Von der Hardt, t. IV, p. lîiSO
2. Platina, Vita Martini F, p. 623. — Cf. Pastor, Histoire des Papes, 1. 1, p. 222.
Maistre fait allusion à la fable d'Antée retrouvant de nouvelles forces après avoir touché la terre, sa mère. Le pontife voulait aussi reprendre la lutte contre l'erreur et le vice avec une vigueur renouvelée en posant le pied sur ce sol béni que ses prédécesseurs avaient conquis par leurs sueurs et leur sang.
Dans quel état Martin retrouvait-il T Italie et la Ville éternelle que la papauté avait faites si glorieuses? L'anarchie régnait partout, et le pape ne gouvernait plus qu'une faible partie du domaine temporel. Les nobles et les communes s'en étaient disputé les lambeaux, pendant que des condottieri, étrangers pour la plupart, parcouraient la péninsule en tout sens, semant partout le carnage et ne laissant après eux que des ruines avec des morts. La famille du pape elle-même, la puissante dynastie des Colonna, solidement établie en Campanie, cherchait à dominer les Orsini et les Conti, et espérait que le nouveau pontife augmenterait sa puissance avec ses domaines.
Les communes se sont développées et fortement organisées pendant l'époque troublée du schisme. Leur jalousie, leurs prétentions et même leur cruauté, qui ne le cèdent en rien à celles des nobles, sont la source de conflits incessants. Rome entre en lutte avec Viterbe, Pérouse s'efforce de dominer Foligno, Ancône combat Recanati, et l'on se demande ce que devient au milieu de ces batailles le pouvoir légitime des pontifes que le malheur des temps a retenus loin de leur capitale. A propos d'une autre époque non moins Iroublée, Dom Pitra a écrit : « Le plus étrange, c'est que l'Église ait pu rester là. Non sans raison, on a multiplié autour des tombeaux des papes l'image des trois enfants dans la fournaise. Il a fallu vivre sur les brasiers et renaître des cendres comme le phénix. Le
vieux Latium était redevenu un volcan, et les catacombes furent creusées dans la pouzzolane brûlante. Le plùs^ solide édifice qui soit sous le soleil a été bâti sur un sol qui tremblait et qui brûlait. Il en sera toujours ainsi, même après la paix, même de nos jours ^ »
Martin, en repassant les Alpes,, savait qu'il allait trouver Rome occupée par des soldats napolitains de la reine Jeanne IL Ils n'évacuèrent la ville qu'en 1419, et c'est seulement en 1420 que le pape put rentrer chez lui pour y être reçu comme un sauveur et y mériter bientôt le titre àepère de la patrie. 11 restaura la Ville éternelle, soulagea la misère des habitants, prit des mesures sévères contre les mutilations de monuments, qui étaient devenues habituelles, rétablit peu à peu son pouvoir dans les États pontificaux et combattit avec énergie le fléau du brigandage, qui était endémique dans la campagne romaine. Un grand nombre de villes, fatiguées d'interminables dissensions, se débarrassèrent de leurs tyranneaux et se réunirent sous la puissance immédiate du pontife. A sa mort, la paix et l'ordre régnaient dans les provinces pontificales. Il y eut cependant encore des troubles sous Eugène IV et sous Nicolas V ; mais les papes en eurent vite raison, soit par l'énergie guerrière des Vitelleschi et des Scarampo, soit par des moyens pacifiques plus conformes à l'esprit de l'Église.
Pendant les huit années du pontificat de Nicolas V, Rome sortit rajeunie de ses ruines, se revêtit d'une nouvelle parure de temples et de palais et s'entoura d'une forte ceinture de remparts. Ce fils du peuple élevé aux honneurs de la tiare fut « le premier des Médicis par l'esprit sinon par le sang 2. » Jules II voulut « que
4. PiTRA, Analecla nomssima (Tuscul., 1883), p. 16. 2. VoiGT, Die Wiederbelebung des classisch&i Alterthum soderdas ers te Jahrhundert des Rumanismus, 1. 1, p. 413 (Berlin, 1880).
les pontifes fussent les maîtres et seigneurs du jeu de ce monde. Or dans l'Italie d'alors, pour être respecté, il fallait qu'un pape fût craint; il n'était pas mauvais qu'il portât la cuirasse : les goûts de Jules II furent à l'avenant. Il a pour plusieurs siècles fortifié les États Romains et affermi la vieille installation pontificale. De Plaisance à Terracine il fit de saint Pierre un puissant propriétaire*. »
Écoutons la constatation de Machiavel : « Naguère, aucun baron n'était assez petit pour ne pas mépriser la puissance papale ; aujourd'hui, un roi de France a du respect pour elle. »
Avec le rétablissement du pouvoir temporel croissait l'influence des pontifes sur les souverains d'Italie et sur les peuples catholiques. La réunion à l'Église de la Grèce schismatique, les efforts pour la croisade et les succès des missions en sont des preuves convaincantes. Déjà le concile de Bâle avait beaucoup travaillé pour conclure un traité de religieuse alliance entre l'Église du Bas-Empire et l'Église de Rome ^. La minorité des Pères s'entendit avec Eugène IV et choisit la ville de Florence pour siège du futur concile d'union (7 et 29 mai 1437). Les envoyés grecs arrivèrent en Europe, discutèrent à Ferrare et se réunirent aux Latins à Florence, grâce à la science de Bessarion ^ et à l'énergie d'Isidore de Kiew.
Mal reçus dans leur pays à cause de ce traité d'alliance, quelques-uns de ces ambassadeurs grecs trahirent la cause de l'union et retombèrent dans le schisme