‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 165 sur 186 · Von der Hardt, t. IV, p · texte numérisé non relu

Von der Hardt, t. IV, p

remise à l'ordre du jour. Les Italiens, les Anglais elles Espagnols voulaient que toutes les collations fussent conservées au Pape ; les Français et les Allemands prétendaient restreindre les privilèges du Saint-Siège dans les limites de l'ancien droit. Ils étaient d'accord pour réduire les revenus du Souverain Pontife, sans se rendre compte que ces revenus réguliers restaient bien en deçà des besoins auxquels il s'agissait de faire face. D'un autre côté, en dehors des nations, les cardinaux, cherchaient à conserver et à multiplier encore les réserves attribuées au pontife romain.

Martin V commença par se déclarer résolu à admettre tous les points qui rallieraient l'assentiment de toutes les nations : or, elles ne s'entendaient pour ainsi dire sur aucun.

De guerre lasse, tout le monde reconnut l'impossibilité de réformer l'Église par des décrets universels ; trop de divergences se rencontraient dans les vues, et trop d'intérêts opposés étaient en jeu. On résolut donc de faire deux parts dans la législation : l'une pour les besoins généraux de l'Eglise, l'autre pour les nécessités particulières de chaque pays. La première comprendrait tous les points sur lesquels les nations seraient d'accord; la seconde serait réglée par des concordats spéciaux.

Parmi les multiples projets réformateurs qui furent alors présentés au concile, contentons-nous de nïentionner le traité De ReformaUo Ecclesiae du car-dinal Pierre d'Ailly^

1. Opp. Gersonii, t. II, col. 903. Comme nous l'avons déjà fait observer, cet opuscule, plein d'idées neuves et souvent justes, n'est que la troisième partie du traitéDe mater ia concilii generalis composé en 1403. Voir le cli. x de ce livre, p, 198. Le cardinal de Cambrai traite

Là requête de la nation allemande fut présentée au Pape, puis vinrent les demandes des Français et des Espagnols. Le projet de réforme proposé par Martin V correspondait à peu près aux dix-h.uit points du mémoire élaboré par les Allemands. Mais les nations ne purent se mettre d'accord que sur sept des articles proposés : ce furent les décrets de réforme générale lus en la quarante-troisième session que présida le Souverain Pontife en personne.

Le premier décret supprimait toutes les exemptions accordées par les Papes depuis Grégoire XI ; il remettait les églises et les monastères exempts sous l'empire de la juridiction ordinaire.

Le second révoquait à partir de la même date les unions et les incorporations qui n'auraient point été accordées pour des causes justes et raisonnables.

Par le troisième, le Pape abandonnait les fruits et les revenus des églises et des monastères au temps de vacance et les laissait à la disposition des ayants- droits.

Le quatrième décret déclarait suspens tous ceux qui avaient été ordonnés d'une façon simoniaque. Il annulait les élections et les confirmations entachées de ce vice radical.

Les bénéfices sont accordés à cause des offices, affirmait le cinquième décret : Il est absurde que les bénéficiers refusent ou négligent de remplir leur devoir professionnel. Les évêques et les abbés qui sont dans ce cas doivent donc au plus tôt se faire consacrer ou bénir ;

d'abord de tout le corps de l'Église et des conciles, puis du Souverain Pontife et de la curie romaine, des évêques, des moines et des religieuses, enfin des clercs et des laïques, en particulier des rois et des princes. Beaucoup de ces réformes furent aussi proposées au conçue de Trente par le cardinal Barthélémy des Martyrs. Cf. Analecta juris pontificii, xci et xcin, a. 1869 et 1872.

choisir un prélat vertueux et capable de réformer l'Église. Les portes furent ensuite fermées et des soldats gardèrent toutes les issues.

Le lendemain commencèrent les travaux au milieu des prières et des exhortations. Chaque jour, une procession solennelle partait de la cathédrale de Constance et longeait la salle du conclave, en récitant le Veni sancte Spiritus.

