‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 48 sur 186 · FnoiSSART, t. IX, p · texte numérisé non relu

FnoiSSART, t. IX, p

peut-être cet échec contribua-t-il grandement à précipiter sa fin.

La scène des derniers moments de Charles V a été admirablement racontée par Philippe de Mézières : c'est une des plus belles de notre histoire. C'est au château de Beauté, près de Paris, qu'il passe ses derniers jours. Ses amis et ses conseillers sont réunis autour de lui : « Merci d'être venus en ce moment suprême, leur dit-il. Vous tous qui êtes ici, vous savez ce qu'ont fait les cardinaux; vous avez lu leurs rapports. J'ai suivi leurs conseils et j'ai cru en cela prendre le parti le plus sûr. J'ai donc cru et je crois encore fermement que Clément VII est le vrai pa:steur des fidèles. Aucune considération temporelle ou étrangère ne m'a dicté ce choix. D'ailleurs, je m'en rapporte au concile général qui devra décider la question. Dieu veuille ne pas me reprocher ce que j'ai pu faire à mon insu contre cette future décision de l'Église ^ ! »

Ce testament ecclésiastique de Charles V donne le résumé de son œuvre, la vraie note de son intervention dans le conflit religieux. Le roi met à nu sa conscience devant l'histoire comme devant les chefs de son peuple. Il croit ne s'être pas trompé dans son jugement. Peutêtre cependant les objurgations de Pierre d'Aragon et de Catherine de Sienne ont-elles agi sur son esprit? Peut-être les lettres et les avances d'Urbain ainsi que les tendances avouées de Clément lui ont-elles inspiré quelques doutes tardifs ? Le monarque s'en rapporte à la décision du tribunal suprênie et l'accepte par avance.

Ainsi tombent toutes les appréciations que les au-

1. Cf. Hacréah, Notices et extraits de qq. mss. latins de la Bibl. Nation., 1. 1, p, 3'40. Cette relation publiée pour la première fois par Hauréau a servi de base à celle que nous trouvons dans Christine de Pisan et qui est incomplète.

teurs étrangers ont formulées sur le rôle de Charles V au milieu de ces déplorables malentendus. Il ne s'est pas laissé guider uniquement par des considérations politiques, par le souci de l'influence française, encore moins par le désir d'asservir la papauté et d'être, non plus l'évêque du dehors, mais le pape du dedans. Charles n'avait rien de l'astuce emportée de Philippele-Bel, mais il n'avait pas non plus l'âme héroïquement sainte de Louis IX. Son action fut celle d'un roi chrétien qui se laisse guider par des motifs de conscience, mais qui se réjouit pourtant de voir que les intérêts de sa politique sont d'accord avec ce qu'il croit être le bien de l'Eglise. Si le roi ne fut pas dans le bon chemin, tout au moins resta-t-il dans la bonne foi.

S 2. — Les événements en Italie et en Flandre.

Son fils, qui lui succédera sous le nom de Charles VI, n'apportera dans ce grand litige ni la même largeur de vues, ni la même sagesse de conduite, ni le même esprit de suite.

Le duc d'Anjou, régent de France, avait des motifs spéciaux de protéger Clément. Son ambition, servie par de grands talents politiques et militaires, cherchait une couronne. Ne pouvant aspirer à celle de France, il avait voulu pour un temps conquérir celle de Minorque. Il prétendait maintenant à un trône en Italie, et comptait sur le pape d'Avignon pour l'aider dans cette hasardeuse entreprise.

Déjà, en 1379, Clément lui avait donné le titre de roi vassal du Saint-Siège. II lui avait permis de se tailler un royaume dans les Etats mêmes du Saint-Siège, et parce que ces provinces ainsi abandonnées se trouvaient le long de la mer Adriatique, il avait donné à

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ce territoire le nom de royaume d'Adria ' . De plus, le pape français négociait avec Jeanne de Naples, qui n'avait point d'enfants, pour qu'elle se décidât à faire du duc d'Anjou son fils adoptif.

Une expédition militaire en Italie devant être la suite de ces projets : Clément espérait que ce moyen ferait rentrer par force toute la péninsule sous son obéissance.

Cette campagne fut entreprise, en effet, au commencement de l'année 1382, mais elle ne produisit pas les fruits que le pape d'Avignon en attendait. Il avait mis pourtant les revenus apostoliques à la disposition du futur roi de Naples, et celui-ci était descendu des Alpes à la tête d'une des plus brillantes armées françaises qui aient jamais envahi la péninsule.

Comme tant d'autres expéditions qui ont eu l'Italie pour théâtre, cette entreprise hardiment commencée finit mal : Louis d'Anjou y trouva une mort peu glorieuse, son armée se dispersa et l'obédience d'Avignon n'en fut nullement augmentée. — Peu après, Clément se berça de l'espoir que la campagne contre les Gantois révoltés, entreprise par Charles VI, dompterait enfin l'opiniâtre Flandre et la ferait revenir à lui. Le roi avait fait déployer l'oriflamme parce que les Flamands étaient urbanistes et par conséquent schismatiques. De son côté, le chef des Gantois, Philippe van Artevelde, adressait aux Français le même qualificatif^.

C'était, semblait-il, une guerre de religion. La victoire éclatante de Roosebeke confirma Clément dans

1. DuRuiEH, Le royaume d'Adria. Revue des questions historiques, i" juillet 1880. — Jaruy, La * voie de fait » et l'alliance franco-milanaise, Bibl. de l'École des Chartes (1892), p. 21S.

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