MORT D'URBAIN VI
leurs étrangers ont formulées sur le rôle de Charles V au milieu de ces déplorables malentendus. Il ne s'est pas laissé guider uniquement par des considérations politiques, par le souci de l'influence française, encore moins par le désir d'asservir la papauté et d'être, non plus l'évêque du dehors, mais le pape du dedans. Charles n'avait rien de lastuce emportée de Philippele-Bel, mais il n'avait pas non plus l'âme héroïquement sainte de Louis IX. Son action fut celle d'un roi chrétien qui se laisse guider par des motifs de conscience, mais qui se réjouit pourtant de voir que les intérêts de sa politique sont d'accord avec ce qu'il croit être le bien de l'Église. Si le roi ne fut pas dans le bon chemin, tout au moins resta-t-il dans la bonne foi,
S 2. — Les événements en Italie et en Flandre.
Son fils, qui lui succédera sous le nom de Charles VI, n'apportera dans ce grand litige ni la même largeur de vues, ni la même sagesse de conduite, ni le même esprit de suite.
Le duc d'Anjou, régent de France, avait des motifs spéciaux de protéger Clément. Son ambition, servie par de grands talents politiques et militaires, cherchait une couronne. Ne pouvant aspirer à celle de France, il avait voulu pour un temps conquérir celle de Minorque. Il prétendait maintenant à un trône en Italie, et comptait sur le Pape d'Avignon pour l'aider dans cette hasardeuse entreprise.
Déjà, en 1379, Clément lui avait donné le titre de roi vassal du Saint-Siège. Il lui avait permis de se tailler un royaume au milieu des États pontificaux, et parce que ces provinces ainsi abandonnées se trouvaient le long de la mer Adriatique, il avait donné à
ce territoire le nom de royaume d'Adria '. De plus, le Pape français négociait avec Jeanne de Naples, qui n'avait point d'enfants, pour qu'elle se décidât à faire du duc d'Anjou son llls adoptif.
Une expédition militaire en Italie devant être la suite de ces projets : Clément espérait que ce moyen ferait rentrer par force toute la péninsule sous son obéissance : c'était la « voie de fait ».
Cette campagne fut entreprise, en effet, au commencement de l'année 1382, mais elle ne produisit pas les fruits que le Pape d'Avignon en attendait. Il avait mis pourtant les revenus apostoliques à la disposition du futur roi de Naples, et celui-ci était descendu des Alpes à la tête dune des plus brillantes armées françaises qui aient jamais envahi la péninsule.
Comme tant d'autres expéditions qui ont eu l'Italie pour théâtre, cette entreprise hardiment commencée finit mal. Louis d'Anjou y trouva une mort peu glorieuse, son armée se dispersa et l'obédience d'Avignon n'en fut nullement augmentée. — Peu après, Clément se berça de l'espoir que la campagne contre les Gantois révoltés, entreprise par Charles VI, dompterait enfin l'opiniâtre Flandre et la ferait revenir à lui. Le roi avait fait déployer l'oriflamme parce que les Flamands étaient urbanistes et par conséquent schismatiques. De son côté, le chef des Gantois, Philippe van Artevelde, renvoyait, aux Français le même qualil'catif, comme fauteurs du schisme 2,
C'était, semblait-il, une guerre de religion, La victoire éclatante de Roosebeke confirma Clément dans
1. DiHRiEU, Le royaume d'Adria dans la Revue des questions liis'.o riques, 1" juillet 1880. — Jaruy, La « voie défait' et l'alliance franco milanaise, d3LUs\a. Bibl. de l'École des Chartes (1892), p. 215.
-2. J. Meyer, Annales rerum Flandricarum, 1. XIII, p. 189.