‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 37 sur 183 · MORT D'URBAIN VI · texte numérisé non relu

MORT D'URBAIN VI

sa confiance, surtout quand il vit le jeune roi exiger des vaincus qu'ils reconnussent l'obédience d'Avignon. De plus, l'année suivante, une descente des Anglais urbanistes sur les terres de Flandre ne réussit pas'.

Un autre événement vint encore augmenter ses espérances. Louis de Maele, comte de Flandre, était à peine rétabli par l'armée française qu'il tomba malade en janvier 1384, et mourut le 30 de ce mois à l'abbaye de Saint-Bertin. Il avait été, on s'en souvient, un des plus énergiques' protecteurs d'Urbain. Les funérailles solennelles eurent lieu à Lille le 1" mars. Il ne laissait qu'une fille, Marguerite de Flandre, qui apportait un riche héritage à son mari Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et oncle du roi de France..

Déjà Philippe avait pris possession de Lille, et le nouveau comte était, par esprit de famille, attaché au pape d'Avignon. Qu'allait faire la Flandre? Le chapitre de Saint-Pierre se soumit le premier et, le jour même des funérailles, quatre chanoines délégués renoncèrent à l'obédience d'Urbain entre les mains de l'évèque de Tournai, Pierre d'Aussay, devant l'archevê- (juedeKeimsetrévêque de Cambrai. JeanT'Serclaes^.

C'était un grand point acquis, mais il restait à faire la conquête de la Flandre. Quoi qu'on en ait dlt^, Philippe le Hardi ne consentit jamais à diriger une persécution violente contre les Urbanistes si nombreux dans ses nouveaux Etats. Il essaya des voies de douceur : le premier moyen qu'il employa fut la réunion d'un

.. Walsimgham, Historia anglCcana,t.,U, p. 88. — Meyer, p. 194.

2. M*' Hai-tcccob, Histoire de Féglise collégiale et du chapitre de Saint- Pierre de Lille, U, 9T.

3. MsTER, loc. cit. — 0. CartelUeri a démontre dans sa Gesefiichte der lierzôge von Burfund, t. i. Philipp éer Hûhne (Leipzif, 1910) que le duc avajtkdopté aae atthade condliaDte ris-à-M's des partisans d'Urbain YL

synode qu'il présida lui-même à Lille, le 27 septembre 1384, et les jours suivants ^ Les députés de l'Université de Paris y assistèrent et nous savons leurs noms. C'était Guy Custelli, délégué par la nation de Picardie ; Jean Raulet deRoncourt, chanoine de Meaux, envoyé par la nation de France, et Jean d'Aramon représentant la Faculté de Droit. Ce dernier fit à rassemblée un long discours retrouvé récemment à la bibliothèque Barberini à Rome^.

Nous épargnons à nos lecteurs le texte de cette démonstration technique, hérissée de citations et de références juridiques. Ce sermon, composé dans le goût de l'époque, n'apprendrait rien à ceux qui ont lu le récit de l'élection, tel que nous lavons donné. Qu'il nous suffise de dire que Jean d'Aramon s'efforce de prouver, à

1. Aucan recueil spécial et aucune histoire n'ont parlé jusqu'en ces derniers temps de ce synode de Lille. J'ai été mis sur cette trace par un texte de P. d'Ailly, qui vient d'un ms. du collège Emmanuel à Cambridge, et qup. Tschackert a publié incomplètement ep 1877. Peler von Ailli, Appendis, VII, p. 24.

Pierre d'Ailly avait été dcWgué par l'Université de Paris pour soutenir un procès important contre Jean Blanchard, chanoine de Cambrai, cha pelaindu Pape et chancelier de l'Université. Cette cause avait été portée devant Clément VII à .Avignon en 1383, et le futur cardinal de Cambrai avait prisla parole. Au cours de sa démonstration, il s'exprimait ainsi : • Universitas Parisiensis declarationem scu adhaesionem suam sanctam et justam per diversas mundi partes publicavit, et, quod in recenti memoriaest, nunceliam proprios deputatos solemnes ad sedationem scismatis in Flandriam delegavil. »

J'avais trouvé de plus dans l'Histoire de l' Université de Paris (du BODLAT, t. IV, p. 603) et plus tard dans DeuiDe {Chartuiarium, t. ni, pp. 33-2 et S91) les noms des délégués, mais je croyais que ce concile provincial n'avait pas eu lieu parce qu'on n'en trouve aucun vestige dans les archives départementales du Nord pourtant si riches. J'avoue m'être trompé (Cf. Petrus de Alliaco, p. 28.)

2. C'est à M. Noël Valois que nous devons l'indication de ce manuscrit. M. l'abbé E. Bonduel a bien voulu copier pour nous cette pièce intéressante que nous avons publiée dans la Revue des Sciences eccl. février 1902). Dom Leclercq a reproduit le texte que nous avons édité, dans la 2« partie du tome VI de sa traduction de VHistoire des Conciles de Hefele (app. III), p. 1521-1525. — Cf. Valois, t. II, p. 25".

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grand renfort de textes, que les cardinaux ont choisi Urbain sous l'influence de la peur, que cette élection fut nulle, et qu'enfin les actes subséquents des électeurs n'ont pu ni valider, ni confirmer un choix originairement dépourvu de valeur. Nous avons entendu Guy de Malesset soutenir la même thèse sans succès à Cambrai'.

Comme nous l'avons vu, il ne paraît pas que l'éloquence et les citations de Jean d'Aramon aient produit un effet immédiat sur les convictions tenaces des Flamands flamingants.

Dans les années qui suivirent, quelques villes flamandes reconnurent Clément, grâce à l'influence persuasive de Philippe et aux exhortations pathétiques de sa femme, Marguerite de Flandre; mais cette acceptation ne fut jamais entièrement sincère, ni universelle^. Le trouble des consciences était profond dans ce pays de foi si vive et d'énergie si grande. Les Brugeois urbanistes refusaient d'assister à la messe des prêtres clémentins ; ils allaient faire leurs Pâques à Gand pour ne point communiquer in divinis avec les schismatiques^. Les partisans d'Urbain et ceux de Clément ne conservaient pas plus de rapports entre eux que n'en avaient autrefois les Juifs et les Samaritains, dira plus tard l'historien flamand Jacques Meyer ^.

S 2. — Mort d'Urbain VI et avènement de Boniface IX. C'est dans presque toutes les parties de son obc-

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