Hefele, p
Nul concile peut-être n'avait été aussi nombreux et n'avait duré si longtemps depuis le commencement de l'Église, comme nulle crise n'avait été aussi terrible que celle du grand schisme.
Enfin, le 22 avril 1418, se tintla quarante-cinquième et dernière session. Le Pape la présidait et Sigismond y assistait. Les cérémonies et les prières d'usage se firent de la façon la plus solennelle. Une émotion universelle saisit les Pères quand ils entendirent le cardinaldiacre Raynald, du titre de Saint-Vit, s'écrier au nom du Pape et des membres du concile : Domini, ite in pace, « Seigneurs, vous pouvez vous retirer en paix. » — Ameriy répondit d'une seule voix l'auguste assemblée.
Après un dernier incident, soulevé par l'affaire de Falkenberg, dont nous avons déjà parlé ^ , un sermon fut prononcé par l'évêque de Catane. Quand, il fut terminé, le cardinal de Chalant se leva solennellement et lut le décret de dissolution du concile de Constance. Placet, répondit le cardinal d'Ostie au nom de tous les évêques. Un avocat consistorial se fit alors l'interprète du roi des Romains. Il remercia les cardinaux et les Pères, ainsi que les envoyés des Universités et des princes chrétiens ; il protesta enfin de l'invincible attachement de Sigismond à la sainte Église ainsi qu'au nouveau pontife qu'elle venait de se donner.
Le Pape et. le roi des Romains demeurèrent encore pendant quelques semaines à Constance pour y régler certaines affaires de moindre intérêt, mais l'heure de la dissolution réelle du concile approchait. Pendant quatre ans, la ville avait été émue et parfois troublée par tous les échos d'une assemblée plus agitée que les
d. Cf. Chap. XV, p. 318.
flots de son lac au jour des plus grandes tempêtes. Elle avait retenti souvent du bruit des armes, de l'éclat des fanfares et des cris de triomphe lorsque des tournois magnifiques étaient offerts par Sigismond à la belliqueuse noblesse de la Suisse et de l'Allemagne. Une dernière passe d'armes plus brillante que les autres allait réunir encore une fois les princes et les chevaliers en présence de Sigismond et devait terminer splendidement ces grands jours. Ce mélange du sacré et du profane, des discussions théologiques et des joutes chevaleresques, était dans les mœurs du temps.
Chaque jour, on annonçait le départ d'un cardinal, d'un évêque illustre, d'un prince accompagné d'un nombreux et brillant cortège.
Chaque jour voyait diminuer la foule énorme et mêlée que le concile avait rassemblée. Le départ annoncé du Pape et du roi des Romains précipitait tous les autres départs : il devait priver la cité d'une gloire et d'un éclat qu'elle n'a plus retrouvés depuis.
Martin V. officia pontificalement pour la dernière fois à Constance le jour de la Pentecôte, 15 mai 1418. ^ Le lendemain, à sept heures du matin, il quitta solennellement la ville. Sigismond et les autres princes tenaient tour à tour les rênes de son cheval, des comtes de l'Empire portaient le dais au-dessus de sa tête, quarante mille cavaliers l'accompagnaient sur la route. A Gottlieben, des barques l'attendaient au pied de ce château désormais historique qui avait renfermé successivement Jean Hus et Jean XXIIL Le Pape donna la bénédiction au roi des Romains qu'il ne devait plus revoir, puis s'embarqua sur le Rhin, pendant que sa suite
1. F. CosTELORiDs, Martini V vita ex legilimis documentis collecta (Romae, 1641), p. 42 et suiv. — Reumont, Beitràge zur italienischen Geschichte, t. lY, p. 304 suiv.
392 LE GRAMD SCHISME.
longeait les rives du fleuve. 11 se dirigea sur Berne et sur Genève, salué partout par les vivats joyeux des populations catholiques. Il descendit ensuite jusqu'à Milan où il consacra le grand autel de la cathédrale ; il séjourna longtemps à Mantoue et à Florence, avant de revenir dans la Ville éternelle où il fit son entrée solennelle le 30 septembre 1420.
De son côté, Sigismond quitta Constance, le 21 mai 1418, pour visiter ses bonnes villes d'Alsace, puis il rentra enfin dans l'intérieur de ses États. Le roi des Romaips venait de rendre d'éminents services àl'Eglise. Pendant toute cette époque orageuse, sa prudence, sa modération patiente furent d'autant plus méritoires que la nature l'avait fait plus ardent et plus mobile. Nous ne le comparerons pas à Constantin assistant au concile de Nicée, et donnant force de loi à ses décrets ; cependant son rôle, bien qu'inférieur, fut très honorable. Son respect pour l'autorité ecclésiastique ne diminua pas, malgré les scènes regrettables dont il fut parfois témoin à Constance, et malgré la tentation trop naturelle d'accroître son pouvoir impérial dans la mesure où il voyait s'amoindrir la puissance ecclésiastique. Il aurait voulu, au sein de l'assemblée, faire passer avant tout les projets de réforme, car il pensait avec raison qu'une fois l'élection du Pape terminée, on aurait hâte d'en finir et de se disperser.
Il aurait désiré aussi modifier en même temps la constitution de l'Empire ^ , mais il passa toute sa vie à lutter contre de pressantes difficultés, à élaborer mille projets, à nouer mille négociations qui ne purent presque jamais aboutir. Brave, actif, chevaleresque, il
i. Cf. Carl Koehse, Die sogennante Reformation Haiser's Sigismunds, Neues Arcliiv, 1898, p. G90.
avait toutes les qualités qui distinguèrent plus tard notre François i^'. Pourquoi faut-il ajouter quïl ne lui ressembla pas moins par son goût pour les plaisirs, par son amour des entreprises hasardeuses, et des prodigalités qui en firent un souverain toujours besoigneux? Un moment pourtant, Sigismond se laissa entraîner parle conciliabule de Bâle qui outra les mauvaises doctrines de Constance, mais il reconnut bien vite son erreur ainsi que le bon droit du Pape. Il redevint ce qu'il avait été au sein du concile, l'évêque du dehors, et un des plus fermes soutiens de la foi.
Tel fut avant, pendant et après Constance, le rôle du dernier empereur de la famille de Luxembourg.