Benoist, p. il9. — De BoiL-iV, t. IV, pp. Si* et
s'abstint de se prononcer soit pour, soit contre Urbain VI ; il proposa la réunion d'un concile général '.
Quelques semaines plus tard, de nouveaux échanges de lettres avaient lieu entre Paris et Anagni. Charles, de plus en plus travaillé, se laissa graduellement gagner et se prononça pour les cardinaux, même avant l'élection de Robert de Genève. Celui-ci crut devoir l'en remercier plus tard : les termes emphatiques dont se servit l'élu de Fondi montrent toute la chaleur dune reconnaissance qui ne tardera pas à se manifester par des actes.
Une seconde assemblée fut tenue au Bois-de-Vincennes après qu'on eut appris en France l'élection de Clément VII (16 novembre). On conseilla au roi de se déclarer ouvertement pour son parent, qui se fixerait sans doute à Avignon. Cette décision s'accordait évidemment avec les sentiments intimes de Charles, car il s'empressa de faire publier dans toutes les églises, avec le cérémonial accoutumé, la nouvelle de la seconde élection.
Malgré l'expression de la volonté royale, l'Université eut quelque peine à changer d'avis. Le recteur demanda un répit avant de se décider : les nations anglaise et picarde déclarèrent vouloir rester neutres.
Sur ces entrefaites, l'habile Jean de Cros fut envoyé à Paris par Clément pour le représenter et pour défendre ses intérêts. 11 avait reçu de celui-ci le droit de poursuivre les Urbanistes qui se rencontreraient en France et de fortifier les convictions des Clémentins.
i. La réponse officielle de Charles v aux envoyés des cardinaux (J'Anagni, rédigée par le conseiller royal Jean Le Fèvre, fut transmise aux cardinaux à la fin de décembre 13"8 par Gilles Bellemère. Voir F. BliehetzriedeR: Literansche Polemik zu Beginn des grossen abendlânditchen Schismas tVienne, 1909), p. 32*-3«* et p. 1 et suiv.
Le 6 avril 1379, le cardinal fut reçu à Notre-Dame. Quelques jours après, il parla avec chaleur et assurance devant le roi, les princes et les prélats : il raconta les détails de l'élection d'Urbain de manière à apaiser les scrupules de son auditoire. Le 7 mai, il renouvela son récit au château du Bois-de-Vinccnnes devant une nouvelle assistance de choix. 11 oublia, sans doute, de dire qu'il avait été le premier adonner sa voix à Barthélémy et qu'il avait formellement exprimé l'intention de l'élire à titre définitif. Quoi qu'il en soit, deux autres cardinaux arrivés récemment à Paris. Guy de Malesset et Guillaume d'Aigrefeuille, appuyèrent chaleureusement ses dires et toute l'assemblée se déclara convaincue. Elle adjura le souverain de reconnaître l'élu de Fondi, de lui obéir et de le soutenir '.
Le peuple suivit naturellement ses pasteurs : l'Université elle-même consentit à se déjuger et à se soumettre, les nations anglaise et picarde exceptées. Un docteur en théologie assez célèbre, Simon Fréron. fut chargé d'annoncer à Charles la décision résignée de VAlma Mater. 11 le fît avec un certain oubli de la dignité professionnelle, qu'un historien a pu qualifier de platitude 2; mais les intéressés feignirent de croire que cette adhésion était aussi spontanée qu'unanime. La Nation française s'empressa d'envoyer à Clément la liste de ses suppliques : elle voulait recueillir immédiatement le fruit de sa soumission. Pierre d'Ailly, alors simple bachelier en théologie, fut chargé de la porter au-nouveau Pape (avant le 24 mai).
Tel paraît donc avoir été le rôle de Charles V dans ces délicates circonstances. Comme les conseils qu'il recevait répondaient peut-être à ses désirs secrets, et
i. V.LOis, t. I, p. 130. — Denifle, CharluL, t. III, n" 1621. 2. Valois, t. I, p. 139. — Cf. Demfle, t. ni, n* 16-i4 et suiv.
~r LE GRAND SCHISME.
sûrement à se&intérêts politiques, il fut entraîné dans la voie du schisme sans que sa conscience pût s'inquiéter. Les vrais coupables seraient, en cette circonfitance, plutôt les cardinaux de Fondi, puis le pontife créé par eux. Ils ont assumé devant l'histoire de terribles responsabilités, et la plus grande est peut-être d'avoir trompé le roi, de l'avoir amené à devenir le fauteur inconscient du schisme et d'avoir ainsi perpétué les plus lamentables divisions.
