Cf. Hefele, pp. 435 et
2. Nous regrettons cependant que les interrogateurs aient mêlé, plus d'une fois des opinions d'école aux débats théologiques. Que venaient faire, en cette grave occurrence, les querelles philosophiques entre réalistes et nominaux à propos des sentiments prêtés à Hus au sujet de l'impanation? Qu'aurait répondu d'Ailly, si l'accusé lui avait fait cette objection : « Mais mon opinion, vous l'avez reconnue vous-même autre-
D'Ailly, qui présidait avec plus de fermeté que d'indulgence, fit cependant remarquer à Sigismond devant l'accusé, que les termes exacts et originaux de ses théories subversives avaient été plus d'une fois mitigés dans l'acte d'accusation ^ Puis, à la fin du troisième interrogatoire, le cardinal lui répéta ce qu'il avait déjà déclaré en présence et avec l'approbation du roi des Romains : « Jean, deux voies vous sont ouvertes ; la première, c'est de vous en remettre simplement et sans réserve à la clémence du concile qui, en la considération des princes et de vous-même, ne manquera pas de vous traiter avec humanité et indulgence. La seconde, c'est de persister à défendre quelques-uns de vos articles : dans ce cas on vous accordera d'autres audiences ; mais, je vous en avertis, des hommes distingués et instruits s'élèveront contre vous et je crains que vous n'ayez le dessous. ^ »
« Je demande qu'on m'accorde encore une audience.
fois comme possible, comme me répugnant ni à la raison ni à l'autorité de la Bible, plus facile et plus raisonnable qu'aucune autre théorie?» (Quœst. super I, III et IV Sententiarum, Q. VI, a, I, f. CCLXIV.) De même, si Jean Hus lui avait fait observer à propos de son explication du texte évangélique, Tu es Petrus : « Mais mon opinion, c'est la vôtre, c'est elle que vous avez soutenue dans vos thèses publiques. Vous avez dit avant moi, et comme moi, que la pierre c'est le Christ et non Pierre, non inpetra Petrus, sed in petra Christus est intelligendus, L'avez-vous oublié? » Recommendatio Sacrœ Scripturse. D'Ailly avait composés ce traité à la fin de ses études en 1380. On le trouve dans les œuvres de Gerson, 1. 1, col. 60i. Cf. Salembieu, Petrus de Alliaco, pp. 232 et 233. Nouvelle preuve du danger de ces nouveautés d'école, de ces thèses paradoxales dans lesquelles les jeunes docteurs ne voulaient voir sans doute que des jeux d'esprit et des sujets livres à la libre discussion. — Voir ch. VI de ce livre, p. 123.
1. W. Berger, Joh. Hus und Kônig Sigismund (Augsbourg, 1871). — Cf. Friedrich, Die Lehre des Joh. Hus und ihre Bedeutung fur die Gegenwart. — ScBVi'AJi, Joh. Gerson, p. 540-609. DumémeFiuEDRicn, Jo. Hus ein Lebensbild (Francfort, 1864.) — Hefele, pp. 454, 466 et 472.
2, Hefele, pp. 459 et 469.
répondit l'accusé; je veux m'expli(juer au sujet des articles que l'on incrimine. »
D'Ailly et Sigismond joignirent leurs instances aux siennes, sans rien obtenir. Les écrits du réformateur furent condamnés au feu, mais aussitôt après (24 juin), Hus recommanda par lettres à ses amis de Bohême de continuer à les lire. Il ne se repentait donc de rien. Son idée fixe est toujours de ne s'appuyer que sur l'Écriture et d'en vouloir discuter les textes avec les Pères ^ comme si , pour lui , le concile était un parlement et non un tribunal. Il vivait ballotté entre la crainte et l'espérance , mais il se refusait obstinément à souscrire une formule de rétractation , même la plus mitigée , malgré les demandes de d'Ailly et de Zabarella.
Enfin, le samedi 6 juillet, tous les Pères sont convoqués pour la quinzième session générale du concile et se réunissent dans la cathédrale de Constance. Le cardinal de Viviers préside, le roi des Romains est présent dans tout l'appareil de sa puissance : on doit juger d'une manière définitive ce grand procès qui tient tous les esprits en suspens. Jean Hus est introduit et se place sur un gradin ; sur la table sont déposés les vêtements sacerdotaux qui doivent servir à la dégradation, si le novateur continue à se montrer opiniâtre.
Après une courte homélie de l'évêque de Lodi, on lit les articles contre Wiclef et ensuite les trente accusations portées plus particulièrement contre l'hérésiarque de Bohême. Après chaque affirmation, Hus prend la parole et tâche de se justifier plus ou moins adroitement.
4. Documenta : JohanisEus, pp- 137 etsuiv. — Ep. LXXXY. — Hefele. pp. 493 et 496.
Plusieurs accusations portées contre lui dans les séances précédentes n'avaient pas été maintenues, mais les trente articles qui avaient été retenus paraissaient directement contraires non seulement au pouvoir doctrinal de l'Église, mais à l'autorité séculière elle-même. Dès la session du 8 juin, Sigismond l'avait compris, et il s'était alors déclaré ouvertement contre le novateur K « Il n'y a pas dans toute la chrétienté d'hérétique aussi dangereux que Jean Hus », s'était-il écrié :
La lecture des procès-verbaux des interrogatoires précédents se poursuivit le 6 juillet au milieu des interruptions et des protestations de l'accusé. Le tribunal avait préparé deux formules de sentence : on devait lire la première dans l'hypothèse du repentir et la seconde en cas de révolte obstinée. Or, malgré toutes les instances, pas un mot de rétractation ne vint aux lèvres de Jean Hus. L'évêque de Concordia fut donc obligé de lire la seconde sentence : « Le saint concile a la preuve que Jean demeure opiniâtre et incorrigible , dit-il , qu'il refuse de rentrer dans le sein de l'Eglise et d'abjurer ses erreurs. L'Assemblée décrète donc que le coupable sera déposé et dégradé et qu'après avoir été retranché de l'Eglise , il sera livré au bras séculier 2. »
§ 3. — L'exécution.
La destinée de l'hérésiarque va s'accomplir. Deux évêques s'approchent du condamné et le dégradent avec les formules et les imprécations consacrées. On lui ôte le calice des mains, on lui enlève l'un après