‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 34 sur 186 · Valois, p. 212 et suiv · texte numérisé non relu

Valois, p. 212 et suiv

chercher les motifs de ces adhésions, qui d'ailleurs ne furent jamais unanimes, mais uniquement dans les alliances et dans les passions politiques.

g 3. — Délimitation des obédiences.

On le voit, la révolte s'était allumée comme une traînée de poudre dans presque toute l'Europe occidentale. Que restait-il donc à Urbain? La majeure partie de la chrétienté lui demeurait fidèle. D'abord l'Empire, dont le chef Charles IV s'était, dès la première heure, déclaré en sa faveur. Il fit reconnaître par lui, comme roi des Romains, son fils Wenceslas, et sut défendre avec succès devant la diète l'élection pontificale, dès que celle-ci fut contestée. Outre la vérité des faits qui légitimaient le pontife de Rome, des raisons diplomatiques lui dictaient d'ailleurs sa conduite. Depuis le séjour des papes à Avignon, l'Empire avait perdu presque toute son influence dans l'Église. Puisque Urbain voulait régner à Rome, il était de bonne politique de le défendre contre les cardinaux français.

Malheureusement pour le pontife romain, l'Empereur mourut le jour même de l'élection de Fondi, le 20 septembre 1378. Son fils Wenceslas ne pouvait que marcher sur ses traces ; mais il n'égalait son père ni par la culture intellectuelle, ni par l'habileté politique, ni surtout par la dignité morale. Néanmoins quand les envoyés du roi de France voulurent l'entraîner dans le schisme, il les reçut assez mal à Francfort : au repas qui leur fut offert, on les servit à une table à part comme schismatiques. C'était en février 1379. Somme

toute, malgré quelques défections partielles, l'Empire demeura attaché au pape de Rome ^ ,

Peut-être faut-il attribuer cet échec de la politique française à la présence des ambassadeurs d'Angleterre. Ici encore, l'intérêt du roi d'outre-Manche était d'accord avec les sentiments nettement urbanistes du clergé et du peuple jfidèle. Les Anglais avaient eu à se plaindre plus d'une fois, depuis un demi-siècle, de la sourde malveillance des papes d'Avignon. Comme on l'a dit, le schisme de Charles V, l'ennemi héréditaire, raffermissait indirectement l'orthodoxie de Richard II. Le Parlement, de son côté, montrait une intolérance intraitable pour les Clémentins.

Le cardinal de Poitiers, Guy de Malesset, ne put jamais pénétrer en Angleterre pour y exposer et y défendre la cause de l'élu de Fondi. Dans les provinces du continent, soumises, soit à l'autorité, soit à l'influence anglaise, la lutte commence entre les deux obédiences et se continue longtemps avec des chances diverses. Dans la région du sud-ouest, Urbain l'emporte ; en Bretagne, c'est Clément qui règne, mais non sans conteste. D'un autre côté, la fidèle Irlande se prononce en grande partie pour Rome.

En Flandre, la situation était plus compliquée. Le pays était rattaché depuis longtemps à la France par sa situation géographique, par les liens politiques et par son prince, Louis de Maele, beau-père du duc de Bourgogne, frère de Charles V. Mais le peuple flamand,

1. Ainsi le duc Léopold ni d'Autriche, vendit son adhésion à Clément VII pour 120,000 florins d'or. Metz, Toul et Verdun furent, dés l'origine, inféodés au pape d'Avignon. Albert de Bavière, Wenceslas de lauxembourg, Adolphe de Clèves, Robert de Bar, Jean de Lorraine, se déclarèrent clémentins.

indépendant par nature et par tradition, avait tout intérêt, au point de vue commercial, à s'orienter vers l'Angleterre. Quand, par suite de la guerre, les laines anglaises n'arrivaient plus à Damme, à l'Écluse, à Gand, à Bruges ou à Ypres, la puissante et remuante bourgeoisie de Flandre se plaignait du Comte, et parfois armait contre lui les belliqueuses milices des villes et des campagnes. Cette année même, en 1378, les Gantois soutenus par les Anglais, venaient de commencer un soulèvement qui allait durer sept ans.

D'ailleurs les Flamands avaient d'excellentes raisons pour croire à la légitimité d'Urbain et pour lui rester opiniâtrement attachés. Qui donc avait averti Louis de Maele de l'élection faite à Rome et de sa canonicité ^ ? C'était celui-là même qui, cinq mois plus tard, allait devenir l'adversaire du pontife qu'il avait proclamé légitime, c'était Robert de Genève. Le pape de Fondi avait donc mauvaise grâce à combattre une conviction qui s'appuyait sur sa propre parole.

Quelques mois plus tard, le cardinal Pileo de Prata avait écrit de Venise à Louis de Maele et avait confirmé le premier choix du Sacré-Collége ^. Les lettres en sens contraire du cardinal de Pampelune ne purent le faire changer d'avis. Enfin le clergé de Flandre avait engagé le Comte à s'entourer de toutes les lumières et à consulter la savante Université de Bologne. La réponse avait été favorable à Urbain.

C'est donc en toute connaissance de cause que Louis de Maele se sépara de la France et résista à toutes les sollicitations clémentines. Il le fit connaître fièrement dans un acte public : « Nous sommes prêt à nous

•1. Meyer, Annales rerum Flandricarum, p. 469. — Raysald, a. 1378, n'» 47 et 62.

2. Du BOBLAY, t. IV, p. 44. — D'AcHÉRY, Spicilegîum, t. ni, p. 743. LE GRAND SCHISME. 5

en rapporter à la décision du concile général, dit- il. Nous ne voulons en aucune façon nous écarter de l'unité de l'Eglise, mais nous n'abandonnerons jamais l'obédience d'Urbain VI, qui fut élu en premier lieu et que nous avons tenu jusqu'à présent pour vrai pape^. »

Si le prince, le clergé et le peuple se déclaraient pour le pontife romain, par contre, les quatre évêques du pays se tournaient vers Clément. Celui de Cambrai, Jean T'Serclaes, et celui de Thérouanne, Pierre d'Orgemont, étaient l'un comme l'autre les successeurs de Robert de Genève. L'évêque d'Arras, Pierre Mazuyer, dépendait, comme les deux précédents, de la métropole de Reims pour le spirituel ; au temporel, il était le sujet de Marguerite, comtesse douairière de Flandre et toute dévouée à Clément. Quant à Tournai, la ville appartenait au roi de France depuis Philippe-Auguste ; elle était française de langue et de sentiments, et son chapitre venait d'élire comme évêque Pierre d'Auxy, un Bourguignon-.

Donc, d'un côté les fidèles, le prince et le bas clergé, de l'autre les hauts pasteurs, telle était la situation de la Flandre. Les conseils, les discours et les ordres du roi de France ou de ses envoyés n'y eurent dès l'abord aucun genre de succès^. D'avance leurs rapports étaient considérés comme suspects.

Les Flamands qui appartenaient au diocèse de Cambrai prévinrent leur évêque T'Serclaes qu'ils étaient dans l'intention de rester provisoirement dans l'obédience d'Urbain. Ceux qui dépendaient de l'évêché de

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