Ibid., col
4. Defcnsio declarationis cieri gallicani, p. II, lib. VI, c. 20.
]1S LE GKAliD SCHISiME.
Les Hussites, les Protestants et les GallicaQs les plus audacieux n'ont guère dépassé ces théologiens de Paris dans leurs négations les plus erronées, quand ils contestent non seulement les limites, mais encore l'origine des droits du Pape. Nooîs ne voulons retenir de ce système que cette affirmation alléguée et soutenue alors par plus d'un docteur, et que, depuis cejte époque, l'Église gallicane a faite sienne : le concile général est snpérieur au Pape * .
Est-ce à dire que, dans un temps de calme pour l'Église, les évêques réunis soient supérieurs à celui qui doit les présider, que ce dernier tienne d'eux tous ses pouvoirs , que le corps soit supérieur à la tète en un mot? Non, car l'hypathèse serait absurde.
Mais le tort dn Gallicanisme consiste à profiter des époques exceptiom:>elles de trouble et de schisme et des mesures parfois fâcheuses qu'elles entraînent, pour séparer ce qui doit être uni, pour proclamer que l'aristocratie ecclésiastique est supérieure à son* souverain naturel, quelle a le droit de l'élire, de le priver de certaines prérogatives, de le juger et même de le déposer.
Sans doute, les cardinaux de Fondi avaient donné un funeste exemple : à cause d'eux, la désunion régnait à cette époque dans l'Église; sans doute le concile, c'est-à-dire la réunion générale des évêques, pouvait seul, peut-être, apporter un remède à tant de maux; mais on ne doit jamais faire de l'exception une
i. Tu. DE Ni£M, De niodis uniendi, 0pp. Gerson.., t. II, col. 172 et suiv. Ce traité a été longtemps attribué à Gerson et inséré dans ses œuvres, mais Lenz et Finke ont pensé que Thierry de Niem en était l'auteur. D'auî2-es avec 8ch\vab, Hartwig et SiGMiiu.ER {Hist. Jahrbuch, 1893, p. 53:2) 1 roient au contraire que cet ouvrage important doit être attribué à André d'Escobart, bénédictin espagnol, mort évêque de Mégare en li28.
règle et de la division un fait normal et naturel. Un expédient temporaire inventé pour faire cesser un désordre accidentel ne saurait devenir une loi perpétuelle et moins encore un dogme de foi ' .
C'est pourtant ce qu'auront le malheur de faire plus tard les théolog'iens imprudents de Constance et deBâle. Ce que nous voulons démontrer, c'est que ces théories aujourd'hui condamnées sur la supériorité du concile ne datent point de 1415 et de l'assemblée de Constance^, encore moins de la codification qui en a été faite dans les- quatre articles de 1682.
Elles ont été introduites dans TÉs^lise par un certain groupe de théologiens amoureux de nouveauté, elles ont été défendues et propagées dès la fin du XIV» siècle, au sein même de l'Université. C'est Paris qui a fait Constance ou qui du moins l'a rendu possible. A certaines époques particulièrement troublées, on verra reparaître au grand jour ces déclarations fausses et funestes, attentatoires à l'autorité du pontife romain.
Cette doctrine gallicane, c'est une « opinion que le Pape souffre et tolère malgré lui... qui est de peu de personnes, qui est contraire à l'opinion commune et dont on se moque partout ailleurs, et même en France ».
1. « Jamais on ne fera proclamer ces doctrines (gallicanes) qu'en temps de trouble pour l'iglise », écrira Bossuet à Le Tellier, au moment de la Déclaration de 1682. Voirie chapitre xv de notre ouvrage.
2. O'cxcellenls théologiens, comme Uuard Tapper, André DuTal, Th. Raynaud, Bannez, Balleriui, etc.. professent l'opinion contraire, et pensent que ces doctrines ont été inventées de toutes pièces à l'époque même du concile. Nous croyons être en mesure de prouver qu'ils se trompent. Sur les origines de la théorie conciliaire, cf. II. Scuolz, Die Publizistik zur Zeit Philipp des Sclionen und Bonifaz VIII (Stuttgart. l'Mi/. — K, HuisGH, Die AusbiLdung der konziliarien Théorie im XIV Jahr. hundert (Vienne, 1903). Voir aussi Dictionnaire apologétique de la Foi catholique (Paris, 19H), y Gallicanisme (art. d'ARQuatuRE et I>E Dlbruel).
