princes et leurs délégués ' . »
Cette doctrine dangereuse , sans fondement dans le droit canon comme dans la tradition, av^it déjà été mise en pratique aux conciles de Pise et de Rome ; elle fut approuvée de nouveau à Constance. Au fond , elle n'était qu'un expédient politique pour neutraliser lintluence des prélats de second ordre, italiens pour la plupart, accourus en grand nombre au concile pour soutenir Jean XXIII. Plus tard, le concile de Bàle renouvellera cette expérience : ce sera la source de son impuissance et la cause de sa révolte.
Un autre moyen , non moins périlleux et tout aussi
Jacobita perfidissimus , comme il l'appelle (1387), 0pp. Gersonii, t. I, col. 710. —M'kRGE^TRÉ,Coll.judic., l. I, p. II, p. 76.
1. Vox DER Hardt, t. n, col. 224. — Maxsi, t. XXVII, p. 560. — Hardoun, t. VIII, p. 223. — Cf. Pelrui de Alliaco, p. 274. L'année suivante, d'Ailly exposa les mêmes principes, dans son traité De potestate ecct., Von DER Hardt, t. IV, p. Vi. — 0pp. Gersonii, t. II, col. 941 . — Valois, t. IV, p. 270.
CONCILE DE CO-NSTAiNCE. 301
contraire aux traditions ecclésiastiques, fut également employé contre le Pape qu'on voulait dès lors renverser.
Ce fut le vote par nation et non point par tête. Cette pratique devait réduire à néant la supériorité numérique des Italiens. On décréta que l'assemblée conciliaire serait divisée en quatre nations : l'Italie, la France, l'Allemagne et l'Angleterre ; plus tard on en ajouta une cinquième, l'Espagne.
Chaque nation devait nommer un certain nombre de délégués, ecclésiastiques ou laïques. A la tête des députés de chacune , il y avait un président qu'on changeait tous les mois. En outre, chacune d'elles devait se réunir séparément-pour examiner les questions et communiquer ses décisions aux autres.
Quand on se serait entendu sur un point , on réunirait une congrégation générale des quatre nations nationalité!'. Celle-ci après avoir adopté l'article, devait le soumettre à la session générale du concile conciliariter^. Le Sacré-Collège ne put obtenir dêtre reconnu par les nations comme un corps spécial ayant son autonomie et son autorité propres : chaque cardinal dut voter avec sa nation.
Toutes ces décisions, adroites peut-être au point de
1. Vos DER Hardt, t. I, col. iSI. — Cardinalinm, nationumque coniu.lt., ibid., t. II, col. 230 et t. V, p. 53. — Pierre d'Aillt, 0pp. Ger- •^onii, t. II, col. 940. — Le cardinal de Cambrai, instruit par l'exiiérience. rritiqua plus tard ce système dont il avait vu bien vite les multiples inconvénients : il préférait le vote par province ecclésiastique. Voir sa dissertation lue à Constance le premier novembre 1416, De Reformalione Ecclesiœ. Le texte qui se trouve dans les œuvres de Gerson, t. Il, toi. 915, n'est pas le même que celui de 1403, date de la première rédaction. Le texte primitif, conservé à la Bibliolli. nationale (Ms. lat- 312'», li579) et que Baluze a copié (c'est le n" 1371) a une lacune de 38 lignes. D'Ailly a ajouté ces desiderata quand il a présenté son traité au concile. Cf. le ch. X de cet ouvrage, p. 200.
302 LE GRAND SCHISxME.
vue politique, ôtaient à Jean XXIII tout l'avantage du nombre , mais elles avaient le tort de déroger aux traditions les plus respectables. Elles introduisaient au sein du concile des divisions nationalistes et particularistes qui ne doivent jamais se rencontrer dans une assemblée catholique, c'est-à-dire universelle. Comme le précédent, ce procédé était révolutionnaire au premier chef, il lésait les droits des cardinaux et des évêques. et n'était inventé que pour nuire au Souverain Pontife.
Ce coup, déjà très sensible, ne fut point le seul porté alors à Jean XXIII. Un anonyme. proba;blement italien, fit paraître contre le Pape un pamphlet rempli des plus odieuses accusations '. Ce libelle injurieux fut remis aux quatre nations en même temps qu'une demande d'information juridique. Les ennemis du Pape voulaient donc le déshonorer, comme ils avaient essayé d-^ le faire pour Boniface VIII, un siècle auparavant (1303 . Averti par un de ses serviteurs, Jean fut d'abord consterné : il consulta quelques-uns des cardinaux qui lui étaient restés fidèles.
