CHAPITRE IV
S 1. — Saints et saintes dans chaque obédience.
Malgré ce schisme à jamais regrettable, malgré tous les désordres qui en sont les conséquences, les saints ne cessent point de paraître, de briller dans l'Eglise, de produire des fruits de salut : ils font naître même ces effets surnaturels de l'action divine qui s'appellent des miracles. Ils appartiennent à l'une et à l'autre obédience. La sève de la sainteté monte toujours et partout; l'irrégularité matérielle et accidentelle des canaux mystérieux qu'emploie le Saint-Esprit n'empêche pas la grâce de produire dans les âmes tous ses effets surnaturels. Dieu n'a jamais limité à telle ou telle fraction de l'Eglise la justification et la sanctification à cause d'un désordre passager dont les fidèles ne sont point responsables. Il serait donc illogique de conclure à la légitimité d'une obédience et à l'illégitimité de l'autre, parce que tel saint ou telle sainte soutenait l'un ou l'autre pape. Dans chaque camp, nous trouvons des bienheureux et même des thaumaturges. Les saints présents à Rome ou vivant près du théâtre des événements sont restés fidèles à Urbain ; ceux qui sont nés dans les pays dont les souverains ou les évêques reconnaissaient le
Pape d" Avignon se sont attachés à Clément. Tous ont suivi leurs guides naturels.
Il y avait alors à Sienne, dans un monastère de Dominicaines, une des saintes les plus extraordinaires que rÉglise ait jamais fait monter sur les autels. Prévenue dès son jeune âge des grâces les plus merveilleuses, elle ne se contenta pas d'édifier ses sœurs dans le cloître et de servir les pestiférés dans sa ville natale ; elle se sentit appelée par Dieu à rendre les plus grands services au siège de saint Pierre.
Nous l'avons déjà dit, une mission divine peut seule expliquer le rôle qu'elle joua dans les affaires de lEglise, les encouragements puis les objurgations qu'elle osa adresser au souverain Pontife, les reproches dont elle accabla les cardinaux dissidents, « mauvais pasteurs de l'Eglise'. » « Ce. que vous avez voulu, leur écrivait-elle, c'est un pape français. »
Elle se permet d'envoyer à plusieurs reprises son confesseur Raymond de Capoue en ambassade auprès du roi Charles V, qu'elle voudrait détourner du schisme. En l'année même où elle rendit sa grande âme à Dieu (1380), Urbain voulait la députer auprès de Jeanne de Naples pour ramener cette princesse à l'obédience romaine 2. Elle devait être accompagnée de sa sœur en sainteté et en dévouement au pape légitime , sainte Catherine de Suède. Il n'eût fallu rien moins que leur influence combinée pour convertir cette reine astucieuse, perverse et changeante. Malheureusement pour l'Église et pour elle, l'ambassade n'eut pas lieu ; les let-
1. Chavis de Malas, Histoire de sainte- Catherine de Sienne, t. II. ch. XIII. — Cf. Pastor, t. I, p. 143.
2. Ray:«ald, .1. 1379, n" 21 et suiv. —Bolland-, .Ac/a sanctorum aprilis, t. ni, p. 946.
ties que Tillustre dominicaine écrivit à Jeanne demeurèrent sans réponse et sans résultat.
Sainte Catherine de Suède, cette autre lumière de l'Église à la fin du XIV* siècle, était à Rome au moment de l'élection d'Urbain. Elle poursuivait auprès de la cour pontificale la béatification de sa mèio sainte Brigitte. Témoin oculaire de ces grands événements, elle affirma toujours avec la plus grande énergie qu'Urbain était légitime et que les cardinaux avaient, dès avant le conclave, l'intention de le choisir*. Elle déplorait cependant les maladroites rigueurs de sa conduite. « L'élection a été libre, déclarat-elle solennellement à Rome devant les juges ; l'émeute [aliqualis rumor) n'a éclaté qu'après. Les cardinaux n'en ont douté que quand le nouveau pape leur a refusé des faveurs et quand il a exigé des réformes 2. »
Pierre d'Aragon, autre persévérant défenseur d'Urbain, était de race royale : il était entré jeune encore dans l'ordre des Frères Mineurs. 11 passait pour favorisé de visions célestes, jouissait du don de prophétie et était vénéré comme un saint. Pierre donna les meilleurs conseils aux évêques de Castille. Il profita de ses alliances princières pour reprocher amèrement au roi d'Aragon sa défection à l'égard du pontife romain, et au roi de France son attachement au pape que le saint qualifiait d'intrus. Malheureusement toutes ses observations demeurèrent inefficaces'.
