Jepp, p
4. Voir les trente propositions condamnées à Constance ainsi que les trente-neuf articles sur lesquels les suspects d'hérésie doivent être iaterrogés.— DENziNGER,ÊncAindion, a» 322 et suiv.
5. Cf. Janssen, l'Allemagne et la réforme, t. I, 580; t. II, pp. 83, 135,
lentes ne causent pas de pareils transports, » dit Bossuet, qui rapporte ce propos ' .
§ 2. — Le jugement et la sentence.
A l'époque où nous sommes arrivés, le concile de Constance allait s'ouvrir. Sigismond chargea plusieurs seigneurs tchèques d'inviter le novateur à y paraître. Ce dernier en avait appelé plusieurs fois du Pape au concile général, il ne pouvait donc se soustraire à cette invitation. Etait-ce outrecuidance? était-ce aberration d'esprit? Hus avait en la bonté de sa cause une confiance naïve et présomptueuse, qui ne se démentit jamais. Il se résolut donc à exposer sa doctrine devant l'assemblée réformatrice et à tenter de se justifier. Il répondit à Sigismond : « J'ai sans cesse enseigné au grand jour et jamais dans le secret : je réclame le droit de parler en séance publique et de discuter avec mes contradicteurs. Je n'ai rien à redouter en confessant le Christ, quand même il me faudrait, pour défendre sa foi, m'exposer au dernier supplice ^. »
Déjà, il avait répété bien souvent dans les discussions publiques : « Je suis prêt à subir le supplice du feu, pourvu qu'en cas de défaite, mes accusateurs endurent la même peine ^. »
Il avait en effet des adversaires persévérants qui s'apprêtaient à attaquer ses nouveautés dogmatiques devant le concile, et qui avaient déjà réuni en Bohême les preuves de leurs chefs d'accusation. Le réforma-
i. Histoire des Variations, livre I, ch. 23.
2. PALiCKY, Documenta, p. 60. — Hôfler, Magister J. Eus, 2"« p., p. 260. — Jean Eus et le concile de Constance, Analecta juris ponlifîcii, i872.
3. Documenta, p. i8. — Hôfler, 1" p. p. 164. — Heï ele, pp. 348, 333 et i>18.
teur partit de Prague, le 11 octobre 1414, accompagné de nombreux amis. Il rencontra presque partout un accueil sympathique, bien qu'il n'eût point encore reçu le sauf-conduit que Sigismond lui avait promis ^ .
Arrivé à Constance, le 3 novembre, il obtint du pape Jean l'assurance qu'il n'avait rien à craindre pour le moment, que l'excommunication qu'il avait encourue était changée en suspense et que le procès ne commencerait pas avant l'arrivée du roi des Romains.
Le pontife l'avait empêché de dire la messe et de prêcher : néanmoins Hus célébrait tous les jours et parlait à tout propos sans aucune retenue. Cette désobéissance, méprisante autant qu'imprudente, mécontenta le Pape et les cardinaux. Ils invitèrent le réformateur à rendre compte de sa conduite et de ses opinions. Comme ses réponses ne leur parurent pas acceptables, ils le firent interner au couvent des Dominicains, près du lac, le 6 décembre 1414. Il resta pendant plusieurs mois dans cet état de détention mitigée, recevant des visites, et entretenant toujours une correspondance suivie avec ses amis de Bohême, auxquels il raconte ses espoirs et même plus tard ses rêves de visionnaire.
