‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 22 sur 186 · Gayet, t. n, p · texte numérisé non relu

Gayet, t. n, p

2. Valois, t. I, p. 63. — Cf. Hefele, Histoire des Conciles, t. X, p. 35.

3. Raynald donne le texte complet de ce document, a. i378, n* 19. — Cf. d'AcHERY, Spicilegium, 1. 1, p. 763. — Du Boulay, flisforia Univ.Paris t. IV, p. 497. '

les V ^ , puis à plusieurs reprises à l'électeur palatin, enfin au comte de Flandre, Louis deMaele, son parent^.

De son côté, Pierre de Lune, le futur Benoît XIII avait envoyé à plusieurs évêques d'Espagne des lettres racontant et approuvant en tout point l'élection d'avril. Tous les jours il récitait à la messe V oraison pj^o Papa pour Urbain^. « Nous avons élu un vrai pape, écrivait-il le 8 avril; les Romains m'arracheraient les membres, avant de me faire revenir sur l'élection d'aujourd'hui. »

On le voit, ce sont les deux futurs papes d'Avignon qui mettent le plus d'empressement et de conviction à défendre la légitimité des actes du conclave, et à annoncer au monde chrétien l'élection d'Urbain VI. Aucune protestation, aucune communication entre eux sur la situation étrange faite à l'Église, aucune crainte pour l'avenir ; tous se comportent comme si l'élection d'Urbain ne pouvait donner lieu à aucune contestation sérieuse.

Quand plus tard on opposera aux électeurs, devenus révoltés, les lettres qu'ils ont écrites aussitôt après l'événement, ils ne trouveront que des réponses faibles et embrouillées ''. Leurs plus subtils défenseurs seront

i. Pastor, Geschichte der Pàpste, 2« édil., 1. 1, p. 686.

2. Raynald, a. 1368, n° 17. — Robert, électeur palatin, écrivit en 1379, au roi Charles V son cousin, qu'il avait eu sous les yeux plus de dixhuit lettres des cardinaux, dont quelques-unes étaient autpgraphes. Elles avaient été écrites, soit à Rome, soit hors de Rome ; quelques-unes émanaient de Robert de Genève. Toutes affirmaient qu'Crbain avait été élu par l'inspiration du Saint-Esprit et que les formes juridiques avaient été respectées. Balcze, Viiae Pap. Avenion., t. II, col. 888.

3. Gayet, t. II, p. 140. Pièees justifie, p. 148-151. — Valois, t. I, p. 73. — Cf. Baluze, t. I, col. 1462.

4. Je n'en veux pour preuve qu'un discours prononcé au concile de Cambrai en 1383, par Guy de Malesset, cardinal de Poitiers, alors légatde Clément pour essayer d'amener les Flamands à l'obédience d'Avignon. Je me propose de publier à part le texte encore inédit qui se trouve à Paris, Bibl. nat., 15561, f 108, et à Rome, Bibl. Vat. Armarium

embarrassés et ne parviendront pas à les justifier pleinement.

De leur côté, à la première annonce de l'élection d'Urbain, les six cardinaux restés en Avignon lui écrivent pour le prier de recevoir leurs respectueux hommages, (24 juin). Ils font placer dans la ville les armes du nouveau pape et deux d'entre eux ordonnent à Gandelin d'ouvrir au pontife les portes du château Saint-Ange.

Donc, les cardinaux des rives du Rhône sont d'accord avec ceux des bords du Tibre pour acclamer Urbain VI. Sur les vingt-trois membres du Sacré- CoUége il n'y a pas une seule exception. D'ailleurs, s'il s'est produit quelque trouble au moment du conclave, ne serait-il pas aisé de trouver, à certaines dates de l'histoire de , l'Église, des conclaves plus mouvementés que celui' de 1378? Faut-il rappeler les élections tumultueuses des papes Silvère, Vigile, Félix IV, Jean XII et de plusieurs autres?

