‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 53 sur 186 · pp. Gerson., t. Il, col · texte numérisé non relu

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. 3. Ibid., col. 9aC. — « Plusieurs conciles œcuméniques se sont trompés. Selon quelques grands docteurs, le concile général peut errer in facto, injure, et quod magis est in fide, dit le cardinal de Cambrai, au sein du concile de Constance. Von der Hardt, Rerum^ conc. œcumen. Constant, t. II, col. 20J. A peine sorti des études, d'Ailly soutenait à Paris cette même opinion, Utrum Pétri Ecclesia rege gubernetur! 0pp. Gers., t. I, col. 689. Comme Bossuet, l'évêque de Cambrai n'a donc jamais varié sur ce point. Mais qu'est-ce qu'une pieuse croyance, quand les faits positifs viennent la contredire? — Cf. Bouix, De Papa, t. I, p. 472.

4. Defensio declarationis cleri gallicani, p. II, lib. VI, c. 20.

Les Ilussites, les Protestants et les Gallicans les plus audacieux n'ont guère dépassé ces théologiens de Paris dans leurs négations les plus erronées, quand ils contestent non seulement lesjimiles, mais encore l'origine des-droits du Pape. Npus ne voulons retenir de ce système que cette affirmation alléguée et soutenue alors par plus d'un docteur, et que, depuis cette époque, l'Eglise gallicane a faite sienne : le concile général est supérieur au Pape ^ .

Est-ce à dire que dans un temps de calme pour l'Église, les évêquès réunis soient siipérieurs à celui qui doit les présider, que ce dernier tienne d'eux tous ses pouvoirs, que le corps soit supérieur à la tète en un mot? Non, car l'hypothèse serait absurde.

Mais le tort du Gallicanisme consiste à profiter des époques exceptionnelles de trouble et de schisme et dès mesures parfois fâcheuses qu'elles entraînent, pour séparer ce qui doit être uni, pour proclamer que l'aristocratie ecclésiastiqae est supérieure à son souverain naturel, qu'elle a le droit de l'élire, de le priver de certaines prérogatives, de le juger et même de le déposer.

Sans doute, les cardinaux de Fondi avaient donné un fjmejte exemple : à cause d'eux, la désunion régnait à cette époque dans l'Église; sans doute le concile, c'est-à-dire la réunion générale des évêques, pouvait seul, peut-être, apporter un remède à tant de. maux: mais on ne doit jamais faire de l'exception une

i. Th. de NiEM, De modis uniendi,Opp.Gerson.,i. II, col. l"2etsuiv. Ce traité, longtemps attribué à Gerson et inséi'é dans ses^uyres, doit être restitué à Tliierry de Niem. Bouix a tort de se servir des textes tirés de cet ouvrage pour incriminer le Chancelier. De Papa, t. -I, p. 479. — Cf. PASTon, t. I, p. 303. — Erler, Dietrich von Nieheùn, p. 473.

règle et de la division un fait normal et naturel. Un expédient temporaire inventé pour faire cesser un désordre accidentel ne saurait devenir une loi perpétuelle et un dogme de foi ^

C'est pourtant ce qu'auront le malheur de faire plus tard les théologiens révoltés de Constance et de Bâle. Ce que nous voulons démontrer, c'est que ces théories aujourd'hui condamnées sur la supériorité du concile ne datent point de 1415 et de l'assemblée de Constance 2, encore moins de la codification qui en a été faite dans les quatre articles de 1682.

Elles ont été introduites dans l'Eglise par un certain groupe de théologiens amoureux de nouveauté ; ils les ont inventées et soutenues dès la fin du XI Y** siècle, au sein même de l'Université. C'est Paris qui a fait Constance. A certaines époques particulièrement troublées, on verra reparaître au grand jour ces déclarations fausses, et funestes, attentatoires à l'autorité du pontife roinain. ' .

Cette doctrine gallicane, c'est une « opinion que le t*ape souffre et tolère malgré lui... qui est de peu de personnes, qui est contraire à l'opinion commune et dont on se moque partout ailleurs, et même en France ».

i. « Jamais on ne fera proclamer ces doctrines (gallicanes) qu'en temps de trouble pour rÉglise », écrira Bossuet à Le Tellier, au moment de la Déclaration de 1682. Voir le chapitre xv de notre ouvrage.

2. D'excellents théologiens, comme Ruard Tapper, André Duval, Th. Raynaud, Bannez, Ballerini, etc.. professent l'opinion contraire, et pensent que ces doctrines ont été inventées de toutes pièces à l'époque méme.du concile. Nous croyons être en mesure de prouver qu'ils se trom- -pent. U nous serait facile de montrer, si nous le pouvions sans sortir de notre sujet, que toutes les erreurs de ce temps si troublé ont été soutenues d'abord dans les discussions hardies de la rue du Fouarre. — Cf. HAURiiAu, Notice sur le n° 16409 des mss. latins de la Bibliothèque nationale, Paris, 1893.

