‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 7 sur 186 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

l'église et le monde chrétien a la fin

DU XIY® siècle

Le grand schisme d'Occident termine douloureusement le XIY* siècle et jette dans les commencements du XV* le trouble et l'inquiétude. Il divise le monde politique aussi bien que le monde ecclésiastique, et partage l'Europe chrétienne en plusieurs camps ennemis. [Les problèmes qu'il a soulevés lui ont survécu, et, à fl'heure qu'il est, ils ne sont pas tous résolus encore. Sans doute, les désordres religieux qu'il a fait naître ont disparu ; les incertitudes doctrinales qu'il' a trop longtemps perpétuées ont été radicalement, sinon uniersellement, supprimées au concile du Vatican; mais i question historique reste encore presque entière : iie quel côté se trouvait alors le vrai pape, le légitime açcesseur de saint Pierre ?

'i LE GRAND SCHISME. - , ;

Pendant quarante ans, l'Eglise a cherché, sans le trouver, son véritable chef, un pontife qui fût reconnu sans conteste. Crise effroyable que celle que subissait alors la chrétienté ! Luttes douloureuses dont les conséquences se sont fait sentir jusqu'au milieu du XIX® siècle, en entretenant chez nous ce schisme en puissance qui s'est appelé le gallicanisme! Epreuve heureusement unique dans tout le cours de l'histoire ecclésiastique! ,

Nous ne l'ignorons pas : à certains jours malheureux de ses annales, l'Église avait vu des antipapes déchirer la robe sans couture de son unité et désunir le royaume . divin sur la terre. Issus du caprice d'un monarque ou d'une révolution populaire, ces intrus sans conscience, ces passants téméraires disparaissaient bien vite dé la scène où ils n'avaient été que des figurants, et leur in- . fluence était aussi éphémère que leurs titres étaient vains. Les fidèles avaient oublié rapidement, si jamais ils les avaient connus, les noms d'un Ursin, d'un Romain, d'un Théophylacte, les sacrilèges prétentions d'un intrigant comme Guibert de Ravenne ou les extrava-gances d'un esprit faible comme Pierre de Corbière.

Il n'en fut pas de même de la funeste scission de 1378. Le dualisme apparut tout de suite si profond, si fortement appuyé sur des intérêts contradictoires, si bien soutenu par des forces opposées, que le conflit sembla, dès l'abord, irrémédiable. Allait-il s'éterniser,en dépit de l'unité promise par Jésus-Christ ?

On put le craindre, surtout quand plus tard on vit , pendant huit années, trois pontifes ceindre la tiare en: i même temps, et partager en trois obédiences rivales la j chrétienté scandalisée et désorientée. « Les choses alloient malement, écrivait alors notre Froissart ; et si ,^ nostre foy n'eust été si fort confermée en l'humain

f ' ' L'ÉGLISE ET LE MONDE CHRÉTIEN. 3

i^enre et en la grâce du Saint-Esperit, qui renluminoit

les cueurs des fourmenés et desvoiés et les tenoit fermes en unité, elle eust été croslée et b^anslée^ » Le fleuve de la tradition, découlant d'une source divine, allait-il, après quatorze siècles, se diviser en trois branches qui ne se rejoindraient plus? Tout autre fut le résultat et tout autre la conséquence qu'il convient d'en tirer. « Ge fléau des contemporains est un trésor pour nous dans l'histoire, dit de Maistre. Il sert à prouver que le trône de saint Pierre est inébranlable. Quel établissement humain résisterait à cette épreuve 2? »

Sur ce point, les ennemis sont aussi affirmatifs que les amis. « Un royaume temporel y eût succombé, a écrit un historien incrédule ; mais l'organisation du royaume spirituel était si merveilleuse, l'idée de la Papauté si indestructible, que cette scission, la plus grave de toutes, ne fit qu'en démontrer l'indivisibilité ^. »

De l'excès du mal allait donc sortir une preuve nouvelle, plus frappante et plus décisive, de la divinité originelle, de l'unité et de la perpétuité nécessaires de l'Église. Le monde catholique, tenu en suspens pendant quarante ans, attendait cette démonstration et la Providence allait la lui fournir.

SI- — État de l'univers catliolic[ue.

^ Quel était donc l'état de l'Europe chrétienne au moment où s'ouvre la période du schisme ? Telle est la question fondamentale qui doit nous préoccuper tout d'abord.

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