Pastor, 1. 1, p
5. Baudrillart, L'Eglise catholique, la Renaissance et le Protestantisme (Paris, 190o). p. 22, 26. — Cf. J. GuiRAUD, L'Église et les origines de la Renaissance, chap. xt.
et juste quand on la appelée : la résurrection de la chair.
C'est au sein de la noblesse d'abord que cet esprit de désagrégation s'exerce. La chevalerie qui avait été si longtemps le service armé de Dieu et des faibles s'amollit, change de caractère, perd sa légitime indépeniance et tombe sous la domination des princes. Un reste de féodalité trop fidèlement conservé accorde certains bénéfices ecclésiastiques à des nobles souvent ignorants et mondains', parfois trop jeunes, et les souverains tendent à transformer les prélatures en fiefs et les évêques en vassaux. D'un autre côté, l'introduction du droit romain régalien au sein des législations chrétiennes du moyen âge faisait naître les perturbations sociales, minait les assises des vieilles constitutions politiques, anéantissait les anciennes libertés populaires, augmentait le pouvoir arbitraire des princes et favorisait ainsi indirectement toutes les entreprises dirigées contre l'Eglise et la papauté 2.
Les germes d'opposition semés à Constance et à Bâle se développaient en détournant les rois et les peuples de recevoir avec faveur les réformes dont l'autorité romaine prenait l'initiative.
Plus tard, le protestantisme trouvera dans les cours dégénérées ses plus fermes appuis, et le prétendu mouvement de moralisation religieuse aura pour principal levier l'immoralité des princes. Ajoutons-y la cupidité des nobles et l'inconsciente ardeur des passions populaires, et nous aurons les trois grandes causes du suc-
1. Jasssen, p. 515, — Voir les plaintes éloquentes de Pie n à propos de la France : PU II Comment. (Francofurti, 1614).
2. Cf. Janssei», op. cit., t. I, pp. 403, 456 et 570. — C'est l'Oniversité de Bologne qui introduisit surtout l'étude exclusive du droit romain et MunATORi se plaint avec raison de la funeste influence que celte législation païenne exerça en Italie, malgré la perfection de sa forme juridique. Cf. Bisiertazioni iopia le antichità italiane, 1. 1, p. d49.
ces de cette Réforme faite au sein de l'Ég-lise malgré l'Eglise et contre l'Eglise. Bientôt le concile de Trente étudiera les décrets de Reformatione en même temps que les canons dogmatiques, et les imposera ensemble à tout l'univers catholique pour être un code de lois sages et immuables.
S 3. — Le pouvoir temporel, l'autorité politique et religieuse des papes.
Martin V avait le très sincère désir de promouvoir le progrès dogmatique et de protéger toutes les tentatives de réforme. Mais il comprit bien vite qu'il ne pourrait arriver à ce double résultat sans avoir reconquis d'abord sa complète indépendance dans la sphère de son domaine pontifical. Il voulut retourner immédiatement à Rome pour y rétablir son pouvoir. Par cette résolution intelligente et énergique, il échappait aux obsessions de Sigismond qui voulait le retenir en Allemagne et qui lui offrit tour à tour, comme lieu de résidence, Bâle, Mayence et Strasbourg '. Le pontife déclinait du même coup les instances des prélats français qui le suppliaient de retourner en Avignon et d'y présider le prochain concile. « Mon devoir est de revenir à Rome, répondait invariablement Martin V. La cité souffre de l'absence de son souverain ; l'Eglise romaine est la mère de toutes les autres ; là seulement le Pape est à son poste comme le pilote à son gouvernail ^. » Pour la vingt-cinquième fois la papauté, un instant exilée, allait rentrer dans ses possessions séculaires ; elle allait se retrouver chez elle. A propos d'un autre retour du Pape à Rome, de
K. Von BER HARDT, t. IV, p. 1380.
2. Platina, Vita Martini K, p. 623. — Cf. Pastor, Histoire des Papes, t. I, p. 222. — Denifle, ChartuL, t. IV, p. 347. Valois, t. IV, p. 43i.
Maistrc fait allusion à la fable d'Antée retrouvant de nouvelles forces après avoir touché la terre, sa mère. Le pontife voulait aussi reprendre la lutte contre l'erreur et le vice avec une vigueur renouvelée en posant le pied sur ce sol béni que ses prédécesseurs avaient conquis par leurs sueurs et leur sang.
Dans quel état Martin retrouvait-il l'Italie et la Ville éternelle que la papauté avait faites si glorieuses? L'anarchie régnait partout, et le pape ne gouvernait plus qu'une faible pa:tie du domaine temporel. Les nobles et les communes s'en étaient disputé les lambeaux, pendant que des condottieri, étrangers pour la plupart, parcouraient la péninsule en tout sens, semant partout le carnage et ne laissant après eux que des ruines avec des morts. La famille du Pape elle-même, la puissante dynastie des Colonna, solidement établie en Campanie, cherchait à dominer les Orsini et les Conti, et espérait que le nouveau pontife augmenterait sa puissance avec ses domaines.
Les communes se sont développées et fortement organisées pendant l'époque troublée du schisme. Leur jalousie, leurs prétentions et même leur cruauté, qui ne le cèdent en rien à celles des nobles, sont la source de conflits incessants. Rome entre en lutte avec Yiterbe, Pérouse s'efforce de dominer Foligno, Ancône combat Recanati, et l'on se demande ce que devient au milieu de ces batailles le pouvoir légitime des pontifes que le malheur des temps a retenus loin de leur capitale. A propos d'une autre époque non moins troublée, Dom Pitra a écrit : « Le plus étrange, c'est que l'Eglise ait pu rester là. Non sans raison, on a multiplié autour des tombeaux des Papes l'image des trois enfants dans la fournaise. Il a fallu vivre sur les brasiers et renaître des cendres comme le phénix. Le
vieux Latium était redevenu un volcan, et les catacombes furent creusées dans la pouzzolane brûlante. Le plus solide édifice qui soit sous le soleil a été bâti sur un sol qui tremblait et qui brûlait. Il en sera toujours ainsi, même après la paix, même de nos jours ' . »
Martin, en repassant les Alpes, savait qu'il allait trouver Rome occupée par des soldats napolitains de la reine Jeanne II. Ils n'évacuèrent la ville qu'en 1419, et c'est seulement en 1420 que le Pape put rentrer chez lui pour y être reçu comme un sauveur et y mériter bientôt le titre de père de la patrie. Il restaura la Ville éternelle, soulagea la misère des habitants, prit des mesures sévères contre les mutilations de monuments, qui étaient devenues habituelles, rétablit peu à peu son pouvoir dans les États pontificaux et combattit avec énergie le fléau du brigandage, qui était endémique dans la campagne romaine. Un grand nombre de villes, fatiguées d'interminables dissensions, se débarrassèrentde leurs tyranneaux et se réunirent sous la puissance immédiate du pontife. A sa mort, la paix et l'ordre régnaient dans les provinces pontificales 2. 11 y eut cependant encore des troubles sous Eugène IV et sous Nicolas V ; mais les Papes en eurent vite raison, soit par l'énergie guerrière des Vitelleschi et des Scarampo, soit par des moyens pacifiques plus conformes à l'esprit de l'Église.
Pendant les huit années du pontificat de Nicolas V, Rome sortit rajeunie de ses ruines, se revêtit d'une nouvelle parure de temples et de palais et s'entoura d'une forte ceinture de remparts. Ce fils du peuple élevé aux honneurs de la tiare fut « le premier des Médicis par Tesprit sinon par le sang ^ ». Jules II voulut « que