Sans doute cette grave affaire ne fut pas débattue en France dans toutes les formes judiciaires ; sans douto une pression fut exercée sur l'Université, alors si influente ; mais nous ne saurions incriminer la bonne foi et la loyauté de Charles V. Jusque sur son lit de mort, il affirma s'être déterminé à embrasser l'obédience de Clément à cause des révélations des cardinaux. C'est donc sur eux seuls que doivent retomber •"^utes les sévérités de l'impartiale histoire.
Il faut lavouer pourtant : si la France n'a^vait point soutenu Clément, le parti de la révolte eût paru bien peu solide. Grâce à Charles V, le royaume de Naples se décide pour le Pape qui avait été élu sur ses frontières. L'Ecosse embrasse le parti français à cause d'une haine commune contre l'Angleterre qui s'était déclarée pour Urbain. La Castille, d'abord neutre, se prononce en faveur de Clément par des motifs semblables * . Le Portugal est gagné aussi à sa cause par le renom d'orthodoxie de la maison de France. Le duc de Savoie se range du parti de Clément à cause de sa parenté avec lui. Enfin, l' Aragon et la Navarre s'attachèrent plus tard au nouveau Pape, grâce aux secrètes intrigues, à l'habileté consommée et au zèle
1. Cf. Valois, t. I, p. ilO et passim. — DelalûM)E, Étude historique et critique sur le grand Schisme, p. 93.
L'ÉLECTION DE CLÉMENT VII A iONDi. 71
infatigable de aon légat Pierre de Lune^ Ge n'est pas lans l'évidence des faits et des preuves qu'on doit chercher les motifs de ces adhésions, qui d'ailleurs ne furent jamais unanimes, mais bien plutôt dans les alliances et dans l€s passions politiques.
S 3. — Délimitation des obédiences.
On le voit, la révolte s'était allumée comme une traînée de poudre dans presque toute l'Europe occidentale. Que restait-il donc à Urbain? La majeure partie de la chrétienté lui demeurait fidèle. D'abord l'Empire, dont le chef Charles IV s'était, dès lu première heure, déclaré en sa faveur. 11 fît reconnaître par lui, comme roi des Romains, son fils Wenceslas, et sut défendre avec succès devant la diète l'élection pontificale, dès que celle-ci fut contestée. Outre la vérité des faits qui légitimaient le pontife de Rome, des raisons diplomatiques lui dictaient d'ailleurs sa conduite. Depuis le séjour des Papes à Avignon, l'Empire avait perdu presque toute son influence dans YEglise. Puisque Urbain voulait régner à Rome, il était de bonne politique de le défendre contre les cardinaux français.
Malheureusement pour le pontife romain, l'Empereur mourut au lendemain de l'élection de Fondi, le 29 novembre 1378. Son fils Wenceslas ne pouvait que marcher sur ses traces; mais il n'égalait son père ni par la culture intellectuelle, ni par l'habileté politique, ni surtout par la dignité morale. Néanmoins, quand les envoyés du roi de Franee voulurent l'entraîner dans le schisme, il les reçut assez mal à Francfort ; au repas
i. Valois, p. 21-2 et suiv.
;ai leur fut offert, on les servit à une table à part comme schismatiques. C'était en février 1379. Somme toute, malgré quelques défections partielles ^ l'Emire demeura attaché au Pape de Rome.
Peut-être faut-il attribuer cet échec de la politîqrie française à la présence des ambassadeurs d'Angleterre. Ici encore, l'intérêt du roi d'Outre-Manche était d'accord avec les sentiments nettement urbanistes de son clergé et du peuple fidèle. Les Anglais avaient eu à se plaindre plus d'une fois, depuis un demi-siècle, de la sourde malveillance des Papes d'Avignon. Le schisme de Charles V, l'ennemi héréditaire, raffermissait indirectement l'orthodoxie de Richard 11 et de son peujde. Le Parlement, de son côté, montrait une intolérance intraitable pour les Clémentins.
Le cardinal de Poitiers, Guy de Malesset, ne put jamais pénétrer en Angleterre pour y exposer et y défendre la cause de l'élu de Fondi. Dans les provinces du continent soumises, soit à l'autorité, soit à l'influence anglaise, la lutte commence entre les deux obédiences et se continue longtemps avec des chances diverses. Dans la région du sud-ouest, Urbain l'emporte ; en Bretagne, c'est Clément qui règne, mais non sans conteste. D'un autre côté, la fidèle Irlande se prononce en grande partie pour Rome.
