Archiv. Vatic. Arm. LXHI, t. 85, p
nifeslées ' ». L'évèque de Cambrai, on le voit, se permet de rappeler au pontife les promesses qu'il avait faites, dès avant son élection ^.
A cette pressante invitation le Pape répondit cette fois de la manière la plus formelle : « Cette voie de cession, dit-il, je ne l'ai jamais acceptée, et jamais je ne m'y résoudrai. Je croirais pécher mortellement, si j'employais ce moyen. »
Ce langage émut grandement les assistants qui virent bien que tout espoir d'arriver à une solution s'évanouissait de ce côté. Tous se souvenaient d'ailleurs d'une parole énergique qu'avait prononcée Benoît l'année précédente en s'adressant à un chambellan du roi, Guillaume de Tignonville : « Le roi veutm'obliger à la cession : je n'en ferai rien. Je me laisserais plutôt écorchcr vif que de céder ^. »
i. Bibl. de Cambrai, ms. 531, f° 203-208.
2. Nous avons trois preuves authentiques de l'existence de cette ambassade. Nous lisons la première dans le discours de Pierre naval, évéque de Saint-Pons, au concile de Paris, le 29 mai 139!*, un mois à peine après l'événement. La seconde se rencontre dans un mémoire dirigé contre les deux papes et lu à Pise devant le concile, le 24 avril 1409. (Hardouin, t. VIIJ, col. 00. — Massi, t. XXVr, col. H9S.) La troisième se trouve dans un document semblable lu au concile de Constance -à la XXXII» session. (Hafibocis, t. VIII, col. 772. — Massi, t. xxvil, coL 1083.) Le récit de Froissart (t. XVI, p. 116) est de tout point erroné. 11 place l'ambassade de d'Ailh' en septembre, tandis qu'elle eut lieu en mai. Il pense que l'évèque de Cambrai fut envoyé parle roi de France en même temps que par le roi des Romains : il ajoute qu'il fut accompagné par le maréchal deBoucicaut; autant d'erreurs que d'affirmations. Enfin, à la façon de Tite-Live, il met dans la bouche d'un prélat, dévoué pourtant à Benoît, un discours qui est un insolent ultimatum. Le chroniqueur valenciennois, qui était en relations particulières avec son voisin l'évèque de Cambrai, aurait dû se souvenir que celui-ci n'abandonna que bien plus tard, vers 1408, la cause du pape d'Avignon.
Uomarquons enfin que les cardinaux, auteurs ou éditeurs de ces deux derniers documents, ont pris une part active à toutes ces négociations. Par conséquent, ces relations officielles méritent bien plus créance que les récits parfois fantaisistes de Froissart.
3. Boi'RGtois DU Chastenet, op. Cit., Texte, p. 24, Preuves, p. 36.
Pierre d'Ailly et ses compagnons allèrent-ils jusqu'à Rome, comme Frois&art l'a affirmé, suivi en cela par plusieurs historiens? Ont-ils entendu les paroles que l'inventif chroniqueur met dans la bouche du Pape? « Mes enfants, aurait dit le pontife au peuple, soyez tous confortés et asseurés que Pape je demeurerai, ni jà pour traité ni paroles que les rois de France et d'Allemagne ni leurs consaux aient fait, je ne me soumettray à leur voulenté ' . »
On doute beaucoup de la réalité de ce voyage' ; mais ce qui est certain, c'est que l'évêque de Cambrai revint auprès de Wenceslas, et que celui-ci l'envoya à Paris pour communiquer à Charles la réponse négative qu'il avait reçue de Benoît 3. Le roi crut alors qu'il fallait prendre un parti énergique, et sauver l'Eglise, comme il le prétendait, sans les papes et malgré les papes.
S 5. — La soustraction d'obédience.
Toutefois Charles ne voulut point assumer à lui seul cette grave responsabilité. 11 convoqua à Paris tout le clergé de France avec les maîtres de l'Université. Le 22 mai 1398, onze archevêques, soixante cvêques, trente abbés, un grand nombre de prélats inférieurs, des députés des Universités du royaume se trouvèrent réunis dans une des salles du palais royal.
