‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 148 sur 186 · JlANSi, t. XXYII, p. 7o3. — Baudouin, t. Vni, p. MO · texte numérisé non relu

JlANSi, t. XXYII, p. 7o3. — Baudouin, t. Vni, p. MO

l'autre les ornements sacrés, on lui déforme la tonsure en signe de la perte de tout privilège ecclésiastique ; puis on lui couvre la tête d'une mitre en papier portant cette inscription : hic est heresiarcha. Hus est donc remis au bras séculier. Sigismond appelle aussitôt le comte palatin du Rhin : « Voilà le coupable, dit-il; traitez-le comme hérétique. » Le comte à son tour dit au prévôt de Constance : « Saisissez maître Jean Hus, et brûlez-le comme convaincu d'hérésie. »

Aussitôt les sergents et le bourreau s'emparent du condamné et lui fraient un passage à travers les trois mille soldats et la foule innombrable qui couvraient la place. Le cortège sort de la ville entraînant Jean Hus au milieu d'une multitude animée de sentiments divers. On lui demande s'il désire se confesser, il accepte. Le chapelain Ulrich Schorand s'approche, muni de pleins pouvoirs. « Maître, dit-il, je ne puis vous absoudre à moins que vous ne rétractiez vos erreurs, j) Hus alors refuse et veut commencer à prêcher en allemand. Le comte palatin s'y oppose et fait presser l'exécution. Attaché au poteau fatal, entouré de paille et de bois , il refuse encore une fois de sauver sa vie par un désaveu. Enfin on met le feu au bûcher. La victime s'écrie par trois fois ^ : Christ, fils du Dieu vivant, ayez pitié de nous! Puis il expire, son corps est consumé bientôt, et l'on jette dans le Rhin ses cendres avec les débris fumants de son bûcher.

Cette mort tragique , les paroles mystiques et sombres que prononça le novateur, les prophéties qu'on

1. Nous n'avons point de récit contemporain émanant d'un catholique. Le seul qui nous reste est de Mladenowitz, grand partisan de Jean Hus. Celui que l'on a attribué à Poggio — et que l'on a imprimé à Reutlingen en 1846 est une pure invention. Cf. Orthuincs Gratics, op. cU.i p. 132.

mit sur ses lèvres au moment suprême, tout émut profondément alors l'opinion populaire, tout provoqua des sympathies posthumes dont on retrouve encore aujourd'hui bien des traces. Constance a gardé le chariot sur lequel il arriva dans la ville, ainsi que la porte de son cachot; elle a orné de sculptures et de peintures les demeures où il logea et les prisons où il fut enfermé. Trois grands tableaux, tout en l'honneur de l'hérésiarque, décorent l'immense salle que l'on appelle improprement salle du concile; ils donnent à Jean Hus la figure noble, grave et ascétique du Christ de Munkacsy, et à ses juges comme à ses gardes, des traits irrités ou ignobles ^ .

Un monument commémoratif en granit a été élevé au Brûlh sur la place où l'hérétique fut exécuté, et, malgré la doctrine hussite sur le culte des reliques, certains ossements trouvés au lieu de son supplice sont conservés avec un soin religieux 2.

Mais c'est surtout en Bohême que la mémoire du réformateur fut exaltée, c'est là que l'esprit sectaire s'unit à un patriotisme mal entendu pour lui faire une auréole de sainteté, et pour lui préparer une vengeance digne de lui. Voyez-vous « les royaumes soulevés, la Germanie en feu , des armées de cent mille hommes poussés à une guerre d'extermination ; des populations nombreuses fuyant leurs demeures avec un évangile et une épée , changeant de mœurs et ne vivant plus que sous le ciel, toujours frémissantes, vêtues de fer, dans des cités mobiles formées de chariots ; une série épouvantable de massacres, de combats fabuleux, d'embra-

1. Ces peintures sont dues à Pecht et Sclnvœrer (1875), Le concile, nous l'avons dit, s'est toujours réuni à la cathédrale et jamais dans cette salle. C'est le conclave de 1418 qui se tint au Concilium Saal.

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