‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 110 sur 186 · Cf. KiEM, De scisviaie, 1. III · texte numérisé non relu

Cf. KiEM, De scisviaie, 1. III

le faire fléchir, devant l'intérêt public. La vraie mère aime mieux renoncer à ses droits que de voir couper en deux son enfant. Je vous offre donc de renoncer à la tiare si, de votre côté, vous consentez à faire la même chose ^ » — « J'irai voir Benoit, ajoutait-il, dussé-je faire la route seul en m' appuyant sur un bâton, ou en m'embarquant sur une simple nacelle^. »

Le pape d'Avignon sembla d'abord entrer dans les vues de son compétiteur ; il reçut avec courtoisie l'ambassadeur de Grégoire et répondit aussitôt qu'il acceptait d'avoir une conférence avec lui.

Il semblait dès lors que chacun des deux papes ne fût plus qu'un procureur chargé momentanément des affaires de son Eglise et prêt à abdiquer au premier signal.

Une situation si nouvelle et si inattendue ouvrait la voie à des négociations qui ne pouvaient manquer d'aboutir, croyait-on. Une ambassade solennelle fut envoyée de Paris à Marseille où se trouvait Benoît pour fixer le lieu de la future entrevue entre les deux papes.

La légation française se composait de personnages très considérables. On y remarquait le patriarche d'Alexandrie, l'archevêque de Tours, Pierre d'Ailly, Jean Gerson, Pierre Plaoul, Jean Petit, Guillaume Philastre et presque tous les orateurs du concile de 1406. Un jeune licencié en droit canon alors presque inconnu, mais qui allait être appelé à une peu enviable célébrité, faisait aussi partie de l'ambassade : c'était Pierre Cauchon, le futur évêque de Beauvais.

1. Chronic, 1. XXVII, c. 21. — Cf. Ciiristopue, Histoire de la Papauté au XIV^ siècle, t. Ilf, p. 23i. — Finke, Acta Concilii Constanc, t. I, p. 280.

2. Raynald, a. 1406, 13. — Niem, op. cit., 6. Par un jeu de mots peu spirituel, cet auteur appelle toujours Grégoire, Erroj-ius.

Pendant ce temps, des envoyés partirent de Rome pour s'entendre avec le pape d'Avignon sur le même objet.

Malatesta dePesaro, prince éloquent et sympathique, s'était offert pour être ambassadeur à ses frais; les cardinaux le recommandaient. Malheureusement, Grégoire lui préféra son neveu Antoine Corrario, évêque de Modon, dont la maladresse et les prétentions faillirent plus d'une fois tout gâter. On eut bien delà peine à fixer d'un commun accord le lieu de la conférence projetée; enfin, le 20 avril 1407, on choisit la ville de Savone ^ .

Sur ces entrefaites, les ambassadeurs royaux arrivaient à Marseille (9 mai). Benoît les reçut cordialement, bien que plusieurs d'entre eux, et en particulier le patriarche Simon de Cramaud, se fussent montrés peu respectueux envers sa personne au concile de Paris.

A la demande des envoyés du roi, le pontife accepta publiquement la voie de cession ; cependant, quand ils le prièrent de confirmer ses paroles par une bulle solennelle, il refusa nettement. Il prétendait que cet acte serait une perte de temps compliquée d'une marque de défiance 2. On le pria de promettre qu'en cas de décès, il exigerait qu'on ne lui choisît pas de successeur et que les cardinaux des deux collèges se réunissent pour élire un pape unique. Sur ce point, il différa de répondre.

Les ambassadeurs français supplièrent les cardinaux d'intervenir auprès de Benoît. Malesset le fit au nom de ses collègues et n'obtint rien de l'obstiné pontife. Les envoyés du duc d'Orléans, ce partisan fidèle du pape

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