‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 167 sur 186 · HEFELE, p. 98. — VON DER HARDT, t.lV, p. loCO · texte numérisé non relu

HEFELE, p. 98. — VON DER HARDT, t.lV, p. loCO

docteurs de l'Université et des membres du grand conseil venaient d'avoir lieu du 28 février au 16 mars. 11 s'agissait de répondre au cardinal de Flisco qui avait été envoyé par le Pape pour notifier au roi sa récente élection. Ces assemblées furent mises en défiance contre Martin V par le rôle que Sigismond, récemment inféodé à la politique anglaise, avait joué dans les derniers événements du concile et du conclave. Elles firent répondre au cardinal ambassadeur que le roi voulait avant de se prononcer, attendre d'avoir acquis la certitude de la liberté et de la légitimité de l'élection pontificale.

Une explication de ces soupçons peu justifiés est nécessaire. Dès le commencement du XV® siècle, les évêques et les docteurs s'étaient mis à la tète d'un mouvement en faveur de certaines prétentions particularistes et voisines du schisme qu'ils appelaient pompeusement a les anciennes franchises et libertés des Eglises de France. » Une ordonnance du 18 février 1407 avait tranché en dehors du Pape et contre le Pape des questions qui ne pouvaient être résolues que d'un commun accord. Les Gallicans comptaient sur le Pontife ou sur le concile pour régler les points en litige. Mais le pape d'Avignon ne voulut rien décider et l'assemblée de Constance ne se prononça pas davantage, malgré les instances des ambassadeurs français ^.

On voulut alors agir d'autorité et on décida que l'ordonnance de 1407 ^ serait mise en pratique sans la participation du Pape. Mais cette mesure, illégitime autant qu'injurieuse, ne put s'exécuter sans résistance

i. Cf. DE Beaucourt, Histoire de Charles 71/, 1. 1, pp. 279 et 361.

2. Les libertés de l'Église gallicane prouvées et commentées, par Durand DE Maillane, t. m, p. 621. Registres du Parlement, 1. 1, du même recueil. — P. Dupuy, Traité des droits, cli.- XXII, n» 16.

et sans retard. C'est ce qui explique pourquoi l'assemblée réunie à Paris, fit des difficultés pour reconnaître Martin V ; elle voulait prendre ses précautions avant que le pontife pût exercer son autorité en France.

C'était surtout la question d'argent qui préoccupait la cour et les prélats de cour. On s'en aperçut quand on put lire les deux ordonnances royales de mars et d'avril 1418. La première protestait contre les abus, les pratiques simoniaques et la sortie de France d'une grande quantité d'or et d'argent. La seconde interdisait formellement de faire passer à Rome, quand des bénéfices viendraient à vaquer, l'or, l'argent et les bijoux et défendait de solliciter du Pape des grâces expectatives. L'Université avait déjà énergiquement protesté et s'était empressée d'envoyer à Constance ses rôles de bénéfices irotuli). Elle aimait mieux, nous l'avons vu ^ dépendre du pontife romain que des évêques. Martin V témoigna de son côté un juste mécontentement en voyant l'ingrate façon dont on répondait à ses paternelles avances. Il avait promulgué le concordat pour la France et il protesta avec force contre les deux ordonnances qui l'annulaient. Sur ces entrefaites, le duc de Bourgogne arriva au pouvoir. Déjà il avait fait publier le concordat dans ses États : voulant se concilier les bonnes grâces du Pape, il fit rendre un décret qui cassait les précédentes ordonnances.

Nous regrettons vivement d'avoir à le constater, mais l'Allemagne et l'Angleterre marchèrent à ce point de vue sur les traces de la France et le concordat de Martin V n'eut pas un sort meilleur ^.

2. HoBLER, Die konstanzer Reformalion und die Concordate von 1418, Leipzig, 1867.

Le pontife romain ne fut pas plus heureux dans ses négociations avec les Grecs. Une ambassade de l'Empereur et du patriarche de Constantinople arriva à Constance, le 19 février 1418. Cette démarche eut le sort de nombre d'autres, tentées auparavant par les schismatiques du Bas-Empire : la déloyauté les inspira à Byzance, une légitime défiance les fit échouer à la cour pontificale.

Mais nous ne pouvons omettre une pièce importante destinée à étouiîer l'hérésie de Jean Hus en Bohême et en Moravie ^ Les vingt-quatre articles furent ajoutés à la fameuse bulle Inter cunctas, publiée par Martin V sur le même sujet. Ce dernier document contenait en quarante-cinq points le résumé des erreurs de l'hérésiarque bohémien. Tous les individus arrêtés comme suspects d'hérésie devaient être interrogés sur une longue série de propositions qu'indiquait la bulle pontificale. Malheureusement, la Bohême était encore trop violemment agitée pour que la voix du Pape pût y être entendue. Bientôt après, on fut obligé de prêcher une croisade contre les Hussites qui imposaient leurs doctrines par l'épée et qui semblaient avoir emprunté aux disciples de Mahomet la fameuse devise . « Crois ou meurs. » 11 suffît de prononcer les nomsde Ziska, de Procope et des farouches Taborites pour faire renaître le souvenir de mille excès de doctrine et de conduite, de mille scènes de dévastation, de sacrilèges et d'horreurs.

Signalons seulement dans les décrets portés contre Wiclefla condamnation de la trente-septième proposition : Le PaperC est point le vicaire immédiat de Jésus- Chiist. Les Gallicans ont affirmé, nous l'avons vu 2, que

\. Von der Hardt, t. IV, p. 1314.

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