CHAPITRE TROISIEME
l'élection de clément VII A FONDI
§ 1. — Les causes.
Quelques semaines après l'élection d'Urbain, plusieurs cardinaux, ceux de Glandève et de Vergne en particulier, avaient fait tenir de secrets avis à leurs collègues restés en Avignon. Ils avaient également mis les souverains d'Europe en garde contre les récits officiels précédemment envoyés. Ils avaient pris soin surtout d'avertir le roi Charles V, soit par des lettres confidentielles, soit par des messages officieux. On entendait déjà je ne sais quel bruit sourd de révolte et de trahison, et aucune communication émanée de Rome ne venait rétablir l'exacte vérité.
Au contraire, les ambassadeurs du pape romain auprès des princes n'eurent rien de plus pressé que de trahir celui qui les déléguait. Ils furent d'ailleurs mis en route trop tard, à l'heure où des rumeurs défavorables à Urbain commençaient à se répandre. De plus, la conduite de l'un d'eux semble nous mettre en face d'une rare figure de traître. Pierre de Mûries, délégué au roi Charles, s'acquitta sans doute correctement de sa mission extérieure et publique. Mais, suborné par certains
cardinaux et par le camerlingue, ce diplomate sans scrupules nia tout bas ce qu'il était chargé d'affirmer tout haut ; il sema le doute et éveilla toutes les défiances au sujet de la légitimité du pontife qui l'avait accrédité. Il se fit l'écho de tous les bruits malveillants ; il raconta avec mille détails exagérés les violences que les Romains auraient exercées sur le Sacré-CoUége avant et pendant l'élection ^.
Une seconde ambassade, composée de Jacques de Ceva et de Raymond de Capoue, confesseur de sainte Catherine de Sienne, auxquels devait s'adjoindre l'évêque de Valence, Guillaume de la Voulte, n'arriva jamais jusqu'à la cour de Charles V. Ceva et Guillaume embrassèrent plus tard le parti adverse ^.
En Castille et en Portugal, l'ambassadeur Jean de Roquefeuille joua le même rôle équivoque. Il sera toujours dans la destinée d'Urbain d'être trahi par ceux qu'il aura chargés de défendre sa cause et promus aux plus hautes dignités ^.
Grâce à ces manœuvres déloyales, certaines hésitations s'étaient fait jour au delà des Alpes, à Paris comme à Avignon, chez les pouvoirs civils comme parmi les autorités ecclésiastiques. On se demandait, avec une curiosité inquiète, ce qui allait se passer à Rome et en Italie.
Les événements se chargèrent bientôt de la réponse.
Tout d'abord, nous l'avons dit , les cardinaux n'avaient point considéré Urbain comme un pontife illégi-
1. Valois, 1. 1, 92. — Christine ve Visxy, Livre des Fais et bonnes mœurs du sage roi Charles V, III, S2.
2. Cf. Denifle, Chartularium, t. III, n" 1613. Les dix lettres que publie le savant dominicain ont été retrouvées récemment dans les archives de l'Étal, à Sienne, où elles ont été rapportées sans doute par Raymond de Capoue lui-même. — Cf. Valois, 1. 1, p. 124.