Bulle du 6 jamler 1380 adressée à Charles V
2. DuRRiEu, Le royaume d'Adria, Revue des questions liistor., 1880, t. XXVm, p. 43.
3. Valois, t. I, p. 167. — Froissart, t. XVI, p. 67. — Chronic. Karoli VI, I. XI, c. 9.
de place. Ah! s'ils avaient pu prévoir combien le monde chrétien serait divisé, combien de consciences seraient scandalisées et d'âmes torturées par le doute dans toutes les parties de l'univers catholique ; s'ils s'étaient rendu compte des progrès de l'hérésie en Angleterre et de sa propagation en Bohême; s'il leur avait été donné d'entendre les dérisions et les insultes des ennemis de notre foi M . . Si encore on leur avait pu prédire que cette scission sacrilège allait durer quarante ans, abaissant le pontificat suprême dans l'esprit des fidèles et des princes, ajournant indéfiniment tous les projets de réforme et engendrant toute espèce de maux religieux ou matériels! Sans doute ils auraient reculé devant les funestes suites de leurs actes, aussi inconsidérés qu'injustes. Une troisième fois, s'ils l'avaient cru nécessaire, ils auraient élu Urbain, ou ils auraient supporté avec plus de patience les conséquences du premier choix, dont ils étaient les seuls auteurs.
Sainte Catherine de Sienne, la voyante inspirée, fit d'amers reproches aux trois cardinaux italiens, qui avaient abandonné Urbain. Ces récriminations trop justifiées tombent, à plus forte raison, sur les prélats français qui ont poussé à la rébellion. « Vous avez tourné le dos comme de lâches chevaliers, leur écritelle... C'est vous-mêmes qui m'avez enseigné à ne plus vous croire... Qui n'est pas pour la vérité est contre la
1. Voici comment s'exprime un rimeur anonyme dont les quatrains ont été retrouvés à Rouen par M. N. Valois, 1. 1, p. 383 :
Les sacrements faudront si le scisme demeure,
Juifs s'esjoiront, Sarrasins sans demeure
Assau front cresMens. Gis est nés de mallieure
Qui contre le ConseU (Concile général) pour le scisme labeure.
Cf. 0pp. Gerson. II, col.Ho. — Martène, TAesatM-its, t. II, col. 'Ho9. — H. DE Langenstein, Invectiva, V, 243. Epistola Pacis, U, 30. — Chronic. Karoli VI, 1. II, c. 2. — Froissart, t. XI, p. 251..
vérité. Qui ne fut pas à Fondi pour le Christ sur terre, pour le pape Urbain, fut contre lui. Je vous dis que vous avez mal fait, vous et l'antipape, je répète qu'on a choisi un membre du diable. Si Clément eût été membre du Christ, il eût mieux aimé mourir que de consentir à un si grand mal, parce qu'il connaît la vérité comme nous et ne peut s'excuser par ignorance * . »
Dès le jour même de l'élection, les cardinaux de Fondi prirent soin d'annoncer au monde catholique qu'ils avaient choisi Clément VII.
Pendant que les fidèles, étonnés et scandalisés, se demandaient quels pouvaient être les motifs d'un revirement si inattendu, Urbain prenait des mesures pour défendre ses droits violés. Le 29 novembre 1378, après enquête et en pleine connaissance de cause, le pape de Rome lançait une bulle d'excommunication contre Clément et frappait avec lui tous les principaux fauteurs du schisme, « ces ouvriers d'iniquité et de perdition^ ». Personne ne devait leur donner l'hospitalité ; quiconque prendrait part à une expédition dirigée contre eux jouirait des mêmes avantages spirituels qu'un croisé de Terre-Sainte.
C'était déjà un cri de guerre. En outre, les sujets de tous les princes qui protégeraient le nouveau pape étaient déliés du serment de fidélité, que leurs souverains fussent rois ou évêques. C'était un appel aux armes spirituelles.
De son côté, Clément ne restait pas inactif : ilen-
i. Lettre 31», apud Raynald, a. 1378, n»' 53 et S9. — Ibîd., a. 1379, n»' 21 et 23. — Bn Boulay, t. IV, p. S18. — Chayik de Mala>-, Histoire de sainte Catherine de Siemie, t. II, p. 462.