Six candidats furent d'abord en présence, puis il n'en resta plus que quatre. Enfin, après de longues discussions, au moment où le roi des Romains, les princes et le clergé passaient en procession sous les fenêtres du conclave, toutes les voix se réunirent sur Odon Colonna, cardinal diacre du titre de Saint- Georges, qui prit le nom de Martin V.

Le nouveau pontife avait quarante-neuf ans ; il appartenaitàcette noble famille des Colonna romains, dontles attaches étaient gibelines, et qui fut si longtemps hostile aux Orsini. Elle avait déjà fourni vingt-sept cardinaux à l'Église, et Martin V n'était pas le premier de sa race qui montât sur le siège de Saint-Pierre ^ . Les savants estimaient sa connaissance profonde du droit canonique ; les simples fidèles le vénéraient comme un prélat bienveillant, pacifique et modeste. A la première nouvelle de son élection, les foules se précipitèrent vers le lieu du conclave, et y manifestèrent une joie qui fut bientôt partagée par l'Église entière. Sigismond accourut lui aussi, félicita les électeurs et baisa le pied du nouvel élu. Le pape Martin embrassa le roi et le remercia d'avoir si puissamment contribué au maintien de l'unité et de la paix.

i. Uguelli, Elogîa Columniensis familim, Romœ, 1630. — Guiraud, L'Etat pontifical après le grand Schisme, p. 50.

Le soir, à la procession solennelle, Sigismond et l'électeur palatin conduisirent par la bride la haquenée du pontife jusqu'à la cathédrale ; puis Martin V alla occuper à l'évêché les appartements laissés vides par Jean XXIII. Le lendemain il fut ordonné diacre, le samedi prêtre et le dimanche évêque ; puis il reçut de tous le serment de fidélité. Le dimanche suivant eut lieu son couronnement solennel dans la grande cour du palais épiscopal.

Le nouveau pape, sans être inféodé à aucun parti, voulait sincèrement toutes les réformes nécessaires. Adroit et sympathique, on lui croyait entre les mains tous les moyens de réussir. Mais la tâche était ardue, et on ne tarda point à s'apercevoir qu'il ne la mènerait pas de sitôt à bonne fin. Le temps n'était point encore venu, les réformes ne semblaient pas mûres ; le concile, bien qu'il eût désormais un chef légitime et qu'il fût devenu œcuménique depuis la trente-sixième session, dut cependant reconnaître que plusieurs de ses membres n'apportaient pas à l'œuvre de la réformation assez de bonne volonté. Le pontife romain en eifet n'était guère aidé par eux; chacun voulait commencer la réforme par son voisin et les divisions n'avaient pas été éteintes par l'élection du Pape. « Il suffit qu'une nation veuille une réforme pour qu'une autre la repousse; » ainsi parlait le délégué de l'Université de Vienne devant le concile. Cette simple observation caractérise l'effet dissolvant de la division par nations ; elle explique en même temps la stérilité des efforts des Pères. Sigismond fit des démarches auprès de Martin V pour hâter la conclusion des affaires; une nouvelle commission fut nommée ^ et la question brûlante des bénéfices fut

i. VON DEU HARDT, t. IV, p. 1492.

remise à l'ordre du jour. Les Italiens, les Anglais et les Espagnols voulaient que toutes les collations fussent conservées au Pape ; les Français et les Allemands prétendaient restreindre les privilèges du Saint-Siège dans les limites de l'ancien droit. Ils étaient d'accord pour réduire les revenus du Souverain Pontife, sans se rendre compte que ces revenus réguliers restaient bien en deçà des besoins auxquels il s'agissait de faire face. D'un autre côté, en dehors des nations, les cardinaux, cherchaient à conserver et à multiplier encore les réserves attribuées au pontife romain.

Martin V commença par se déclarer résolu à admettre tous les points qui rallieraient l'assentiment de toutes les nations : or, elles ne s'entendaient pour ainsi dire sur aucun.