En Flandre, la situation était plus compliquée. Le pays était rattaché depuis longtemps à la France par sa situation géographique, par les liens politiques et
1. Ainsi le duc Léopold ni d'Autriche vendit son adhésion à Clément YII pour iao.OOO florins d'or. Metz, Toul et Verdun furent, dés l'origine, inféodés au pape d'Avignon. Albert de Bavière, Wenceslas de Luxembourg, Adolphe de Glèves, Robert de Bar, Jean de Lorraine, se déclarèrent aussi clémentins. Sur les partisans de Clément VII en Allemagne, cf. GÔLLER, Repertorium germanieum. ErsterBand, Cletnens VII von Avignon (Berlin, 19)6), pp. 99-170.
par son prince, Louis do Maelc, beau-père du duc de Bourgogne, frère de Charles V. Mais le peuple flamand, indépendant par nature et par tradition, avait tout intérêt, au point de vue commercial, à s'orienter vers l'Angleterre. Quand, par suite de la guerre, les laines anglaises n'arrivaient plus à Damme, à l'Ecluse, à Gand, à Bruges ou à Ypres, la puissante et remuante bourgeoisie de Flandre se plaignait du comte, et parfois armait contre lui les belliqueuses milices des villes et des campagnes. Cette année même, en 1378, les Gantois soutenus par les Anglais, venaient de commencer un soulèvement qui allait durer sept ans.
D'ailleurs les Flamands avaient d'excellentes raisons pour croire à la légitimité d'Urbain et pour lui rester opiniâtrement attachés. Qui donc avait averti Louis de Maele de l'élection faite à Rome et de sa canonicité * ? C'était celui-là même qui, cinq mois plus tard, allait devenir l'adversaire du pontife qu'il avait proclamé légitime, c'était Robert de Genève. Le pape de Fondi avait donc mauvaise grâce à combattre une conviction qui s'appuyait sur sa propre parole.
Quelques mois plus tard, le cardinal Pileo de Prata avait écrit de Venise à Louis de Maele et avait confirmé le premier choix du Sacré-Collège -. Les lettres en sens contraire du cardinal de Pampelune ne purent le faire changer d'avis. Enfin le clergé de Flandre avait engagé le comte à s'entourer de toutes les lumières et à consulter la savante Université de Bologne. La réponse avait été favorable à Urbain.
C'est donc en toute connaissance de cause que Louis de Maele se sépara de la France et résista à toutes
1. Meyer, Annales rerum Flandricarum. p. 169. — Ratnald, a. 1378, n" n et 62.
2. Du BoDLAY, t. IV, p. 14. — D'ACHEP.Y, SpicUegium, t. lU, p. 743.
les sollicilations clémentines, II le fit connaître fièrement dans un acte public : « Nous sommes prêt à nous en rapporter à la décision du concile général, dit-il. Nous ne roulons en aucune façon nous écarler de lurnîté de TEglise, mais nous n'abandonnerons jamais l'obédience d'Urbain VI, qui fut élu en premier lieu .et que nous avons tenu jusqu'à présent pour vrai pape'. »
Si le prince, le clergé et le peuple se déclaraient pour le pontife romain, par contre, les quatre évêqucs du pays se tournaient vers Clément. Celui de Cambrai, Jean T'Serclaes, et celui de Thérouanne, Pierre d'Orgemont, étaient l'un comme Tautre les successeurs de Robert de Genève. L'évêque d'Arras, Pierre Mazuyer, dépendait, comme les deux précédents, de la m.élropole de Reims pour le spirituel ; au temporel, il était le sujet de Marguerite, comtesse douairière de Flandre et toute dévouée à Clément. Quant à Tournai, la ville appartenait au roi de France depuis Philippe- Auguste; elle était française de langue et de sentiments, et son chapitre venait d'élire comme évêque Pierre d'Aussay, un Bourguignon'.
Donc, d'un côté les fidèles, le prince et le bas clergé, de lautre les hauts pasteurs, telle était la situation de la Flandre. Les conseils, les discours et les ordres du roi de France ou de ses envoyés n'y eurent dès l'abord aucun- genre de succès^. D'avance leurs rapports étaient considérés comme suspects.
