‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 129 sur 186 · Chroniques, livre I, cli. C · texte numérisé non relu

Chroniques, livre I, cli. C

que-là, son habileté n'avait rien laissé à la fortune de ce qu'il pouvait lui ôter par conseil ou par prévoyance , il avait été heureux dans toutes ses entreprises ; et son ambition, même la plus téméraire, avait été couronnée par le succès.

A partir de son élévation au trône pontifical, Balthazar ne parut plus le même homme. Il sembla avoir perdu cette finesse de vues, cette énergie de volonté et cette rapidité d'exécution qui l'avaient distingué dans sa jeunesse. Personne ne se montra plus faible, plus maladroit, plus malheureux et mieux destiné à être le jouet d'une fortune qui ne lui épargnera aucune disgrâce.

A peine élu, Jean tenta, par une ambassade du cardinal Landolphe de Bari en Espagne, de détacher de l'opiniâtre Benoît les rois d'Aragon, de Navarre et de Castille. Le légat ne réussit pas malgré ses efforts et son incontestable habileté ^.

D'un autre côté, le Pontife essaya d'entamer des négociations avec Malatesta, pour que celui-ci déterminât Grégoire à céder ; mais le prince ne put ou ne voulut pas travailler efficacement en ce sens et se prépara à déclarer la guerre au nouveau pape -.

En même temps, la flotte de Louis d'Anjou, partisan de Jean XXIIl, fut battue et dispersée par celle de Ladislas, ce vieil ennemi de Cossa. Plusieurs villes de la Romàgne durent ouvrir leurs portes au vainqueur. C'était une première série de déceptions inattendues.

Heureusement, des événements plus favorables au Pontife se déroulaient en Allemagne. Robert du Pala-

i. FixKE, Acta Concilii Constanciensis, 1. 1, pp. 2,20. et suiv. 2. Ibid., pp. 4 et suiv.

tinat, roi des Romains, le protecteur persévérant de- Grégoire XII, venait de mourir. Le roi de Hongrie, Sigismond, frère du monarque détrôné Wenceslas, posasa candidature à l'Empire et s'efforça de la faire triompher en s'appuyant sur Jean XXIII. Mais le cousin de ce prince, Josse de Moravie, prétendait lui aussi à la dignité de roi des Romains. De son côté, l'ivrogne Wenceslas ne cessait de revendiquer ses droits au trône, dont il avait été déclaré indigne. C'est ainsi qu'on rencontrait trois concurrents à la couronne impériale, comme il se trouvait trois prétendants à la tiare. Mais Josse mourut presque aussitôt ; Sigismond fut élu à Francfort, le 21 juillet 1411, et il s'empressa de se réconcilier avec son frère Wenceslas. Le nouveau souverain, équitable autant que courageux, va jouer désormais un grand rôle dans cette histoire. C'est vers lui que tous les regards vont se tourner; c'est sur le roi des Romains, protecteur-né de la papauté, que l'on s'appuiera pour provoquer la convocation de ce concile qui devait mettre fin à tant de maux spirituels et temporels.

Un des premiers, l'infatigable Malatesta se fît le champion de cette idée et s'adressa directement au futur empereur. Dans un rapport détaillé, il se plaignit vivement de Jean XXIII, adjura le monarque allemand de secourir enfin l'Eglise, et le supplia avant toute chose de ne point réunir le futur concile dans une ville où le pontife aurait la double puissance spirituelle et temporelle. Il ne devait point être entendu. Pendant ce temps, le prince de Rimini continuait la guerre qu'il avait déclarée à Jean XXIII et unissait ses efforts à ceux de Ladislas.

Le roi de Naples fut vaincu par son rival Louis d'Anjou à Roccasecca, le 19 mai 1411; mais le prince

français ne sut point profiter de la victoire, et retourna en Provence aussi promptement que s'il avait été défait, 11 était dans la destinée des ducs d'Anjou de ne jamais réussir dans cette Italie qu'on a pu appeler parfois le tombeau des Français. Louis II ne fut pas plus heureux que ne l'avait été Charles d'Anjou en 1282, que Louis 1" d'Anjou, en 1383, ou que ne le fût René d'Anjou en 1438. Chacun d'eux se laissa séduire par l'espérance de se tailler à coups d'épée un puissant royaume à Naples ; tous moururent déçus. Le triomphe de Louis II fut sans lendemain et ne servit qu'à exalter d'abord pour un jour, puis à ruiner tout aussi vite les magnifiques espérances de Jean XXIII. De son côté, Malatesta occupait l'Emilie, et la maintenait dans l'obédience de Grégoire XII, tandis que Bologne expulsait le légat du nouveau pape.

' L'assemblée de Pise avait décrété en terminant ses séances qu'un nouveau concile aurait lieu dans trois ans, c'est-à-dire en 1412.

Jean XXIII le convoqua pour le 1^"^ avril ^. Afin de se créer des partisans, il fit une nomination de quatorze cardinaux et son choix fut généralement approuvé.

C'étaient Pierre d'Ailly, évêque de Cambrai, Gilles Deschamps, évêque de Coutances, son ami,Guillaume Philastre, doyen de Reims, moins adroit et moins éloquent, Zabarella, évêque de Florence, dont les idées

4. La bulle de convocation donnée dans Raynald est fautive. Voir le vrai texte dans Finke, 1. 1, p. 127. Elle est datée du 29 avriH4H.

sur l'Eglise étaient contestables, mais dont l'habileté et l'esprit d'initiative étaient fort remarqués , Robert de Ilallam, évêque de Salisbury, qui devait rattacher l'Angleterre au nouveau pontife, et plusieurs autres moins connus (6 juin 1411).

Deux ans après, il éleva aussi à cette dignité Simon de Cramaud, archevêque de Reims.

Parmi ces élus, on remarque les principaux docteurs de l'Université de Paris. Jean ^tenait à se concilier pour toujours cette puissante et glorieuse corporation : ses vœux ne tardèrent pas à être cruellement déçus.

Par une inspiration moins heureuse, il fit décréter la croisade contre Ladislas. Cet appel intéressé ne réussit pas : le pontife fut bientôt obligé de conclure avec le roi de Naples une paix peu avantageuse et de lui accorder une multitude de privilèges, parfois bien onéreux.

Les circonstances devenaient favorables pour la tenue du futur concile de Rome. Les prélats français s'y trouvèrent peu nombreux sous la conduite de l'évêque d'Amiens, de Pierre d'Ailly et de Simon de Cramaud. Le roi Charles avait donné pour mission d'y défendre ses intérêts et ceux de l'Église de France ^. Dès 1411, l'Université avait rédigé des avîsata touchant la réforme de l'Église-, et Pierre d'Ailly avait de son côté écrit un résumé des points sur lesquels devait se porter l'attention du futur concile^. Il y a une telle ressemblance entre ces deux programmes.

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