-LIV, vol. XIV, f. 93. Baluze en a reproduit quelques phrases, t. 1, 1106. Le cardinal s'efforce de répondre à cette objection : « lllas (lltteras) non legi, sed supponatur quod ita contineatur... In facto, sic fuit veritas guod dictus Bartholomaeus litteras illas petiit anobis omnibus, fuit sibi responsum guodnunquamde more Sacrum Collegium notificat per litteras electionem Summi Pontificis principibus vel aliis, et sic se habet veritas, et quaeratur audacter ab omnibus principibus christianitatis, siunquam alias ante illam intrusionem litteras de hoc a Sacro Collegio recéperunt et récipient. Ipse tamen, hoc non obstante, cum instantia habere voluit. Ad quem finem? bene potest cogitare. Vidit enim quod, propter notoriam violentiam in electione faetam, mundus non obedivisset ei, sicut nec débet. Ad attrahendum mundum in obedientiam sui litteras habere voluit, et multa alia dolosa ad finem istum operatus est, quae essent nimis longum enarrare. » Ces lettres ne prouvent rien, ajoute-t-il, parce qu'elles ont été écrites dans la ville même où les cardinaux ont eu peur, parce qu'elles ne peuvent par elles-mêmes revalider une élection juridiquement nulle, et enQn parce qu'elles ont été contredites et annulées par d'autres actes authentiques, faits plus tard à Anagni ou à Fondi et procédant des mêmes personnes.

Personne cependant n'a douté et ne doute de la validité de ces choix.

Le récit que nous venons de faire s'appuie sur des documents nouveaux, qui émanent pour la plupart des futurs partisans de Clément Vil. Ces pièces sont plus nombreuses d'ailleurs que celles qui procèdent des amis d'Urbain. Quand les Clémentins sont d'accord avec les Urbanistes sur certains détails des faits., ou lorsque les premiers émettent des assertions qui sont favorables à la cause du pape de Rome, on peut être de leur avis sans crainte de se tromper ^ .

Donc, de l'aveu de tous, la pacification était complète dans les. premiers mois du pontificat d'Urbain : on ne semblait plus se souvenir des journées si agitées d'avril. Le pontife élu à Rome était accepté sans hésitation non seulement par le Sacré-Collége, mais encore par tout l'univers catholique. Mais si l'élection d'avril est incontestable, l'élection de septembre est illégitime. Urbain et ses successeurs sont donc les vrais papes de Rome, ils appartiennent à la véritable lignée qui remonte à Pierre et qui descend jusqu'à Léon XIII. Ceux qui, comme M. Chénon^, appellent le futur

1. Nous avons déjà cilé un bon nombre d'auteurs catholiques de notre temps qui affirment comme un fait indubitable la légitimité de l'élection romaine. Ajoutons-y les noms des historiens protestants Leo et Botta, Histoire de l'Italie, t. II, p. 316. (trad. Dochez, 1844). — Siebeking, Beitrâge zur Geschichte der grossen Kirchenspaltung, Dresde, 1881, p. li, note 3. — HiNScniHS, System des kathoHschen Kirchenrechts, 1. 1, p. 271. Berlin, 4889. — Sismoxdi, Précis de V Histoire des Français, (édit. Bruxelles), t. VII, p. 342. — Gregorovics, Geschichte der Stadt Rom im Mittelaller, t. YI, p. 484. (Stuggart, Gotha,- 1878.)

2. Histoire générale publiée par Lavisse et Rambaud, t. III, p. 319. — Nous aimerions mieux cependant qu'on employât le terme de faux pape. L'élection des pontifes d'Avignon n'a pas eu ce caractère odieux que nous présentent les élections anticanoniques des antipapes qui, dans les siècles précédents, sont montés illégitimement sur le siège de saint Pierre. Nous prouverons plus tard aussi que le mot schisme est mal

Clément Vil un antipape, se fondent sur les documents les plus certains de l'histoire, et c'est l'opinion qui prévaudra dans l'avenir.

choisi au point de vue ihéologique. Il n'y eut nullement désobéissance au véritable pasteur, ce qui constitue à proprement parler le schisme, (Voir ch. Vin de ce livre.)

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