Pastor, t. I, p
et juste quand on Ta appelée : la résurrection de la chair.
C'est au sein de la noblesse d'abord que cet esprit de désagrégation s'exerce. La chevalerie qui avait été si longtemps le service armé de Dieu et des faibles s'amollit, change de caractère, perd sa légitime indépendance et tombe sous la domination des princes. Un reste de féodalité trop fidèlement conservé accorde certains bénéfices ecclésiastiques à des nobles souvent ignorants et mondains \ parfois trop jeunes, et les souverains tendent à transformer les prélatures en fiefs et les évêques en vassaux. D'un autre côté, l'introduction du droit romain régalien au sein des législations chrétiennes du moyen âge faisait naître les perturbations sociales, minait les assises des vieilles constitutions politiques, anéantissait les anciennes libertés populaires, augmentait le pouvoir arbitraire des princes et favorisait ainsi indirectement toutes les entreprises dirigées contre l'Église et la papauté^.
^ Les germes d'opposition semés à Constance et à Bâle se développaient en détournant les rois et les peuples de recevoir avec faveur les réformes dont l'autorité romaine prenait l'initiative.
Plus tard, le protestantisme trouvera dans les cours dégénérées ses plus fermes appuis, et le prétendu mouvement de moralisation religieuse aura pour principal levier l'immoralité des princes. Ajoutons-y la cupidité des nobles et l'inconsciente ardeur des passions populaires, et nous aurons les trois grandes causes du suc-
1. Jakssen, p. S7S. — Voir les plaintes éloquentes de Pie H à propos de la France : PU II Comment. (Francofurti, 1614).
2. Cf. Janssen, op. cit., t. I, pp. 403, 4S6 et 370. — C'est l'Université de Bologne qui introduisit surtout l'étude exclusive du droit romain et MnuATORi se plaint avec raison de la funeste inDuence que cette législation païenne exerça en Italie, malgré la perfection de sa forme juridique. Cf. Bissertazioni sopra le antichità italiane, 1. 1, p. 349.
ces de celle Réforme faite au sein de l'Eglise malgré l'Église et contre l'Eglise. Bientôtle concile de Trente étudiera les décrets de Reforinatione en même temps que les canons dogmatiques, et les imposera ensemble à tout l'univers catholique pour être un code de lois sages et immuables.
S 3. — Le pouvoir temporel, l'autorité politique et religieuse des papes.
Martin V avait le très sincère désir de promouvoir le progrès dogmatique et de protéger toutes les tentatives de réforme. Mais il comprit bien vite qu'il ne pourrait arriver à ce double résultat sans avoir reconquis d'abord sa complète indépendance dans la sphère de son domaine pontifical. Il voulut retourner immédiatement à Rome pour y rétablir son pouvoir. Par cette résolution intelligente et énergique, il échappait aux obsessions de Sigismond qui voulait le retenir en Allemagne et qui lui offrit tour à tour, comme lieu de résidence, Bâle, Mayence et Strasbourg ^ . Le pontife déclinait du même coup les instances des prélats français qui le suppliaient de retourner en Avignon et d'y présider le prochain concile. « Mon devoir est de revenir à Rome, répondait invariablement Martin V. La cité souffre de l'absence de son souverain ; l'Eglise romaine est la mère de toutes les autres ; là seulement le pape est à son poste comme le pilote à son gouvernail ^. » Pour la vingt-cinquième fois la papauté, un instant exilée, allait rentrer dans ses possessions séculaires ; elle allait se retrouver chez elle. A propos d'un autre retour du pape à Rome, de