Cf. le chap. lY de ce volume, p. TO
lutionnaire a soufflé sur la chrétienté : depuis le temps de Philippe le Bel, il a affaibli toutes les monarchies. Il a déjà produit Wiclef en Angleterre et va bientôt faire naître Jean Hus en Bohême. Ces doctrines subversives vont se traduire par des faits. En Angleterre, Richard II vient d'être détrôné par son cousin Henri de Lancastre qui le fera bientôt assassiner. En Allemagne, Wenceslas vient d'être illégalement déposé et remplacé par Robert de Bavière, puis il sera jeté en prison.
En Hongrie, Ladislas et Sigismond se disputent le trône de saint Etienne, pendant qu'en Castille Henri deTrastamaretue de sa main son frère Pierre le Cruel.
En Navarre règne Charles le Mauvais qu'il suffit de nommer ; en Aragon gouverne Don Pèdre le Cérémonieux qui fait pendre par les pieds le légat chargé de r excommunier .
En Italie, la débauche fait naître la cruauté, la chair appelle le sang. En 1382, c'est Jeanne deNaples, la protectrice de Clément VII, qui fait étrangler son mari pour les plus honteux motifs et qui meurt étouffée par les ordres de son neveu ; en 1586, c'est Charles de Duras qui tombe assassiné à Naples par la reine Elisabeth de Hongrie que le ban de Croatie met à mort à son tour; Au nord de la péninsule, c'est le gibelin Barnabô Visconti qui se souille de mille désordres et de mille cruautés et dont son neveu Galéas débarrasse le pays, en 1385. Si nous rentrons en France, le tableau se complète sans s'embellir ; Charles VI n'a que des lueurs intermittentes de raison et Isabeau de Bavière trahit la vertu aussi bien que le royaume. C'est la crise des trônes comme celle des autels.
En lisant le récit de toutes ces tragiques révolutions, on se rappelle certains vers magnifiques de Lucrèce. Lui aussi raconte les maux divers engendrés par J'am-
bition et dépeint l'existence misérable des souverains, exposés à l'envie, comme les sommets à la foudre.
Ergo regibus occisis subversa jâcebat Pristina maj estas soliorum et sceptra superba...
ce Les rois sont tués, la majesté antique des trônes abattue; les sceptres superbes gisent à terre, la couronne ensanglantée pleure son déshonneur ^. »
Dans l'Église, au contraire, malgré les misères du schisme, la puissance de la tiare et des clefs reste intacte au sein de chaque obédience ; l'une sans doute se trompe, mais veut rester fidèle quand même au véritable successeur de saint Pierre. La hiérarchie vraie et divine continue à exister et son autorité se répand comme la sève dans deux branches parallèles sorties du même tronc. Quel que soit celui que le peuple chrétien considère, par une erreur commune presque invincible, comme la vraie tête du corps ecclésiastique, il donne à ses subordonnés les mêmes pouvoirs qu'auraient pu leur accorder les papes incontestés qui se sont nommés Grégoire VII ou Innocent III ^. Le pouvoir d'ordre et celui de juridiction ne font donc défaut à aucun représentant de Jésus-Christ dans les deux obédiences. Plus tard seulement, Pierre de Lune, un