Dans le parti d'Urbain brillait aussi Gérard de
I.Raysald, tôtd., n^îO. Cf. Bolland-, Acla sanclorun martii, t. ni, p. ol").
2. « Non eral blandus in eorum peiilionibiis et corrigere eos optabal. » r>AYXALD, ibid.
3. F. Bliemetzrieder, Die zwei Minorilen, Prinz Petrus von Aragonien und Kardinal Bertrand Atgerius zu Degiyin des abendlândischen 'icfiismas, d^as VArchivum franciscanum historicum, t. II (1909), p.
Groote, que Thomas à Kempis proclame une des lumières de l'Église. Prédicateur dune éloquence véhémente, il est le Vincent Ferrier de la Hollande et du Nord de l'Allemagne; réformateur du clergé, il prélude à la mission de Vincent de Paul ' ; éducateur de la jeunesse, il lui* consacre toute sa vie comme Jean Calazanz ; fondateur d'ordre , il est le père de cette congrégation qui fut si populaire dans nos contrées, celle des Frères de la vie commune; c'est le Jean-Baptiste de la Salle du XI V^ siècle.
Cet illustre serviteur de Dieu est lié avec les Urbanistes les plus ardents et il leur écrit, sur la question du schisme, une lettre importante restée jusqu'ici inédite"^. Son influence et celle de ses disciples soutiennent et défendent le parti de Rome dans nos provinces du Nord.
Dans le camp opposé, on rencontre aussi des personnages saints autant qu'illustres, qui demeurent attachés au pontife d'Avignon. On ne saurait douter de leur bonne foi, mais on ne pourrait pas non plus y voir une présomption contre la légitimité des papes de Rome.'
Le plus célèbre des partisans des pontifes avignonnais fut assurément saint Vincent Ferrier. Dans tous les pays où le portait son zèle apostolique il semait les miracles sur ses pas. Longtemps il fut attaché à
\. cf. Bonet-Malry, Gérardde Groote, un2>récurseur de 'a Réforme. L'auleur, qui est protestant, considère son héros comme un de ces hommes qui furent au XIV siècle des réformateurs avant la Réforme. Pétrarque, d'Ailly, Gerson, Clémangis, Micolas de Cusa et plus tard Savonarole lurent souvent rangés de force dans cette lignée d'ancêtres inconscients
2. Bibl. Vatic. ms. lat., n» 4927, f. 137. Cette lettre est adressée à Guillaume de SalvarviUe, docteur en théologie, chanoine de Paris et d? Rouen. — Cf. Karl Grvbe, G. Groot (KôLn, 1883). — Pistor, t I, p. 161. — Valois, 1. 1, p. .%7.— Registre acheté à la vente de lord Ashburnham er. 1899 par M. Léopold Delisle, f" 43. B. N., nouv. acq. lat., n» 1T93. Cî Journal des savants, 1899, p. 3-25.
Benoît XIII, qui était Espagnol comme lui et qui se confessait à lui.
En 1380, deux ans après l'élection de Fondi, il composa sur le schisme le remarquable traité que nous avons déjà cité à plusieurs reprises. II y pose trois questions principales : 1* Quelle loi dans le vrai pape est nécessaire au salut en temps de schisme? 2° Des deux prétendants, lequel doit être considéré comme le véritable pontife? 3" Comment cette vérité de fait doit-elle être prêchée au peuple chrétien'?
Nous n'entrerons pas dans le détail des multiples divisions et subdivisions de cet ouvrage très important. Qu'il nous suffise de dire que lécrivain, mal informé, soutient à outrance la seconde élection du Sacré-Collège, puis il exalte l'autorité souveraine des cardinaux en pareille matière, et enfin affirme l'obligation qui s'impose à tout chrétien et surtout à tout prince de défendre Clément, même par l'épée. Ce langage, qui nous semble violent, se ressent des ardeurs espagnoles, et de l'influence extraordinaire qu'exerça Pierre de Lune sur celui qui fut plus tard son défenseur persévérant. Deux fois son attachement extrême pour le pontife dAvignon mit le saint aux portes du tombeau.
