‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 141 sur 186 · De JIaistre, Du Pape , livre I, ch. XI · texte numérisé non relu

De JIaistre, Du Pape , livre I, ch. XI

Et ce sont ces décrets de passion et de combat, rédigés avec cette scandaleuse rapidité, sans précision et sans réserves, qu'on oserait comparer aux articles de foi des anciens conciles si longtemps attendus, si mûrement pesés, si savamment délibérés!

Quel est donc la véritable portée de ces propositions de Constance? Ont-elles été faites pour avoir force de loi dans l'avenir, en tout temps comme en tout lieu, ou bien visent-elles seulement la situation précaire de l'Église au commencement du X"V^ siècle? Est-ce une thèse absolue. ou un expédient transitoire? Est-ce un dogme proclamant la supériorité du concile sur le Pape, ou un moyen inventé pour le temps du schisme afin de sortir d'un cas embarrassant et périlleux? Bien des théologiens sérieux ont pu affirmer que ces décrets sont exceptionnels et qu'ils ne sauraient être applicables à des temps réguliers où l'Eglise obéit à un pontife unique et incontesté * . Ils s'appuient sur le texte même des articles qui exposent le but unique et exclusif de l'assemblée réunie à Constance, pro extirpationepraesentis schismatiSy ad consequendum facilius, seciœius, velociiis, et liberius iinionein et reformationem Eccleside. Certains autres termes des décrets, disent-ils encore, sont limitatifs ; ils ne regardent que le présent concile et les circonstances extraordinaires dans lesquelles se trouvait l'Eglise. Qu'importe, ajoutent-ils, que le conciliabule de Baie ait prétendu donner à ces articles une

1. MozzARELLi, De auctorît. Summi Pontificis, t. II, c. XVII, § 2-7. — Palma, Praelect. hist., t. IV, p. !=>, c. IV, p. 63. — Christophe, Histoire de la Papauté pendant le XVI" siècle, t. lU, p. 483. — Jager, Histoire de VÉglise, t. XIII, liv.39, p. 107. — Turrecremata,^POÎ. in conc. Floren., Summa de Ecel., t. II, c. XCIX.

valeur absolue et consacrer pour toujours les prétentions du concile vis-à-vis du Pape ? N'est-on pas fondé à dénier toute autorité à cette réunion de prélats schismatiques comparable au brigandage d'Ephèse de l'an 449 ^ ?

Ainsi parlent ces auteurs, et leurs arguments ne manquent point de force, bien que toute l'école gallicane ait toujours voulu donner à ces déclarations conciliaires une portée générale ^.

D'autres, avec plus déraisons, croyons-nous, contestent la valeur de ces décrets en considérant, non plus leur sphère d'application, mais la source d'où ils émanent ^. Sans doute, le concile de 1415, s'est déclaré œcuménique, disent-ils, il le fallait bien pour en tirer la conséquence que toute personne de condition ou dignité quelconque, même papale, serait obligé de lui obéir, mais l'était-il réellement?

Il ne suffit pas de le prétendre pour le devenir. Deux obédiences n'étaient point représentées à Constance et n'approuvèrent jamais les fameux décrets. Les cardinaux en masse protestèrent. De plus, lepape Jean XXIII était absent, et il ne s'était point fait remplacer par des légats, de telle sorte que la fuite du Pontife, qui fut l'occasion de ces décrets schismatiques, reste en même temps une des raisons qui leur enlèvent toute valeur.

i. Cf. le chap. VI. du présent volume, p. 121.

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