Valois, t. IV, p
. CONCILE DE CONSTANCE. 2Qô
La plupart des pères croyaient le concile fini et se préparaient au départ ; d'autres, et même des cardinaux, songeaient à aller rejoindre celui qu'ils considéraient encore comme leur chef légitime.
D'autre part, on se répandait en invectives contre Jean XXIII, dont le palais fut immédiatement livré au pillage par la populace. Le désordre allait croissant et avec lui la crainte, quand Sigismondmontaà chevalet parcourut les rues delà cité. Su présence, son attitude confiante relevèrent les courages abattus, ramenèrent^ la tranquillité et arrêtèrent les départs précipités.
Le roi convoqua aussitôt une congrégation des quatre nations et déclara sa ferme résolution de maintenir et de défendre le concile au péril de sa vie. Les cardinaux s'unirent à lui, mais ils lui dirent qu'avant de prendre des mesures centrale Pape, il fallait commencer par lui envoyer une députation. Trois membres du Sacré-Collège eurent mission de se rendre à Schaffhouse ; l'archevêque de Reims les y suivit pendant que Sigismond accusait Frédéric de trahison et le citait à comparaître devant le concile et devant lui.
Au sein de l'assemblée, les délégués français se faisaient remarquer par la violence de leurs écrits * et de leurs paroles ainsi que par les erreurs schismatiques de leur doctrine sur l'Eglise.
Gerson et d'autres émettaient des théories subversives de l'autorité du Pape et exaltaient à outrance l'omnipotence du concile général ^. Toutes ces opinions audacieuses allaient pousser un certain nombre de Pères aux plus tristes écarts de doctrine et de conduite.
1. cr. le placard violent attribué à Benoit Gentian, représentant l'L'tiiversité de Pari^, Martèsf. et Dlrasd, Tliesaurus, t. II, col. 1620.
2. Von der Hardt, t. U, col. 265. — J.-B. ScnwAD, Johannes Gerson, p. 507. — Martf.se et Dirand, col. 1623. - Valois, t. IV, p. 2iK).
Déjà, on le voyait, elles troublaient certaines tètes et entraînaient à des déclarations excessives jusqu'à l'injustice et fausses jusqu'à l'hérésie.
Les ecclésiastiques de second ordre, appelés sans droit à faire partie de l'assemblée, se montraient plus exaltés et plus intraitables que les autres ; ils paraissaient disposés à accepter les conclusions les plus outrées.
Cet état d'esprit explique, sans l'excuser, tout ce qui nous reste à raconter et tout ce qui va se passer dans les sessions suivantes du concile.
§3. — Les troisième, quatrième et cinquième sessions.
La prochaine réunion avait été fixée au 26 mars, car l'assemblée tenait à montrer le plus tôt possible qu'elle ne se croyait point dissoute par le départ du Pape. D'un autre côté, Jean envoyait à tout le Sacré-Collège l'ordre de venir le rejoindre à Schaffouse, dans l'intervalle de six jours, sous peine d'excommunication.' Son intention de rendre le concile impossible était ainsi rendue évidente. Il se plaignait en même temps au roi de France et à ses oncles, ainsi qu'à l'Université de Paris, des mauvais traitements qu'il avait essuyés de la part du concile, des défiances qu'on lui avait montrées et des complots que Sigismond avait tramés contre la liberté des Pères et la sienne. Le nouveau règlement suivi à Constance et les prétendues injustices dont la nation française avait été la victime provoquaient aussi ses réclamations intéressées *.
Deux jours après, le 25 mars, Jean XXIII renvoyait en ville l'archevêque de Reims et le chargeait de faire verbalement une déclaration à l'assemblée. « C'est
i. Voîi DER Hardt, u n, col. 253 (et non 153, faute d'impression dans le volume). — Mansi, t. XXVHI, p. 1*.
CONCILE I>E CONSTANCE. Su:
l'insalobrité de l'air et non la crainte, disait-il, qui m'a ïovcé à quitter Constance. Je reste toujours disposé à aider Sigismond et à pacifier l'Eglise. » Par une lettre adressée aux cardinaux, il les nommait tous ses procureurs dans l'œuvre de la cession, et il chargeait trois d'entre eux de faire connaître publiquement sa démission, aussitôt que. Benoît et Grégoire auraient donné la leur ' . Enfin le pontife capitulait !
Sans attendre le retour des membres du Sacré-Collègê envoyés à Scliaffouse, on résolut de tenir immédiatement la troisième session qui eut lieu en effet le 26 mars. Il s'agissait de promulguer {conciliante/') les décisions prises par les quatre nations [nationaliter). La plupart des cardinaux, inquiets des dispositions du concile et froissés de ses procédés, s'abstinrent de paraître à la séance. On n'y vit que soixante-dix prélats, mais on y put compter, en revanche, beaucoup d'ecclésiastiques de second ordre. Le cardinal d'Ailly prit la présidence après avoir chanté solennellement la messe. Le cardinal Zabarella lut les conclusions suivantes déjà approuvées par les nations : le concile a été légitimement convoqué, ouvert et tenu à Constance; l'éloignement du Pape ne l'a pas dissous ; il ne saurait l'être avant que le schisme ne soit éteint et lEgiise réformée. L'assemblée ne peut être transférée ailleurs, et tous ses membres doivent rester à Constance jusqu'à la fin des travaux.
Ces cinq points furent adoptés {conciliariter)'par les cardinaux et tous les membres présents. Cependant d Ailly et Zabarella crurent devoir protester en public qu'ils demeuraient fidèles à l'obédience de Jean XXIIl, tant que celui-ci persisterait à vouloir résigner ses pouvoirs. S'ils avaient consenti à assister à cette ses-