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2. Il y eut cependant trois cardinaux qui refusèrent de Jurer, dit la pièce rapportée par Ehrle, p. 402. Baluze affirme qu'il n'y en eut qu'un seul, le cai'dinal de Pampelune, op. ctï., p. 571.
Au conclave d'Avignon, il se déclara partisan de la cession. « Il faisait l'Aigneau-Dieu et il semblait que ce fust merveille : je l'eusse voulentiers eslu, si j'eusse eu voix à l'élection », disait plus tard Simon de Cramaud^. Comme il avait paru jusqu'alors insinuant et éloquent, de vie exemplaire et de caractère pacifique, il fut choisi par tous les membres du Sacré-CoUége. On était persuadé qu'il tiendrait plus encore qu'il ne promettait, et que, sous son règne, l'union ne rencontrerait point d'obstacle, au moins de sa part. Il avait voulu d'ailleurs refuser le poste d'honneur qu'on lui offrait 2. Pendant les cinq premiers mois de son règne, il sembla donner raison aux conjectures les plus optimistes. 11 avait dit un jour en ôtant sa chape : « Je résignerais la papauté avec autant de facilité que je quitte ce vêtement. » ^ « J'aimerais mieux me faire cordelier que de retenir l'Eglise en pareil schisme », ajoutait-il, et l'on était persuadé qu'il disait vrai.
§ 2. — État d'esprit du nouveau pape.
Malheureusement chez Benoît XIII, comme chez Urbain VI, on vint à constater bien vite un déplorable changement de conduite et de caractère ^. Est-ce l'effet d'une ambition jusque-là dissimulée et enfin découverte ? Est-ce l'accoutumance des honneurs et de la
1. Discours au concile de Pai'is de 1406. Cf. Bourgeois du Chasteset, Nouvelle histoire du Concile de Consiance, Preuves, p. 216.
2. Diu renitens, dit la pièce rapportée par Ehrle, p. 403. Invita et diu renuente inthronizatus, p. 403.
3. Chronic. Karoli VI lib. XV, c. dO. Le religieux de Saint-Denis rapporte le même fait et l'attribue à Clément VII : lib. HI, c. 14. — Cf. Valois, t. II, p. 401.
4. c^Petrus ille de Luna, liomo nunquam non lunaticus, turbavit omnia. » Meyer, Annales rerum Flandricarum, a. 1406, p. 223.
plus haute dignité du inonde qui lui en rendaient le sacrifice plus difficile ? Qui le dira?
Pourtant les premières dispositions de Benoît avaient été excellentes. Immédiatement après son élection, il s'était empressé d'écrire au roi : « Je vous notifie ma promotion, disait-il en substance, et je vous assure en même temps de ma ferme et sincère intention de faire cesser le schisme. Je mettrai à profit vos bons conseils et ceux des princes vos oncles pour que vous conserviez tout entière la gloire d'avoir rendu ce grand service à rÉglise. J'emploierai pour arriver à mon but tous les moyens raisonnables et possibles; mais, je vous en prie, envoyez tout de suite en Avignon une ambassade solennelle. J'accepterai sans tergiverser tout ce qui sera proposé par elle. J'aimerais mieux finir mes jours dans le désert ou dans le cloître que de contribuer en quelque façon à prolonger cet état de désordre si préjudiciable à tous ^ »
Une lettre de Y Aima Mater rappela au nouveau pape, en termes pressants, le désir qu'il avait toujours manifesté de rétablir l'union. « Aujourd'hui, disait-elle, le moment est favorable, et le Ciel semble vous seconder. Mettez sans retard à exécution ces projets de concorde arrêtés depuis longtemps dans votre esprit. Si vous hésitez, les flatteurs, les ambitieux, les courtisans viendront qui vous solliciteront en sens contraire. Vous prendrez insensiblement le goût des honneurs et vous agirez comme votre prédécesseur. Qui sait pour combien de temps vous posséderez ce pouvoir que Dieu vous a confié? La paix de l'Église est entre vos mains, car votre rival tiendra sans doute à vous imiter. S'il vient à refuser de le faire, vous aurez convaincu tout le
i. Chronic. Karoli VI lib. XV, c. 9.
monde de votre bon droit et votre compétiteur sera renversé comme le plus obstiné des schismatiques. Le salut et l'unité de l'Église dépendent donc de vous*. »
Le Pape accueillit tout d'abord favorablement cette requête si touchante et reçut avec bienveillance le rôle de promotions que lui envoyait l'Université en faveur de ses maîtres et de ses élèves. Benoît désirait qu'on lui députât une ambassade extraordinaire : Charles ne crut pouvoir mieux l'aire que d'envoyer au Pape son aumônier Pierre d'Ailly pour préparer les voies. Le docteur, jeune et déjà illustre, était depuis cinq ans chancelier de l'Université de Paris, et il venait d'être élevé à la dignité de trésorier delà Sainte- Chapelle ^.
Par ces charges si importantes il appartenait tout à la fois à VAlma Mater et à la cour; il allait les représenter l'une et l'autre devant le nouveau pontife d'Avignon. De plus, par ses correspondances avec les personnages les plus influents de l'époque^, par son esprit diplomatique, par son désir sincère de mettre fin au schisme, il était tout naturellement désigné pour cette mission de confiance (octobre 1394).
Les discours que Pierre d'Ailly prononça dans cette grave occurrence ont été conservés, et nous les avons lus dans im manuscrit de la bibliothèque de Cambrai''".