Ibid., pp. 126 et
5. Ibid., p. 164. — Cfj.DESiFLE, Chartular, t. III, Inlrod., p. XV.
orateurs la pauvreté du fond. Chez d'autres, la solidité de l'argumentation est atténuée par des ornements au moins inutiles, et des comparaisons d'un goût douteux. Ajoutons-y la manie d'emprunter des citations aux auteurs anciens sans imiter leur style, et l'habitude de farcir les discours de phrases latines. L'on se convaincra ainsi très facilement que l'humanisme de ce . temps n'était que pédanterie. « Il fallait savoir prodigieusement pour parler si mal », dira plus tard La Bruyère.
Telles qu'elles sont cependant, ces harangues sont un des plus curieux monuments de la langue que l'on parlait à cette époque, elles sont intéressantes à plus d'un titre.
g 3. — Élection de Grégoire XII. — Espérances qu'elle fait naître.
On apprit à Paris, vers la même époque, la nouvelle delà mort d'Innocent Vil. Le Pape, vivement sollicité par les Romains de revenir dans la Ville éternelle, avait enfin conseDti à quitter Viterbe où il s'était réfugié. Mais l'exil et le chagrin avaient miné sa santé et il ne revit Rome que pour y languir. Il mourut le 3 novembre 1406, après avoir régné deux ans au milieu du tumulte des factions politiques et des dissensions ecclésiastiques.
Quatorze cardinaux se réunirent immédiatement dans la chapelle du palais apostolique. Ils proclamèrent à l'unanimité la voie de cession comme la plus juste et la plus raisonnable pour arriver à l'union. Ils jurèrent que, si l'un d'eux était élu, il adopterait ce moyen comme le seul pratique et renoncerait à la papauté, pourvu que Benoît en fit autant de son côté.
io.
Cette déclaration était bien plus explicite que les précédentes et il semblait que rien ne manquât pour assurer dans un avenir prochain la paix de l'Église ^ . Mais l'ambition humaine a bien des ressources pour échapper à toutes les promesses, même quand il s'agit des intérêts les plus graves et les plus saints ; on va s'en convaincre une fois de plus.
Le Sacré- Collège paraissait pourtant avoir fait un choix très heureux. Les suffrages s'étaient portés sur Ange Corrario, cardinal de Saint-Marc, qui avait pris le nom de Grégoire XIL II était Vénitien de naissance et il avait été chargé, sous Innocent VII, de missions très délicates.
Il avait toujours mené une existence fort austère ^ ; il était ce de sainte vie et d'une sévérité antique ^ », et il avait soixante-dix ans. On aurait pu dire de lui en le voyant passer dans sa haute taille et son extrême maigreur : (c C'est une âme qui promène un corps. » On pouvait donc espérer que les vues purement humaines auraient moins de prise sur un pontife de si grand âge et de pareille trempe.
Après son élection qui eut lieu le 30 novembre 1406, Grégoire renouvela tous ses serments et il parut avoir la sincère résolution de les tenir'*.
La joie et l'espérance régnaient donc dans la cour romaine. Elles furent partagées bien vite par la catho- , licite tout entière, quand Grégoire notifia à Benoît son élection et les conditions dans lesquelles il l'avait acceptée (12 décembre). « Ce n'est plus le temps de disputer sur le droit, écrivait-il ; c'est le moment au contraire de