Ceux-ci lui conseillèrent de ne pas entrer en discussion avec ses adversaires , mais ils furent d'avis qu'il valait mieux se démettre pour éviter an plus grand scandale.
Le Pape accepta ces conseils : c'est ainsi que le mal produisit un certain bien. Les calomnies ou les médisances dont on accablait le pontife conduisirent à cette cession si ardemment dés-irée et préparèrent la solution définitive.
Le 16 février, Jean XXIII, de plus en plus effrayé, fit lire par le cardinal Zabarella un écrit dans lequel il
1. Voîi DEn Hardt, t. n, col. 391. — Hookr, Zur Getch, Papstm Johann$ XXIII 'Bonn, 1870).
disait : « Résolu de rendre la paix à l'Église, je consens à résigner mes pouvoirs à condition que Pierre de Lune et Ange Corrario. déclarés hérétiques, renoncent, eux aussi, à toutes leurs prétentions à la tiare \ »
La forme de ce document fut appréciée par les Pères et trouvée trop violente pour les Papes rivaux; mais déjà le concile mettait les trois pontifes sur le même pied : l'œuvre de Pise était donc ruinée à leurs yeux. Un second écrit ne fut pas jugé plus satisfaisant. Sigismond en proposa un troisième qui n'eut pas un meilleur sort. Enfin, après bien des pourparlers, Jean lut en public une renonciation expresse et formelle avec une seule condition, c'est que Benoît et Grégoire céderaient à leur tour. Le 2 mars 1415, dans la seconde session solennelle , il répéta cette importante déclaration -.
Cet acte fut reçu par le concile avec allégresse ; on chanta le Te Deum et tout Constance fut dans là joie. Le 7 mars, le Pape lança une bulle confirmant et promulguant solennellement sa promesse de cession.
A quoi bon raconter dans le détail les événements qui dès lors se succédèrent avec rapidité? Les froissements multiples essuyés par Jean XXIII, les projets de Sigismond qui voulait aller à Nice pour conférer avec Benoît, le refus du Pape d'accepter le roi des Romains comme son procureur chargé d'abdiquer pour lui, les discussions ardentes et envenimées entre les nations el les menaces adressées à la nation française '?
Le trouble augmentait, les relations entre Jean et Si-
1. Vu>»ER Hardt, t. II, col. i33 et 292. — Massi, t. XXVII, p. 5b4.
i. HEt£L£ {Irad. Leclercq), t. VU. V partie, p. 191.
3. Hefele, ibid., p. 193. — Christophe, ///s^o/re delà papauté pendant le XIV" siècle, l. III, p. 38j. —II. ïi\kï., Forschuiigen und Quellen, p. ÏUj. — Valois t. IV, p. 281.
gismond devenaient de plus en plus diflTiciles; le bruit courait que le Pape voulait quitter Constance avec l'aide et la protection de Frédéric, duc d'Autriche. Le pontife espérait que sa retraite dissoudrait le concile et ferait cesser la persécution dont il se plaignait d'être l'objet.
Le 20 mars, un grand tournoi eut lieu à Constance. Le chef de l'Empire y assistait avec les princes, les chevaliers, et un peuple immense. On faisait trêve pour un moment aux graves débats du concile. Le duc d'Autriche et le comte de Cilly, beau-frère du roi des Romains, devaient y lutter de force et d'adresse. Dans la nuit qui suivit, le Pape résolut d'échapper au concile. Revêtu d'un mauvais habit gris et monté sur un vieux cheval dont la selle portait une arbalète, il se présenta en dissimulant sa figure à la porte de Kreuzlingen. Qui aurait pu reconnaître sous ce déguisement celui qui avait passé sous cette même porte, quatre mois auparavant, dans toute la pompe du souverain pontificat? Jean XXIII n'était accompagné que dun enfant. Personne ne fit attention à des voyageurs de si piètre apparence ^.
Le Pape gagna Ermatingen en Thurgovie, s'embarqua sur un bateau préparé par les soins de Frédéric et arriva le lendemain matin à Schaffhouse.
A peine était-il sorti de Constance qu'il rassura par deux billets très laconiques les cardinaux et le roi des Romains : il ne s'était point esquivé pour éluder ses promesses ; mais grâce à Dieu il jouissait maintenant du bon air et de la liberté'.
Le lendemain matin, la nouvelle de la fuite du pontife se répandait dans Constance et y semait d'abord l'étonnement, puis la consternation et la confusion.