Raynald, a. 1378, n
voyait des légats de distinction aux souverains et aux princes catholiques, en particulier à Charles V.
Le roi de France, nous l'avons vu, était déjà gagné à la cause des cardinaux. Ses intérêts politiques le portaient vers Avignon et le détournaient de Rome : il n'eut pas de peine à se rendre aux arguments de Clément VII et des siens. Mais comment entraîner l'Université, les évêques, le pays tout entier dans le camp du schisme? L'Université avait dès l'abord chanté le Te Deum à l'élection d'Urbain. Elle-même avait envoyé des ambassadeurs à Rome pour lui présenter ses hommages, et Henri de Langenstein s'était acquitté, en son nom, de ce message. Jusqu'au mois de juillet, le pape de Rome fut presque universellement reconnu en France. Mais, à partir de cette date, les cardinaux d'Anagni avaient envoyé des émissaires au roi, aux universitaires, aux membres du Parlement. En passant par Avignon, ces messagers de discorde avaient trouvé cinq cardinaux sur six déjà gagnés à la cause de la révolte. Ceuxci joignirent leurs lettres à celles de leurs collègues d'Italie. Tous invitèrent Charles à accorder sa protection au Sacré-CoUége. « Ces bons amis cardinaux étaient au roi et de sa pension, » disent naïvement les grandes Chroniques de France * .
Le souverain convoqua alors une grande réunion du clergé devant laquelle les délégués clémentins parlèrent contre l'élection d'Urbain. Ce petit concile national ne donna point de décision formelle , mais conseilla à Charles de garder une prudente expectative. « La matière est moult haulte, périlleuse et doubteuse, » dirent les membres de l'assemblée^. Le roi tint
■1. T. VI, p. 441 (édit. P. Paris). — Cf. Benoist, La politique du roi Charles V, p. 218.