‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 29 sur 186 · Baluze, col · texte numérisé non relu

Baluze, col

Nous n'en avons pas le texte exact, mais nous en connaissons la teneur générale. Elle encourageait les dissidents à persévérer dans leurs desseins, à élire un pape qui serait agréable à la France et à compter sur des secours d'hommes et d'argent * .

Cette lettre ôtà sans doute aux cardinaux leurs derniers scrupules. Le 20 septembre, les treize prélats se réunirent dans le palais de Gaetani à Fondi, entrèrent en conclave et-élurent Robert de Genève à l'unanimité, moins une voix. Les trois cardinaux italiens, se sentant joués, n'avaient point participé au vote; mais ils regardèrent l'élection de Fondi comme canoniqpie. Le nouveau pontife prit aussitôt le nom de Clément VIT.

§ 2. — Clément est reconnu par plusieurs nations.

Robert était allié aux principales familles de l'Europe, et il était, du côté maternel, petit cousin du roi de France. Son frère était comte de Genève, et sa mère comtesse de Boulogne. Nommé, jeune encore, évêque de Thérouanne , il avait occupé ce siège pendant sept ans, puis celui de Cambrai pendant quatre, sans donner d'ailleurs à ses diocésains aucun sujet de plainte sérieuse. Sa taille était imposante, sa voix sonore, son extérieur affable, son esprit délié et insinuant. Homme de haute lignée, il aimait et protégeait les nobles, les gens d'armes et les artistes. Mais il y avait dans sa vie une tache que rien ne pouvait effacer. L'année précédente, il avait dirigé contre la ville de Césène, rebelle au Pape, des bandes de mercenaires étrangers et on

1. Valois, t. I, p. 99 et suiv. Vers la même date, le roi écrivait à Jeanne de Naples pour recommander les cardinaux dissidents. Lettre retrouvée par M. Noël Valois à la bibl. de Cambrai, ms. 940, n" 92.

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disait qu'il avait couvert de son autorité leurs débordements de toute sorte. Ces cruautés avaient excité l'horreur de l'Italie tout entière. Robert y était plutôt considéré comme un chef de condottieri que comme la représentation vivante du bon pasteur.

Ce n'est pas d'ailleurs du côté de sa conscience que lui venaient les obstacles. C'est ainsi qu'il n'éprouvera aucun scrupule, comme nous le verrons par la suite, à octroyer au roi de France la nomination aux bénéfices les plus considérables du royaume \ et à disposer, au gré de sa politique, des États pontificaux. Il n'hésitera point, par exemple, à abandonner une bonne partie de ce patrimoine sacré à l'habile duc d'Anjou pour lui permettre de créer le fantastique et éphémère royaume d'Adria ^. C'est même dans cette vue que l'élu de Fondi sacrifia son désir de s'établir immédiatement à Avignon. Il resta en Italie jusqu'à l'année suivante afin d'y fomenter ou d'y accroître la discorde ^ et pour essayer d'y établir sa trop précaire autorité.

Voilà donc le schisme consommé. Les cardinaux viennent de déchirer de leurs propres mains la robe du Christ. Avaient-ils eu, pour agir, des raisons suffisantes? Nous ne le pensons pas. Et qui donc le croira? Les craintes qui ont pu peser sur l'élection d'Urbain ont-elles nécessairement porté atteinte à la liberté des électeurs? Que dire, d'ailleurs, de cette réélection silencieuse qui a duré de longs mois? De plus, leur coaduite est trop souvent marquée au coin de la passion, et les considérations d'intérêt personnel y tiennent trop

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