Les Flamands qui appartenaient au diocèse de Cam-
<. Cf. Baluze, 1. 1, coll. 492 et 551. — 2. Valois, t. 1, p. 2S3 et p. 2.=iS. — 3. Ms' Hautcoeur, Histoire de Saint-Pierre de Lille, t. U, p. 88. — Sur les bénéfices accordés par les pape» des deux obédiences, cf. L'. Ber- LiÈRE, Inventaire analytique des Uhri obligalionum et tolutionum des Archive» Vaticanes [home, 1901), p. 101-146.
L'ÉLECTION DE CLÉMENT VU A FONDl. 75
brai prévinrent leur évêque T'Serclaes qu'ils étaient dans 1 intention de rester provisoirement dans l'obédience d'Urbain. Ceux qui dépendaient de révcchéde Tournai n'acceptèrent pas davantage le pape d'Avignon. Ces derniers reconnurent Jean de West, doyen de Tournai, à qui Urbain envoya ses bulles vers 1380', et qui se fixa à Gand. A part les clxàtellenies de Dunkerque, de Bourbourg et de Cassel, qui dépendaient de la duchesse de Bar, toute la Flandre abéit au Pape romain. Après quelques hésitations, le Hainaut resta neutre; le duc deBrabant se tint à l'égard de Clément dans les limites dune froide politesse.
L'Italie est le centre de la grande lutte. D'abord divisée, elle aussi, en deux obédiences, elle devint bientôt le principal boulevard du pontife de Rome. Dès le co«mmencement de la révolte, l'adhésion de la reine Jeanne et de son mari Othon de Brunswick valut à Clément la soumission du royaume de Naples au sud, et du marquisat de Montferrat au nord. De plus, les mercenaires gascons et bretons, tout dévoués à l'élu de Fondi, maintenaient par la terreur une partie de la péninsule. Mais l'opinion publique était hostile aux Français et au Pape qu'on appelait le « bourreau de Césène ». Florence et Milan se rallièrent au Pape de iiome. En plusieurs rencontres les étrangers furent battus, le château Saint-Ange fut repris par les Romains 27 avril 1379 . A cette nouvelle, le pontife de
i. Il mourut en 13*i4 elent pour successeur fiiiillaume de Coudembergbe. A Malines. on reconnut plu& tard Jean Vsewjns que Rona« dési. gna comme administrateur spirituel et temporel du diocèse de Cambrai en 1406. — Sur Jean de West. cf. U. Berlière, Jeaji de West, écvque urbaniste deTcurnai, dans le Bulletin de la Commission royale d'Histoire (190^), t. LXXIU. p. 35i-36S. — Haetes, Verzmneling «a» Naamrolen betrtkkelijk de Kerkeljke Geschieden-i» van ket Aart^isdom van MecMlen\ 1. 1, p. i«. — JUraeis. 0pp. dipl. et hisl., t. Il, p. 1030. — CL fte- «)«e des Scieneti tccl., février 1902.
Fondi s'enfuit et se réfugia àNaples. Mais, trois jours après, la ville se souleva aux cris de : « Vive le pape Urbain ! Mort à Clément ! » Effrayé de ces désordres et de ces menaces, peu confiant d'ailleurs dans le secours que pourrait lui apporter le duc d'Anjou. Clément qaitta l'Italie révoltée et s'embarqua pour Marseille. Après quelques péripéties fâcheuses, il aborda en Provence, et ne se trouva complètement en sûreté qu'à l'abri des murs du palais pontifical : il arriva à Avignon le 20 juin 1379. Il retrouvait là une capitale paisible, un palais magnifique, une cour de cardinaux et mille souvenirs de puissance et de grandeur. Il renouait la chaîne des temps et la succession momentanément interrompue des papes avignonnais.
Donc, les sièges des deux papes sont, à partir de cette époque, définitivement établis et les grandes lignes de leurs obédiences respectives nettement dessinées. Tout l'Ouest, sur les bords de l'Atlantique, est clémentin, à part TAngleterre et la plupart de ses possessions en France. Au contraire, l'Allemagne dans sa grande majorité, la Flandre et l'Italie à l'exception du royaume de Naples, sont urbanistes. Partons d'Edimbourg et traçons une ligne de démarcation entre l'Angleterre et l'Ecosse jusqu'à la mer d'Irlande, puis continuons de Nieuport à Liège, de Liège à Bâle, de Bâle à Constance, de Constance à l'ouest de Gènes, faisons-la enfin passer entre le royaume de Naples, ofïiciellement soumis à Clément, et les Etats de l'Eglise, et nous aurons une délimitation géographique assez exacte des obédiences de Rome et d'Avignon ^ Quant
1. Elbel etHAUPT, Das Itinerar der Paepsle zurZeit desgrossenSchismas, dans le Historisches Jahrbuch, XVI, p. 543. — 2. Noël Valois, pp. 2f2 el 303. — EcBEL, Die provisiones prxlatorum dans la Rômische Quartalschrift, Rome, 1894. Les renseignement» fournis parHaupt sont
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à la Grèce, elle ne sera jamais ni romaine ni avignonnaise, et recevra, semble-t-il. avec assez d'imJifférencc les nominations faites par chacun des papes.