Le 6 avril, jour de la cinquième session, le concile
1. Le sauf-conduit, qui a été le prétexte de tant d'accusations, fut apporté à Constance le 3 novembre par Wencesias de Duba. Il était destiné à garantir J. Hus des violences illégales durant la route et non pas des •poursuites judiciaires devant le concile. Il visait simplement à faciliter son voyage in his quœ celeritatem et securitatem itineris concernuni, t am per terram guamper aquam. Il est dit dans une pièce semblable adressée à Jérôme de Prague qu'elle doit le préserver a violentïa, justitia sempet'salva.LQ sauf-conduit n'est qu'un' passeport, qui ne peut avoir la puissance de soustraire son possesseur à une punition méritée, de le garantir contre la sentence d'un tribunal réclamé, à maintes reprises, par l'accusé lui-même. Cf. Hefele, pp. 336, 4S9, 521 et suiv. — Hôfler. Histor. polit. Bîâtter, t. IV, p. 421.
confia l'examen des doctrines hussites aux cardinaux d' Ailly et Philastre, assistés de l'évêque de Dol, Etienne Coeuvret, de l'abbé de Cîteaux et de plusieurs docteurs. Le cardinal de Cambrai accepta de faire un rapport au concile touchant les questions de foi; mais il demanda et obtint qu'on chargeât les juristes d'instruire et de conduire le procès. Il fut moins heureux quand il pria les Pères de rendre la sentence contre Wiclef et Hus au nom du concile seul, sans faire mention du Pape, parce que lé concile lui est supérieur. La commission, nommée à l'effet d'examiner cette question, se déclara contre lui à une grande majorité*. Cela se passait le 17 avril 1415, onze jours après la fameuse cinquième session tenue le 6 avril. C'était comme un premier démenti donné par le cpncile aux décrets antipapaux adoptés dans une heure d'emportement.
En attendant la comparution de Jean Hus, les nobles tchèques, ses partisans, s'efforcèrent en vain, à plusieurs reprises, d'obtenir son élargissement. On se contenta de le faire sortir du couvent des Dominicains et de le transférer à Gottlieben, château de l'évêque de Constance, sur les bords du Rhin et non loin de la ville.
Nous avoîis vu la vieille tour couverte de lierre dans
1. Hefele, p. 414. — VoN DER Hardt, t. IV, p. 136. — Palacky, Documenta. — Schwab, Johannes Gerson, p. S49-609. — Ballerini, op. cit., t. III, col. 1362. Sur quarante théologiens douze seulement partagèren t l'opinion de Pierre d'Ailly. Donc, la majorité ne voulait pas que la décision du 6 avril s'imposât à la croyance universelle, et que l'on dût admettre comme article de foi la supériorité du concile sur le Pape. Ce qui est aussi remarquable, c'est que le cardinal de Cambrai ne cite point en faveur de son sentiment les décrets de la cinquième session. Il n'en parle pas davantage dans le traité qu'il publia dix-sept mois après et qui est intitulé : De Ecclesise, Concilii generalis, Romani Pontificîset Cardinalium auctoritate. Il s'en remet, comme nous l'avons déjà vu, à une décision postérieure du concile. Or, cette décision doctrinale n'est jamais intervenue.
laquelle l'hérésiarque fut enfermé. Des couronnes avec inscriptions élogieuses en langue tchèque y sont déposées, et, sur la grande cage de bois où l'on dit qu'il a passé quelques semaines, une main inconnue a affiché, comme une accusation rétrospective et permanente, le fameux sauf-conduit, que son emprisonnement aurait violé, d'après certains Protestants.
Au commencement de juin 1415, Hus fut transféré au couvent des Franciscains à Constance et subit plusieurs interrogatoires.
Nous n'entrerons pas dans le détail de cette controverse de théologie ou plutôt de ce duel tragique qui se prolongea pendant cinq semaines et qui devait se terminer par la mort d'un des combattants.
Qu'il nous suffise de dire que les séances furent présidées et dirigées en conscience, qu'on interrogea le novateur sur plusieurs points où la foi était intéressée. Le cardinal de Cambrai présidait la commission d'enquête. Hus répondit tantôt par des négations mensongères, tantôt par des raisons sophistiques qui ne convainquirent personne. Quand on lui citait des témoins, il se contentait d'en appeler à sa conscience et au Christ et traitait ses adversaires de calomniateurs. Il refusa de souscrire franchement à la condamnation des quarante-deux propositions extraites de Wiclef , * et ne reconnut pas toujours pour siens les trente-neuf articles tirés de ses propres livres^.