De guerre lasse, tout le monde reconnut l'impossibilité de réformer l'Eglise par des décrets universels ; trop de divergences se rencontraient dans les vues, et trop d'intérêts opposés étaient en jeu. On résolut donc de faire deux parts dans la législation : l'une pour les besoins généraux de l'Eglise, l'autre pour les nécessités particulières de chaque pays. La première comprendrait tous les points sur lesquels les nations seraient d'accord; la seconde serait réglée par des concordats spéciaux.

Parmi les multiples projets réformateurs qui furent alors présentés au concile, contentons-nous de mentionner le traité De Reformatio Ecclesiae du cardinal Pierre d'Ailly^

-1. Opp. Gersonii, t. II, col. 903. Comme nous l'avons déjà fait observer, cet opuscule, plein d'idées neuves et souvent justes, n'est que la troisième partie du traitéDe mater ia eoncilii generalîs composé en 1403. Voir le ch. x de ce livre, p, 198. Le cardinal de Cambrai traite

Là requête de la nation allemande fat présentée au Pape, puis vinrent les demandes des Français et des Espagnols. Le projet de réforme proposé par Martin V correspondait à peu près aux dix-huit points du mémoire élaboré par les Allemands. Mais les nations ne purent se mettre d'accord que sur sept des articles proposés : ce furent les décrets de réforme générale lus en la quarante-troisième session que présida le Souverain Pontife en personne.

Le premier décret supprimait toutes les exemptions accordées par les Papes depuis Grégoire XI ; il remettait les églises et les monastères exempts sous l'empire de la juridiction ordinaire.

Le second révoquait à partir de la même date les unions et les incorporations qui n'auraient point été accordées pour des causes justes et raisonnables.

Par le troisième, le Pape abandonnait les fruits et les revenus des églises et des monastères au temps de vacance et les laissait à la disposition des ayants- droits.

Le quatrième décret déclarait suspens tous ceux qui avaient été ordonnés d'une façon simoniaque, 11 annulait les élections et les confirmations entachées de ce vice radical.

Les bénéfices sont accordés à cause des offices, affirmait le cinquième décret : Il est absurde que les bénéficiers refusent ou négligent de remplir leur devoir professionnel. Les évêques et les abbés qui sont dans ce cas doivent donc au plus tôt se faire consacrer ou bénir ;

d'abord de tout le corps de l'Église et des conciles, puis du Souverain Pontife et de la curie romaine, des évêques, des moines et des religieuses, enfin des clercs et des laïques, en particulier des rois et des princes. Beaucoup de ces réformes furent aussi proposées au conçue de Trente par le cardinal Barthélémy des Martyrs. Cf. Analecta juris pontiflcii, xci et xcin, a. 1869 et 1872.

sinon, ils seront privés de leurs offices et bénéfices.

Dans le sixième article, le Pape défendait à tous ses inférieurs d'imposer des décimes. Lui-même s'engageait à ne pas en exiger du corps entier du clergé; à moins de cause grave concernant l'Eglise universelle.

Le septième décret réglait le sujet si important de la vie et des mœurs des clercs. Il rappelait aux ecclésiastiques des lois fort utiles et fort sages que la négligence a fait parfois oublier, mais dont l'autorité pontificale a toujours réclamé le respect.

Les conciles suivants ont renouvelé ces règlements de tenue extérieure et de conduite prudente qui sont universellement observés aujourd'hui^.

Ces articles furent sanctionnés, le 21 mars, dans la quarante-troisième session en même temps que les concordats particuliers avec chaque nation. Ces derniers étaient alors à peu près terminés. Ils réglaient le nombre et la qualité des cardinaux qui devraient désormais être choisis au sein de chaque nation catholique^ et à cet égard ils étaient entièrement conformes aux propositions qu'avait faites Martin V en réponse à la requête des Allemands. Les autres articles donnent des décisions, différentes selon les contrées, sur les réserves, les collations de bénéfices, les expectatives, la confirmation des élections. Ils traitent aussi des annates, des causes qui doivent être portées devant la curie romaine, des commendes, des indulgences et des dispenses.

Ces concordats traitent, on le voit, de points très

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