Seulement, il faut bien remarquer que, même dans les pays dévoués à Clément, nous rencontrons toujours un parti plus ou moins nombreux d'Urbanistes; il en va de même pour Clément, dans les provinces qui obéissent à Urbain. La délimitation par frontières et la distinction par territoires resteront donc toujours un peu tloltantes. 11 y a plus : des royaumes, des comtés, des évéchés changeront parfois d'obédience parce qu'ils auront changé de souverains ou de titulaires. Quelquefois les mêmes personnages ecclésiastiques, comme les évèques de Bâle et de Constance, comme Guillaume de la Voulte, évéque de Valence et de Die ', porteront leurs hommages d'abord à Urbain, puis à Clément. ADax, ce sera l'inverse : l'évèque Jean Beaufaix ira de Clément à Urbain. A Rayonne, le chapitre seradiviséenlre les deux obédiences; une partie du diocèse soutiendra Urbain et l'autre Clément. A Coire, le chef du diocèse tiendra pour Rome, tandis que le chapitre inclinera vers Avignon. Parfois, comme à Liège, l'évèque clémentin sera renversé par ses diocésains, et son successeur recevra ses bulles d'Urbain. Certains diocèses auront en même temps deux pasteurs, certains monastères deux abbés; quelques ordres religieux, comme les Carmes par exemple, deux généraux;
(ilus étendus comme temps, ceux de M. Nocl Valois sont plus précis comme limites. D'ailleurs, il sera toujours difficile d'établir complctementles séries episcoporum d'après les archives soit de Rome, soit même d'Avignon.
1. Albasès, Gallia christiana novissina (Marseille, 1899), p. 363. Quatre ans après, Guillaume, qui avait été évêque de Marseille et que nous avons vu garde du conclave au 8 avril, fut transféré à Âlbi où il mourut en 1392.
quelques ordres de chevalerie deux grands maîtres ' .
Le schisme, qui désole en grand l'Eglise, se répercutera en petit jusque dans les moindres circonscriptions ecclésiastiques ; l'anarchie dans le gouvernement engendrera mille scandales et mille désordres, avec un amoindrissement général de Tautorité hiérarchique comme de la vie surnaturelle.
Somme toute, Idjédieîice d'Urbain est plus nombreuse, et les motifs qni ont déterminé les adhésions peut-être plus désintéressés, sont à coup sûr plus solides. L'obédience de Clément semble plus brillante, surtout à cause de l'appui que prête au pontife d'Avignon la fille aînée des rois et des papes, l'Université de Paris, mère et maîtresse de toutes les écoles de la chrétienté. C'est elle-même d'ailleurs qui, dans une lettre adressée au roi. prend soin de le constater, non sans une pointe de complaisance et de vaine gloire. « L'obédience de Rome est plus considérable, dit-elle. altéra amplior ; la nôtre est plus intelligente et plus saine d'esprit, altéra sanior-. » Cette constatation est trop intéressée pour n'être pas suspecte : nous n'en acceptons que la première partie.
1. Cf. PASTOR,t. I, p. lo4. — DELA VILLE LE RouLx, Un and-Qrand-maitre^ de Pordre de Saint-Jean de Jérusalem, Bibl. de l'École des Chartes,
t. XL, p. 523. Sur l'étendue du schisme chez les Franciscains cf,
ECBEL, Die Auignonesisdte Obedienz im Franziskanerorden ziir Zeit des gro&sen abendhïndischen Scliisnias. dans les Franziskanische Studien (i9U), 1. 1, p. 163-192, 31-2-3-2T. 'i:0-490.
2. Froissart, t. XVI, p. lit». — Chronic. Karoli VI Vib. XVI, c. 3, t. Il, p. 160.