L'autoritaire patriarche d'Alexandrie *, Simon de
1. Tel est le récit de Froissakt, t. XYI, p. 8G et 117.— Cf. MARifeNE et Durand, t. VII, prsefalio, p. ui. — Tschackebt, Peter von Ailli, p. 103. — n.iY.NAi.D, a. 1409, II» 30. — Valois, t. III, p. 135.
2. D'Ailly a certainement eu l'intention de faire ce voyage. Voir d'Alpartii., Chronica actitalorum (édit. Ehrle), p. 493.
3. LiNONER, Oeschichte des d.utschen Reicht unler Kônig Wenzel, t. il, p. 394.
4. Il joua un grand rôle dans tous ces événements. Originaire du Jiocèse de I.iœQges, il fut succeesivenaent nommé évéque d'Agen, de
Cramaud , prit le premier la parole et e:xposa l'état de la question depuis la mort de Clément VII, les efforts faits par le roi de France pour arriver à la paix par le moyen de la cession. « Puisque Benoît refuse obstinément, ajouta-t-il, il s'agit de savoir si l'Église de France va s'affranchir de toute obéissance à son égard, ou si une soustraction partielle d'obédience suffira pour faire réfléchir le Pape d'x\vignon. » Six commissaires furent nommés pour défendre Benoft-«t six pour exposer les griefs qu'on pouvait avoir à lui reprocher ' .
Le 29 mai, Pierre Ravat, chargé d'affaires du pontife avignonnais, fit un discours latin pour soutenir sa cause. 11 affirma la nécessité d'obéir à Benoît en tout ce qu'il commandait, quelque défaut qu'on remarquât dans sa conduite et même s'il était soupçonné d être hérétique, avant qu'il fût déclaré tel par une sentence juridique. Il s'efforça de montrer les mauvais effets probables de la soustraction et essaya de disculper Benoît du reproche d'exactions qui lui était adressé. « D'ailleurs, ajoutat-il, quand même le Pape céderait, bien des gens doueraient que cette cession soit valable... Les rois de France ont toujours été les protecteurs des pontifes; ils ^es ont parfois rétablis dans leur siège; je ne saurais roire que Charles VI veuille être le premier à les persécuter. » Deux autres parlèrent dans le même sens. Puis le président, Guillaume de Tignonville et maître Gilles des Champs soutinrent la thèse opposée: ils émirent un bon nombre de propositions gallicanes, alléguèrent beaucoup de textes juridiques et citèrent
Béliers, de Poitiers et d'Avignon, pad-iarche d'Alexandrie en 1391. Il fut appelé au siège de Reims en 1 409 par Alexandre v. cardinal en 1413- U mourut en 1423.
!. BoiRGKOts DU Chastexet, Texte, p. 8. Preuves, p. 4,
certains exemples historiques très erronés *. Après quelques répliques, l'Université de Paris, par la bouche de maître Pierre Plaoul, se déclara contre le Pape et demanda la complète soustraction d'obédience ^. Les Universités de Montpellier et d'Orléans se prononcèrent dans le même sens.
Le 28 juillet, au sein d'une nouvelle assemblée, le chancelier de France, Arnaud de Corbie, parla au nom du roi et déclara que, sur trois cents prélats appelés à donner leur suffrage, deux cent quarante-sept s'étaient prononcés pour l'abandon complet de l'obédience, jusqu'à ce que le pontife d'Avignon eût adopté efficacement la voie de cession^. Le duc de Bourbon se déclara dans le même sens ; les ducs de Bourgogne, de Berry, le comte d'Alençon, le duc de Lorraine, et d'autres acquiescèrent aussi à cette décision^.
M. Noël Valois soutient, contrairement à l'opinion généralement admise, que la soustraction (J'obédience ne futvotée par le clergé qu'à une. assez faible majorité, celle des trois cinquièmes de l'assemblée, et encore à cause de la pression qu'avait exercée la royauté. Le duc d'Orléans et une trentaine de prélats demandèrent