GoYAU, Le Vatican, p
2. Mansi, t. XXIX, p. 1233 et suiv.; t. XXX, p. 670. — Hardouin, t. VIII, pp. H8o, 1190, 1498 et suiv. — Cecconi, Studi storicî sul Concilio di Firenze, t. 1, 1869. — Haller, Concilium Basiliense, 1. 1, 4« partie.
3. Vast, Le cardinal Bessarion (Paris, 1878), pp. 53 et suiv.
avec tout le peuple. En abandonnant Rome, cette malheureuse Eglise s'abandonnait elle-même. Les Turcs de Mahomet II vinrent bien vite montrer aux soldats dégénérés du Bas-Empire que l'union avec les Latins et une croisade pouvaient seules les sauver.
Cette croisade libératrice, Sigismond et plus tard Maximilien voulaient l'entreprendre : Jeanne d'Arc l'avait conseillée au duc de Bourgogne, Philippe le Bon ; quelques années après, celui-ci fit à Lille le vœu solennel du Faisan ; Savonarole y poussa Florence et l'Italie; Denys le Chartreux, du fond de son cloître, et Christophe Colomb sur ses aventureuses caravelles rêvaient de soulever l'Occident pour combattre les Musulmans. Cette question d'Orient préoccupait toutes les grandes âmes de ce siècle; elle fut aussi l'affaire capitale pour les Papes, qui, seuls, disposaient de l'influence nécessaire pour la mener à bonne fin. Il s'agissait, en effet, d'unir les petites républiques italiennes, d'imposer la paix aux principales puissances occidentales, de faire taire les jalousies séculaires qui divisaient Polonais et Hongrois, d'envoyer des renforts aux chevaliers de Rhodes, à Matthias Corvin, à Hunyade, à Scanderbeg, d'émouvoir l'Europe en un mot et de la jeter sur l'Asie avant que Mahomet II eût eu le temps de rassembler cent soixante mille hommes et de les mettre en marche sur Byzance.
Nicolas V fait trêve à ses occupations artistiques et littéraires pour armer des vaisseaux et envoyer des secours à la capitale grecque assiégée. L'ardent espagnol, qui se nomme Calixte III, est avant tout le pape de la croisade ; nouvel Urbain II, il fait un immense effort pour reprendre Constantinople. Pie II adresse aux peuples et aux princes chrétiens des haran-
gués enflammées et multiplie les pressantes démarches. Indignement abandonné par Venise, il meurt à Ancône sans pouvoir transporter en Orient les troupes que son éloquence a rassemblées. Il était l'âme de la croisade, elle meurt avec lui. C'est en vain que Sixte IV envoie Bessarion en France et en Angleterre, Borgia en Espagne, Capranica en Italie ^. L'esprit de l'Europe est changé ; la vaillance désintéressée semble avoir baissé en même temps que la foi. La chute de l'Empire oriental, l'arrivée en Occident des exilés grecs n'ont pu secouer la chrétienté de sa torpeur et faire tirer les épées du fourreau : c'en est fait des croisades. L'Orient, après avoir subi l'hégémonie déprimante de Byzance, tombe sous le joug honteux et parfois sanglant des Turcs pour des siècles, peut-être pour toujours.
Les pontifes de cette époque reprennent aussi le mouvement des missions que Clément V, Jean XXII et Clément VI avaient inauguré et que le grand schisme avait misérablement interrompu.
Au nord de l'Europe, après avoir balayé les restes du culte de Thor et d'Odin, ils reculent les limites de la foi, et ils reçoivent à Rome le souverain de Danemark et de Norwège ^. A l'est, ils s'efforcent de réconcilier l'Église russe avec l'Eglise romaine et de pousser le grand-duc Iwan contre les Turcs ^. Sur le Danube, la papauté essaie d'arracher au schisme les Valaques, les Bulgares et les Moldaves ^ ; dans le Liban, elle adresse aux Maronites des vœux pour qu'ils confor-
1. Rayxald, 14o6, n» 1 et 8; 14o7, n" 7, 12, 50; 1138, n» 33.