Enfin Vincent ouvrit les yeux, et il se déclara convaincu que l'obstination du cardinal de Lune, devenu Benoît XIII, était un obstacle à la paix de l'Eglise. Ce jour-là, le grand et humble thaumaturge monta en chaire, blâma le pontife et renonça avec presque toute l'Espagno à l'obédience d'Avignon. C'était le 12 janvier 1416».
1. Ms. Bibl. nat., fonds latin, n<'14-0, f» 23.5. — Cf. A. Sorbelli, U Iratlalo di S. Vincenzo Ferrer intorno al grande scisma d'Occidente (Bologne, 1906).
2. R. p. Faces, Histoire de saint Vincent Ferrier (1893), t. I, App. 0, p. XXX, et t. iï, pp. H3 et in.
Cette nouvelle fut accueillie au concile de Constance par des acclamations unanimes et par le chant solennel du Te Deum.
Moins connu, mais non moins sympathique, fut le jeune cardinal Pierre de Luxembourg, ce Louis de Gonzague du XIV^ siècle. Etudiant à l'Université, otage de l'Angleterre à Calais, chanoine à Paris, archidiacre de Chartres, puis de Cambrai, il laissa partout les traces d'une sainteté extraordinaire dont témoignait son extrême mortification et que rehaussaient sa simplicité et sa douceur. Attaché à l'obédience d'Avignon, il fut nommé par Clément VII évêque de Metz à l'âge de quinze ans. Peu après, il fut revêtu des insignes du cardinalat et appelé à faire partie de la cour pontificale.
Il y demeura à regret, car il voyait à Avignon beaucoup de choses qui lui déplaisaient'. A dix-huit ans, déjà mûr pour le ciel, il mourait pieusement sans avoir jamais exprimé de doute sur la légitimité du pape en qui il avait placé sa confiance. Des miracles s'opérèrent sur son tombeau bien vite glorieux, et le vulgaire regarda ces prodiges comme une preuve éclatante en faveur d'Avignon.
Elle fut aussi thaumaturge cette pieuse Colette qui s'inspira si bien de l'esprit du séraphique François et qui, comme sainte Thérèse, devint réformatrice d'un grand ordre religieux. Elle était née à Corbie dans l'obédience d'Avignon, elle avait pris le voile à Gênes, en 1406, des mains mêmes de Benoît XIII; à Poligny, elle eut l'honneur de recevoir la visite de Vincent Ferrier. Comme ce saint, elle n'hésita pas à se séparer du pontife avignonnais quand elle eut les preuves palpables
i. BoLLAND., Acta ss.julii, 1. 1, pp. 428 et 483. — FnoissART, t. XIII, pp. 40 et 333.— Raynald, a. 1387, c. II. — Du Boulât, t. IV, p. 561.
d'une opiniâtreté fatale à rÉglise; comme Vincent, elle écrivit au concile de Constance une lettre de renonciation qui fut lue en public et qui réjouit toute l'auguste assemblée '.
Quand les contemporains voyaient ces personnages éminents en sainteté restés longtemps attachés à une obédience, ils étaient tentés d'établir dans leur esprit une présomption en faveur du pontife reconnu par ces âmes célestes. Mais qu'on remarque d'abord que parmi les tenants d'Avignon, plusieurs se sont rétractés avant de mourir. De plus, voici comment s'exprime le plus célèbre d'entre eux, Vincent Ferrier. Le saint avait entendu dire que des effets surnaturels avaient été obtenus par des fidèles attachés à l'obédience de Barthélémy. « Certains défenseurs d'Urbain, disait-on, ont joui de grandes faveurs spirituelles. Ils ont été favorisés de sublimes contemplations et ont même opéré des miracles. Donc, Urbain est le vrai pape: le Saint- Esprit nous le montre par ces grâces insignes 2. »
Saint Vincent s'efforce de répondre à l'objection et voici par quelles raisons : « Il ne faut pas, dit-il, juger de la légitimité d'Urbain par les prophéties, les miracles et les visions, et cela pour trois motifs. D'abord le peuple chrétien est gouverné depuis l'origine par certaines lois immuables contre lesquelles les faits extraordinaires ne peuvent rien. « Si un ange de Dieu, dit saint Paul, vous enseigne une autre doctrine que la mienne, qu'il soit anathème. » Comme il a été reconnu
1. Douillet, Sainte Coletle, sa vie, ses œuvres, son culleet son influence, Paris, 1884. — Corblet, Hagiographie du diocèse d'Amiens (Paris, 1868). — A. PiDOtx, Sainte Colette (Paris, 1907).
