‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 79 sur 186 · EnuLF, ibid., pp. 92 et · texte numérisé non relu

EnuLF, ibid., pp. 92 et

conduite de Charles et de ses conseillers était considérée par les prélats eux-mêmes comme juste et légitime. Déjà, vingt ans auparavant, Charles V avait approuvé les cardinaux rebelles quand il s'était agi de créer un nouveau pape. Aujourd'hui le fils de Charles s'alliait avec le Sacré-Collége pour renverser le successeur du pontife que son père avait reconnu et soutenu. A dater de l'élection de Fondi, le pontife intrus d'Avignon s'était mis sous la tutelle du roi de France. Aujourd'hui le souverain, qui ne devait être que l'évêque du dehors, devenait le pape du dedans ; l'autorité séculière s'imposait aux consciences et prétendait les soustraire au pouvoir pontifical.

Par un phénomène heureusement presque unique dans son histoire, notre pays allait donc briser volontairement tout rapport avec la suprême puissance religieuse. Il n'avait jamais reconnu le pape de Rome ; il allait répudier celui d'Avignon.

Il nous faudra descendre dans nos annales jusqu'aux mauvais jours de la Révolution pour que la France .revoie une crise semblable, et soit tout à la fois témoin et victime d'une situation aussi extraordinaire. Pendant cinq années, le pouvoir pontifical n'existera plus pour elle.

Nous devons le constater et l'affirmer, le roi de France , ou plutôt ceux qui parlent en son nom , outrepassent évidemment leur pouvoir. Sans doute, le pape d'Avignon est douteux en droit, mais, en fait, l'Église gallicane l'a, à plusieurs reprises, formellement reconnu. En brisant avec Benoît, la France fait un schisme dans un schisme, et sème les germes de ces divisions qui se formuleront à Constance en 1415 et à Paris en 1682. L'Assemblée de 1398 inaugure une sorte de Constitution civile du clergé et pré-

lude à ces procédés despotiques que Napoléon allait plus tard reprendre à l'égard de Pie VII.

Elle va même plus loin que l'Empereur n'osera aller. Que dire de ce règlement émanant du concile de Paris de 1398? « Quant à ceux qui auraient scrupule de conscience d'obéir à la soustraction, il a été dit qu'ils sont tenus de se conformer à la détermination du Roy et de déposer leurs scrupules, et s'ils ne le voulaient faire, le Roy y pourvoirait et devrait y pourvoir ». Tout ce que l'on enlève au pape on l'accorde donc bénévolement à ce roi qui se nomme Charles VI, c'est-à-dire au prince le moins intelligent qui ait jamais régné sur notre pays. C'est lui qui exerce cette main-mise sur les consciences, qui devient le grand directeur des âmes et qui a laprétention d'indiquer au clergé lui-même ce qu'il faut penser sur les points les plus graves. On lui octroie sans scrupule une infaillibilité laïque, mais absolue. C'est le monarque ou plutôt c'est le grand chancelier de France qui, pendant cinq ans, se constituera l'arbitre de l'Eglise, voudra la diriger dans toutes ses voies et agira comme s'il était le vrai pape français ^

•1. Du Boula Y, t. IV, pp. 882 et 883.

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