Pastor, Histoire des Papes, 1. 1, p
3. On le sait, nous regardons comme inadmissible le récit, d'ailleurs très pittoresque, que fait Froissart d'une ambassade de Pierre d'Ailly à Avignon immédiatement avant le siège de la place pour poser un ultimatum au nom du roi de France, t. XVI, p. d21. Cette histoire a été réfutée par le P. Ehrle (,Archiv, i88d,-l. V,p. 394-492.— CÎ.VHistoire des Conciles d'HEFELE, 2° édit. allem. par Alois Ksoepfler (Fribourg, 1890), t. VI, p. 833, n. 2. — Les Chroniques de Charles VI ne parlent pas de cette ambassade. Froissart l'a confondue sans doute avec la mission du mois d'avril, dont nous avons parlé au chapitre précédent, p. 463. — Voir une intéressante lettre du roi Martin d'Aragon dans DœtLixGER, Beiirâge, III, 333.
en ville criaient bien haut qu'ils ne pouvaient ni ne voulaient soutenir une guerre contre la France. Benoît leur répondait : « Votre cité est forte et bien approvisionnée. Défendez-vous : J'aurai tôt ou tard du secours de l'Aragon, mon pays d'origine, ou d'ailleurs. Je me charge de la résistance dans mon palais ^ . »
En effet, l'énergique pontife était prêt : déjà depuis longtemps il avait fait mettre en état de défense le formidable château des Papes ^. Les salles où avait chanté Pétrarque ne cessèrent point de répéter les appels réitérés des sentinelles; les armoires, autrefois pleines de manuscrits précieux, se garnirent d'épées et de viretons, et les fenêtres ogivales aux larges baies, d'où Jean XXII et Urbain V se plaisaient à contempler les rives majestueuses du Rhône, se convertirent en étroites meurtrières d'où les 300 soldats aragonais de Benoît surveillaient et inquiétaient les assiégeants.
Grâce aux efforts de Boucicaut et de ses aventuriers, le comtat Venaissin était en pleine révolte; les Avignonnais se souciaient peu de défendre leur pontife; de gré ou de force, ils embrassaient ouvertement le parti des cardinaux fugitifs. Ils ouvrirent leurs portes aux bandes ennemies, commirent plus d'une violence et concoururent à l'attaque du palais fortifié. Le cardinal de Neufchâtel, oublieux de sa dignité et des serments qui le liaient au Pape, alla plus loin qu'eux tous, parcourut la ville à cheval et en costume de guerre, et excita le peuple à la révolte. Tous criaient à l'envi : Vive le Sacré-CoUége ! Vive la cité
i. Chronic. Karoli VI lib. XIX, c. 8; lib. XX, c. S. — Martène et Durand, Vet. Script., t. VII, praef., p. LXII. — Baluze, t. II, p. -Haa. 2. EiiRLE, Archiv, t. VII, p. 18 et 67.
d'Avignon ^ ! Quelques jours après, le Cardinal fut frappé lui-même d'un coup mortel et quelques-uns virent dans cette mort sanglante un châtiment du Ciel. Les mines étaient poussées jusque sous les tours ; les bombardes et les arbalètes lançaient sans cesse de grosses pierres et des viretons. La tour du pont fut prise et Geoffroy y arbora ses bannières. Benoît, qui dirigeait énergiquement la résistance, fut blessé d'un éclat de pierre dans une de ces attaques. De quelque côté qu'il se tournât, il ne voyait aucun souverain disposé à lui porter consolation ou à lui prêter assistance.
En effet, beaucoup de princes et de villes avaient suivi l'exemple de la France et de l'Angleterre et avaient abandonné l'obédience du pontife d'Avignon.
Marie, reine de Naples et de Provence, l'avait délaissé ^ ; la Castille et la Navarre refusaient désormais d'obéir; au nord. Cambrai et Besançon, dépendant de l'Empire, brisaient les liens qui les rattachaient à Benoît. D'un autre côté, son confesseur, saint Vincent Ferrier, n'avait point voulu se renfermer avec lui dans la citadelle que les Français s'apprêtaient à forcer. Il désapprouvait hautement cette résistance à main armée. Tout semblait lui manquer à la fois, et là forteresse d'Avignon, qu'il avait si bien munie de vivres et de matériel de guerre, était chaque jour serrée de plus près. Une énorme provision de bois avait été brûlée par le feu grégeois que lançaient les assiégeants aidés des Avignonnais révoltés ^, la garnison ne pouvait plus faire cuire ses aliments, les vivres frais faisaient défaut, le vin manquait ainsi que les remèdes,
1. Cf. Ehble, t. V, p. 427, t. Vn, pp. 180 et 234. — Baldze, t. II, p. d423.