•2. De moderno Ecclesiœ Scinmat'', Bibl. nat., n° 1470, p. I, cap. v. Le sair.t ne nomme pas Pierre d'Aragon, mais il est probable qu'il s'ayit de lui. Cf. Valois, t. I, p. «22.
par l'Église romaine, c'est-à-dire par le collège des cardinaux. que Clément est vrai pape, aucun miracle, aucune vision ne peut nous faire croire le contraire. De plus, ces faits merveilleux ne sont souvent ni infaillibles en ce qu'ils annoncent, ni certains en eux-mêmes : parfois ce n'est pas Dieu, mais le démon qui en est l'auteur. Voyez les magiciens de Pharaon. Lisez Cassien qui nous raconte comment des personnages considérables furent fréquemment trompés par des visions. Satan se transforme souvent en ange de lumière. Il exercera surtout ce genre de puissance infernale au temps de l'Antéchrist : or cette époque de ténèbres est proche; donc, restons en défiance. »
Nous pouvons opposer ce raisonnement de saint Vincent à ceux qui s'appuient précisément sur les miracles de ce thaumaturge pour essayer de démontrer la légitimité du pontife d'Avignon qu'il soutenait. Si ces prodiges avaient été opérés dans le but exclusif de prouver le bien fondé des prétentions de Clément ou de Benoît, nous serions forcés de nous incliner. Le doigt divin se serait montré, et le Maître de la nature ne saurait apporter son témoignage au mensonge ou à l'erreur. Mais la question n'est pas là. Ces faits extraordinaires démontrent tout simplement que, pendant cette lamentable période de quarante ans, Dieu na point privé la moitié de son Eglise des effets les plus merveilleux de sa puissance, manifestée par l'opération de ses serviteurs ou de ses servantes de choix.
Le témoignage des saints de ce siècle n'est donc ni unanime, ni décisif. Celui des membres des deux Sacrés-Collèges l'est-il davantage? C'est ici surtout que nous allons rencontrer des divisions acharnées et des procédés regrettables.
S 2. — Élection de nouveaux cardinaux.
Chaqiue Pape veut avoir son sénat de cardinaux au complet et multiplier ainsi ses créatures. Urbain, abandonné de tout le Sacré-Collège, en reforme un nouveau de toutes pièces par une promotion de vingtneuf princes de l'Église. C'est sans doute la plus importante qui ait jamais été faite. Obéissant à une pensée vraiment catholique, il avait choisi ses cardinaux au sein de toutes les nations. Un seul refusa, ce fut Pierre de Barrière, évêque d'Autun. Mais bien vite les procédés arbitraires , fantasques et tyranniques du i ape romain détachèrent de lui ceux qui s'étaient montrés jusque là les plus dévoués à sa personne et à sa cause. Nous avons déjà eu occasion de nommer Pileo de Prata, cardinal de Ravenne. D'abord très attaché à Urbain, il s'acquitta en son nom des plus importantes missions en Flan.dre, en Allemagne, à Liège, à Wurzbourg et ailleurs '. Mais quand ce prélat revint en Italie et qu'il fut le témoin désolé des inconséquences de conduite du pontife, de ses cruautés et du discrédit dans lequel il tombait de plus en plus, il le condamna et l'abandonna. Plusieurs membres du Sacré-Collège suivirent son exemple.
D'un autre côté. Clément multipliait pour les mêmes motifs le nombre de ses cardinaux. Dès le mois de décembre 1378, le pontife créé à Fondi avait introduit neuf nouveaux élus dans le Sacré-Collège. Les anciens s'aftirmaient comme les inissi dominici du Pape qu'ils avaient choisi. Nous avons déjà constaté les efforts
1. Valois, 1. 1, pj). 123, ij8, 27-2. II revint plus tard à Boniface et mérita le surnom de cardinal aux trois chapeaux, de tribus^ileis. — Cf. Zaxutto. Il cardinale Pileo de Pralo e la sua prima legazione in Germania (1318-1382), Udine, 1901,
de Jean de Gros, cardinal de Limoges, de Guillaume d'Aigrefeuille, cardinal de Saint-Etienne, et de Guy de Malesset; cardinal de Poitiers.