Ainsi la jugera Pierre de Marca, archevêque de Paris, vingt ans avant la fameuse Déclaration de 1682 ' .
Cette opinion schismatique a survécu pourtant jusqu'au concile du Vatican, malgré les oppositions de presque toute l'Eglise, et malgré les anathèmes plusieurs fois répétés des Souverains Pontifes.
§ 2.— Les doctrines démocratiques et multitudinistes dans l'Église.
Le système que nous venons d'exposer d'après d'Ailly est tout aristocratique ; il institue en fait la prédominance des évêques, c'est-à-dire de l'aristocratie ecclésiastique, et aussi des docteurs en théologie et en droit canon, c'est-à-dire de l'aristocratie doctrinale ou scientifique ^.
Le plus célèbre disciple du futur évêque de Cambrai, le chancelier Jean Gerson. va plus loin, et soutient que les curés ont voix définitive dans les conciles aussi bien que les évêques^.
Le concile de Constance admettra cette doctrine : il permettra aux simples prêtres et même à certains laïques de siéger comme juges. Le conciliabule de Bâle ira plus loin et, dans ses dernières convulsions schismatiques, il ne comptera plus guère que des ecclésias-
\. Mémoire demandé par le ministre Le Tellier à l'archevêque de Paris (16621. Il 661 resté longtemps manuscrit à Salnt-Sulpice, puis à la Bibliollièque Mazarine (2,284) et à la bibliothèque Nationale (47,614). M. Puyol en donne de longs extraits dans son livre : Edmond Richer, t. n, p. 43.5. — Cf. BOLix, De Papa, t. l, p. 566.
2. Vos DER Hardt, t. H, col. 224. Voir le chap. xv de cet ouvrage.
3. Gerson, De potest. ecclesiastica, consid. XII, t. II, col. 249. Item, Sermo de privilegiis mendicantium : 0pp. Gerson., t. II, col. 436. — Un auteur protestunt a pu montrer les rapports qui existent entre Gerson, Wiclef, Jean Hus et les réformateurs. Cf. Arminius Jepp, Gerson, Wiclefus^ Hussus (Gœtlingue, 1857). — Ém. de Bonnechose, Les Réformateurs avant la Réforme, Jean Hus, Introd., p. 71.
tiques * de second ordre, délibérant et se disputant au sein d'une complète anarchie.
Nous verrons plus tard les pires Gallicans s'emparer de ces doctrines. Richer déclarera que les simples prêtres seront juges nécessaires dans toutes les difficultés dogmatiques, qu'ils ont . un suffrage délibératif et décisif en vertu même de leur caractère sacerdotal -.
C'est ce qu'on pourrait appeler le système démocratique modéré.
Dautres, avec le même Gerson, descendront encore plus bas et verseront dans cette démocratie absolue ou radicale, qui se nomme le multitudinisme.
D'après eux, le pouvoir spirituel réside tout entier dans le corps mystique de l'Église qui le communique au Pape et aux évêques. Ce système, on le voit, correspond à celui de l'origine démocratique du pouvoir en politique. Les chefs des deux sociétés ne recevraient l'investiture de leur autorité que par l'intermédiaire du peuple ^.
Si cette opinion est soutenable en politique, elle ne
1. A la 33' session, qui prit des d 'cisions graves, on ne compte que 20 prélats, tant évoques qu'abbés, et 400 autres ecclésiastiques, Copistarum etpaedagogorum grex, dira l'archevêque de Milan ; coiZwuies copistarum, s'écriera Patricius; turba inconsuUa et confusa, synagoga Satanae, avouera /Eneas Sylvius, le futur Pie H, trop longtemps partisan de ce conciliabule. Ces idées démocratiques inspireront d'abord J. Almain, J. Courlecuisse, A.Tostat, puis plus tard Saint-Cyran, Travers, Maultrot et les auteurs schismatiques de la Constitution civile du clergé,
2. Defensio libelli de eccl. et poUtica potestate, 1. IV, c. ;ni (17011. — Cf. PuYOL, Edmond Richer, t. I, p. 44i.
I.c synode hérétique et schismatique de Pistoie (1186) renouvela cette doctrine gallicane (hwMe Auctorem fidei, pr. 9 etlO)ettout récemment les Vieux-Catholiques semblèrent aussi adopter cette erreur presbytérienne. On ne saurait la confondre cependant avec l'hérésie de l'église d'Ecosse qui n'admet pas le corps é|)iscopal.