CHAPITRE VII
LES MOYENS DE PACIFrCATION
§ 1. — Les trois voies.
Déjà, vers 1381, Pierre d'Ailly avait indiqué les trois moyens les plus pratiques pour arriver à l'extinction de la division religieuse : la voie de compromis, la voie de cession et celle du concile générale D'autres écrivains, non moins célèbres, s'associèrent, dès la première heure, aux tentatives du futur évêque de Cambrai et répétèrent ses affirmations -.
Le compromis consistait à confier le soin de terminer ce grand débat pendant depuis douze ans à des arbitres qui jugeraient en dernier ressort.
Mais où et comment les trouver? Choisirait-on des cardinaux? Ils seraient tout à la fois juges et parties. On les trouverait divisés en deux camps par leurs sympathies et leurs votes antérieurs, par leurs intérêts peut-être.
Prendrait-on d'autres membres du clergé? Mais euxmêmes seraient divisés pour des motifs semblables. Des princes? Mais ont-ils à juger des différends ecclé-
i. Epistola diaboli Leviathan apud Tsciuckert, Peter von Ailli, App. V. — Cf. 0pp. Gers., 1. 1, col. 15T.
'2. Cf. Demfle, Chartulariitfn, t. m, pp. 596, 597, 667.
siastiques? Des professeurs de droit? Des membres éminents des Universités? Mais, outre toutes les raisons précédentes qui militent contre ce choix, la plupart d'entre eux et des plus célèbres n'ont-ils pas émis déjà leur avis dans des circonstances solennelles? Pense-t-on qu'une chose toute spirituelle puisse faire l'objet d'un compromis de ce genre? De plus, qui se chargera de mettre ces arbitres en communication entre eux? Enfin, quelle sera la sanction de la sentence arbitrale? La décision des juges aura-t-elle par elle-même assez d'autorité pour se faire accepter? Qui sera assez puissant pour la faire mettre à exécution ^ ?
Quant à la voie de cession, pouvait-on y songer? L'élection de Boniface avait donné de nouvelles forces à la papauté romaine, qui avait pour elle, outre le droit primordial, tous les suffrages reconquis depuis la mort d'Urbain.
Clément est pape depuis plus de douze ans, et il est peu probable qu'il veuille maintenant renoncer à sa dignité. De plus, que de difficultés pratiques! Entre les mains de quels personnages chacun des papes résignerait-il? Comment et par quel collège de cardinaux serait élu le successeur?
La convocation d'un concile œcuménique^ semblait ouvrir une voie plus légitime, plus efficace et moins difficile. Si l'on compte, et même si l'on pèse les suffrages, c'est le moyen qui a rallié dès l'abord le plus de sympathies^.
Dès le commencement du schisme, la puissante cité de Florence, malgré les instances du duc d'Anjou, de-
1. Chronic. Karoli VI lib. XV, c. 3 et 12. — Denifle, t. III, pp.601 et 62C.