Auteurs responsables du schisme, ils prodiguaient en faveur de Clément des démarches où ils trouvaient tout à la fois leur intérêt et leur justiiîcation. Jean de Gros se distingua par ses rigueurs contre les Urbanistes et par les nombreuses condamnations dont il les frappa. D'Aigrefeuille, comblé de largesses par le pontife d'Avignon et par le roi de France, fut chargé par eux d'une mission en Allemagne. Il se vit arrêté aux frontières de l'Empire par les ordres formels de Wenceslas ^ Malesset dirigea ses efforts vers le nord et s'attacha à convertir les Flamands : nous verrons plus tard avec quel succès. Nous avons déjà fait mention des efforts et des victoires de l'énergique Pierre de Lune, cardinal d'Aragon, le futur Benoît XIII, qui luttait par la parole et par la plume. D'autres , moins illustres, moins convaincus ou moins dévoués, se contentent de former à Avignon la cour du pontife de leur choix.
g 3. — Docteurs en droit et en théologie.
A un désiré moins élevé les docteurs en droit, milites legum, avaient à cette époque dans l'Université comme dans l'Église une influence que beaucoup de bons esprits jugeaient excessive ^. Plusieurs d'entre eux et des plus célèbres furent consultés par les rois et les prin-
1. Valois, t. I, pp. 284 et suiv.; t. II, pp. 277 et suiv. Le cardinal ne rentra à Avignon, de retour de sa légation, que le 30 janvier 1383. Cf. Ballze, VHs& pap. Aven., t. I, coi. 1011.
2. Roger Bacon s'en plaint à plusieurs reprises. Cf. Opéra inedita, édit. Brewer, p. 84. — Da.nte, Par ad., IX. — D'Ailly, De materia Concilii gen., pars III.
LA DIVISION DES AMES. s't
ces. La plupart se décidèrent pour Urbain, nous l'avons vu. Qu'il suffise de rappeler Jean de Legnano, Baldo de Pérouse, Colluccio Salutati, Barthélémy de Saliceto. Ajoutons à tous ces noms celui de Jean de Bournazel, ce conseiller de Charles V qui résume les allégations contradictoires et ne se décide point*.
Les ecclésiastiques surtout prennent parti dans cette querelle qui, à proprement pailer, est la leur : Sci-sme est un fait qui appartient aux clercs,
dit une pièce de poésie du temps.
Aussi voyons-nous éclore, un peu partout, au sein du clergé, des écrits en faveur de Tun ou l'autre pontife-.
Un des premiers en date est celui de Perfcllo Malatesta, abbé de Sassoferrato dans la marche d'Ancône. Dans un dialogue supposé entre Rome et la France, il donne tous les torts à cette dernière et rejette la responsabilité du schisme sur cette nation « trompeuse et menteuse » (juin 1379 ^ Le saint ermite Alphonse, ancien évêque de Jaen, écrivit aussi un opuscule en faveur d'Urbain '. Vers la même date, Henri de liesse ou de Langcnstein publiait à Paris son Epis-
1. Valois, 1. 1, p. 12T. — Les traités de Buiao et de Legnano se trouvent dans Raynald (édit. de Bar-le-Duc, t. XXVI), p. 580. Jean Le Fè\re, abbé de Saint-Vaast d'Arras et conseiller du roi, répondit à I cgnano en 13"9 et ciierclia à le rc-l'uter plirase par plirase. Son ms. se Irouve à la Bibl. nat., aiss. latins li'iO et 1472, et à la Bibl. du Vatic;>n 4153 et 36«8. Il a pour titre : De plane tu bonorum. — Sur les traités do Legnano, cf. Ehrle, Martin de Alpartils chronica actitatorum (Paderborn, 1906), p. 430-439.
2. Peu de temps après le commencement du schisme, le caidinal Pierre Flandrin écrivait un traite pour établir la légitimité de Clément VII. Voir le traité dans BLiEMF.TzniF.oF.R, Literarische Polemik zu Beginn des grossen abendlàndischen Schisma (vienne, 1?'09), p. 3-71. Dés le commencement de 1379, le cardinal Mezzavacca répliqua par un traité que Bliemetzrieder a publié dans les Milleilungen des Instituts fur ôstei reichische Geschichle {Erydazungslani, t. VIII, fasc. 3, 1911, p. 674-701).
3. Ms. bibl. nation., 1479, f" 141. — cf. Valois, t. I, p. 221.