PÉTRARQUE, VaV
verains pontifes, retirés sur les bords tranquilles du Rhône, pouvaient se convaincre de la vérité des remarques que saint Bernard adressait à son disciple Eugène III : « Quoi de plus connu, s'écriait-il, que l'arrogance et l'orgueil des Romains ? Peuple étranger à la paix et accoutumé à la révolte, peuple récalcitrant et intraitable, qui, jusqu'à présent, n'a obéi que quand il n'a pu résister * . »
Deux ans avant le schisme, l'auteur du livre curieux qui est intitulé Songe du Vergier, proférait des plaintes semblables : « C'est à cause des démérites du peuple romain que le Sauveur lui a préféré la France. Le Romain ronge toujours, et quand il ne peut ronger, il se prend à haïr :
Romanus rodit : quos rodere non valel, odit.
« Neuf fois les Papes ont été chassés de la Ville éternelle : neuf fois nos rois les ont rétablis. La France est le refuge des papes : Rome est leur ruine. Ces païens incorrigibles sont les descendants impénitents des meurtriers de saint Pierre et de saint PauP. »
Les cités mères et maîtresses du monde chrétien souffrent donc toutes deux du même malaise : le Pape leur manque. Mais le mal, incurable à Byzance, est guérissable à Rome. Pourtant la ville des papes en gémira trop longtemps et fera souffrir avec elle la chrétienté tout entière jusqu'à la fin de ce grand schisme, dont il nous reste à exposer maintenant les causes éloignées et prochaines.