‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 46 sur 186 · Bibl. nat., ms. lat. 13361, f · texte numérisé non relu

Bibl. nat., ms. lat. 13361, f

ponds : Il n'y a pas de raison pour refuser au moins de nous entendre. Est-ce ainsi que vous agissez à l'égard des infidèles? Évitez- vous de vous entretenir avec eux? Qu'avez-vous à craindre d'une libre discussion, si vous êtes convaincu de la légitimité de Barthélémy?

a II y a dans cette conduite un triple abus. On refuse de prêter l'oreille à ceux qui seuls connaissent les faits et on écoute le seul cardinal de Ravenne (Pileo de Prata), qui était absent de Rome et se trouvait en Flandre au moment de l'élection d'Urbain.

« On répugne à admettre le témoignage de ceux qui sont au-dessus de tout soupçon, et on accorde confiance à des dépositions suspectes, provenant de personnes à qui Barthélémy a prodigué ses faveurs.

ce Enfin on donne sa confiance à des hommes dont le témoignage suspect et mensonger a fréquemment varié. Au contraire, les cardinaux de Clément ont toujours répété la même vérité, à savoir que l'élection d'Urbain leur a été arrachée par la peur. Pourquoi donc refuser de me recevoir en Flandre? Pourquoi faire injure à celui que vous ne voulez pas écouter ; pourquoi garder à son endroit un silence inconvenant? »

Dans un second point, le cardinal pose trois conclusions : 1° L'élection de Barthélémy a été faite sous l'impression de la crainte. Les cardinaux ont été placés dans cette alternative : mourir ou condescendre aux désirs des Romains révoltés. 2° Ce choix du Sacré- CoUége ne donne légalement aucun droit à Barthélémy ; 3° Rien dans la suite n'a pu légitimer cette élection.

Enfin Guy de Malesset répond à certaines objections faites à propos de la conduite des cardinaux après l'élection d'Urbain et s'efforce, sans grand succès d'ailleurs, de les disculper. Il termine par une exhortation pathétique à la paix, à la conservation intégrale

de la foi, à l'édification et à la dilatation du corps de l'Église.

Tel est, dépouillé de sa forme trop sèche et de ses divisions sans nombre, le sermon jusqu'ici peu connu prononcé par le cardinal clémentin. Ce n'est point un acte isolé concernant seulement le pays de Flandre : il donne une idée exacte de l'état d'âme des envoyés du pape d'Avignon et des sentiments qui s'exprimaient dans les conciles de l'époque. Sous forme d'objections ou de réponses, il résume les raisons des deux partis qui se partageaient alors la France et le monde chrétien.

Il n'est jamais question, on le voit, d'une division de races qui placerait d'un côté les peuples latins et de l'autre les nations germaniques ^ . Il ne s'agit pas non plus, d'une façon exclusive, de l'influence ou delà suprématie française acceptée par les uns et contestée ou rejetée par les autres 2. Le problème est plus grave, plus diflicile et plus profond; car il s'agit de l'unité de l'Église. C'est une question qui trouble partout les consciences chrétiennes jusque dans leurs plus secrets replis. Ni les saints, ni les docteurs en droit ou en théologie, ni les conciles particuliers eux-mêmes n'en peuvent donner une solution agréée de tous, et le schisme continue partout ses déplorables ravages.

1. Hôfler a soutenu cette singulière opinion, Anna von Luxemburg, p. 119.

2. cf. GoTTLOB, Karls ÎV prîvate uhd politische Beziehungen zu frawAreicTi, p. 128.— Valois, 1. 1, p. 302.

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