Ainsi la jugera Pierre de Marca, archevêque de Paris, vingt ans avant la fameuse Déclaration de 1682 '.

Cette opinion schismatique a survécu pourtant jusqu'au concile du Vatican, malgré les oppositions de presque toute l'Eglise, et malgré les anathèmes plusieurs fois répétés des Souverains Pontifes.

§ 2. — Les doctrines démocratiques et taultitudinistes

dans l'Église.

Le système que nous venons d'exposer d'après d'Ailly est tout aristocratique; il institue en fait la prédominance des évêques, c'est-à-dire de l'aristocratie ecclésiastique, et aussi des docteurs en théologie et en droit canon, c'est-à-dire de l'aristocratie doctrinale ou scientifique -.

Le plus célèbre disciple du futur évêque de Cambrai, le chancelier Jean-Geçson, va plus loin, et soutient que les curés ont voix définitive dans les conciles aussi bien que les évêques^.

Le concile de Constance admettra cette doctrine : il permettra aux simples prêtres et même à certains laïques de siéger comme juges. Le conciliabule de Bâle ira plus loin et, dans ses dernières convulsions schis-matiques, il ne comptera plus guère que des ecclésias-

\. Mémoire demandé par le ministre Le Tellier à l'arclievêque de Par s (li;C!2}. n est resté longtemps manuscrit à Saint-Sulpice, puis à la Bibliolhèque Max.arine (2,284) et à la bibliothèque Nationale (17,614). M. Puyol en donne de longs extraits dans son livre : Edmond Richer, t. II, p. 433. — Cf. Bouix, De Papa, t. I, p. 566.

2. Von der Hardt, t. H, col. 224. Voir le chap. xv de cet ouvrage.

3. Gerson, De potest. ecclesiastica, consid. XII, t. II, col. 249. Item, Sermo de privilegiis mendicantium : 0pp. Gerson., t. II, col. 436. — Un auteur protestant a pu montrer les rapports qui existent entre Gerson, Wiclef, Jean Hus et les réformateurs. Cf. Arminius Jepp, Gerson, Wiclefus, ITussus (Gœttingue, 1837). — Ém. de Bonsechose, Les Réformateurs avant 1% Reforme, Jean Rus, Introd., p. 71.

tiques ^ de second ordre, délibérant et se disputant au sein d'une complète anarchie.

Nous verrons plus tard les pires Gallicans s'emparer de ces doctrines. Richer déclarera que les simples prêtres seront juges nécessaires dans toutes les difficultés dogmatiques, qu'ils ont un suffrage délibératif et décisif en vertu même de leur caractère sacerdotal ^.

C'est ce qu'on pourrait appeler le système démocratique modéré.

D'autres, avec le même Gerson, descendront encore plus bas et verseront dans cette démocratie absolue ou radicale, qui se nomme le multitudinisme.

D'après eux, le pouvoir spirituel réside tout entier dans le corps mystique de l'Église qui le communique au Pape et aux évêques. Ce système, on le voit, correspond à celui de l'origine démocratique du pouvoir en politique. Les chefs des deux sociétés ne recevraient l'investiture de leur autorité que par l'intermédiaire du peuple ^.

Si cette opinion est soutenable en politique, elle ne

1. A la 33" session, qui prit des décisions graves, on ne compte que 20 prélats, tant évêques qu'abbés, et 400 autres ecclésiastiques, Copistarum etpaedagogorum grex, dira l'archevêque de Milan, colluvies copistarum, s'écriera Patricius, turba inconsulta et confusa, synagoga Satanae, avouera ^neas Sylvius, le futur Pie II, trop longtemps partisan de ce conciliabule. Ces idées démocratiques inspireront aussi Saint-Cyràn {Petrus Aurelhis, 1632), Travers, Maultrot et les auteurs schismaliques de la Constitution civile du clergé.

2. Defensio libelli de eccl. et politica potestate, I.IY, c. III (1701). — Cf. PuYOL, Edmond Richer, 1. 1, p. 444.

Le synode hérétique et schismatique de Pistoie (l"9i) renouvela cette doctrine gallicane (bulle Auctorem fidei, pr. 9 etlO) et tout récemment les Vieux-Catholiques semblèrent aussi adopter cette erreur presbytérienne. On ne saurait la confondre cependant avec l'hérésie de l'église d'Ecosse qui n'admet pas le corps épiscopal.

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