‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 107 sur 186 · De materia concilii generalis, 2» pars · texte numérisé non relu

De materia concilii generalis, 2» pars

lui-même approuva cette grave décision, le 11 février suivant.

Comme on devait s'y attendre, ce décret provoqua de vifs mécontentements. Le duc d'Orléans et l'archevêque de Reims Guy de Roye, s'opposèrent énergiquement à son exécution. Ils représentèrent au roi que cet acte était une œuvre de haine, qu'il portait atteinte non seulement à l'autorité personnelle de Benoît, mais encore aux droits imprescriptibles du Vicaire de Jésus- Christ et aux libertés ecclésiastiques. Leur influence parvint à arrêter la mise à exécution de cette ordonnance royale. De là, des querelles, des injures, des ressentiments qui n'avancèrent point l'œuvre de l'union des deux Églises^.

Ainsi se termina cette fameuse assemblée de 1406. Sa physionomie est remarquable et peut-être unique en son genre, comme l'était d'ailleurs l'épreuve que subissait l'Église à cette époque.

Si l'on considère la composition de cette sorte de concile, tenu devant la cour, il ne ressemble pas aux états généraux des trois ordres inaugurés au commencement du siècle précédent par Philippe le Bel. Il serait plutôt semblable à ces grandes assemblées du clergé de France où paraîtront plus tard Le Tellier et Colbert, François de Harlay et Bossuet.

On pourrait surtout le comparer à ce concile de 1811, où il s'agissait aussi de la grande question pontificale et des moyens à prendre pour se passer du Pape dans l'Église. Simon de Cramaud, gallican avant la lettre, ressemble assez aux cardinaux Fesch et Maury, Jbuvenel des Ursins, qui résume les débats et impose les

1. Du BOBL.VY, t. V, p. 141. — Chronic. Karoli VI 1. XXVII, c. 1".

conclusions, paraît le modèle qu'a imité, quatre cents ans plus tard, dans cette même ville de Paris, le ministre Bigot qui prétendit intervenir au sein des commissions épiscopales et faire prévaloir sa volonté.

Hâtons-nous de le dire : là s'arrête une ressemblance que nous ne voudrions pas outrer.

Les débats de cette réunion exceptionnelle sont aussi très curieux à lire. Le genre des orateurs est familier et pittoresque. D'Ailly se plaint « d'être indisposé de rlmme et de n'avoir pas faconde à plaisir '. » Il demande un greffier dans l'assemblée « pour que les paroles qui sont cy proférées ne soient pas ainsi gettées au vent ^. » Il réclame la prompte clôture des débats : « car, dit-il, nous faisons comme ces avocats qui, quand ils ont parlé bien fort l'un contre l'autre, s'en vont disner ensemble^. »

Le doyen de Reims cite fort longuement des apologues vulgaires qu'il emprunte aux fabliaux du temps : nous avons vu dans son plaidoyer, la fable que La Fontaine a mise en vers sous le titre : V enfant et le maître d'école '*. Il raconte des histoires populaires , des proverbes connus de tous, qui soulèvent le rire des assistants. Dans le même discours, il se plaint de n'avoir point apporté ses livres et « de ne pouvoir alléguer ni chapitres, ni docteurs ^. » Un auditoire d'aujourd'hui lui aurait sans doute facilement pardonné cette lacune.

Quand un orateur comme Pierre Plaoul fatigue visiblement la cour, le chancelier se lève et dit : « Il en-

\. Bourgeois du Ciustenet, Preuves, p. d40.

Page 1