BOrRGEOIS DU CnASTESET, p
ft. Chronic. Karoli VI lib. XXIII, 1 — Schwab, Johannes Gerson, p. 153.
être le chevaleresque défenseur du pontife. 11 comprenait la terrible responsabilité de la France, si pendant ce blocus trop prolongé il arrivait un malheur au Pape ^ . Des discussions violentes s'élevaient parfois entre eux à ce sujet, même dans les assemblées les plus solennelles. D'un autre côté, les cours de Castille et d'Aragon venaient de faire parvenir jusqu'à Paris l'écho de leurs plaintes trop justifiées à propos de l'emprisonnement prolongé du pontife d'Avignon.
Benoît, encouragé par ces sympathies, profita d'une occasion de s'évader qui s'offrit à lui. Un chevalier normand, tout dévoué au duc d'Orléans, le capitaine Robert de Bracquemont, était chargé de la garde du» Pape; il jouissait du privilège d'entrer dans le palais. d'Avignon et d'en sortir librement. L'adroit captif l'appelle, lui communique son dessein et obtient l'aide du capitaine.
Le soir du 11 mars 1403, Benoît revêt des habits, d'emprunt, place sur sa poitrine la sainte Eucharistie, . et dans ses vêtements une lettre de Charles VI munie du sceau royal, et il sort hardiment du château des Papes avec trois compagnons. Conduit par l'audacieux gentilhomme, il traverse heureusement tous les postes, et se rend dans une maison de la ville où plusieurs, chevaliers français qui l'attendaient lui offrent leurs, hommages et leurs services. Avec eux, il rejoint une escorte de 400 hommes que Bracquemont tenait en réserve. Au lever du soleil, il s'embarque sur le Rhôneet il arrive à Château-Renard^, sous la protection du
i. Ehrle, t. Vn, pp. 66 et 92. — Jouvenel des Ursins (édit. Godefroy),. p. 133.
2. Chronic. Karoli VI lib. XXHI, c. 16. — Cf. Ehrle, p. 449. — Du Boulay donne la date du 16 marsTpcur la fuite du Pape : elle est certainement, fautive.
roi de Sicile. Avignon, en s'éveillant, apprit la fuite du captif et la population laissa partir pour le rejoindre le reste des serviteurs du Pape. Les cardinaux euxmêmes et plusieurs évêques allèrent présenter au pontife délivré les hommages qu'ils lui avaient parfois refusés dans sa prison : c'étaient des roseaux pliant à tout vent, dit le Chroniqueur de Saint-Denis ^ . u Le jour même de son arrivée à Château-Renard, Benoît adressa au roi de France, à son conseil et à l'Université trois lettres de même teneur. Il leur disait en substance : « Notre détention n'a pas produit les résultats pacificateurs qu'on en attendait : nous nous en sommes délivré et nous vous en donnons avis comme d'une chose qui doit vous réjouir singulièrement. Nous espérons que la bonté divine fera servir notre fuite à la gloire de Dieu, à la prospérité de l'Église ainsi qu'à l'honneur de la maison royale de France ^. »
Peut-être faut-il voir quelque ironie dans ces dernières paroles du Pape adressées à ceux qui l'avaient fait emprisonner. A notre avis, Pie VI, Pie VII et Pie IX quittant Rome dans des circonstances qui rappellent celles-ci, nous offrent un spectacle d'une grandeur et d'une dignité supérieures.
Benoît pourtant sut se montrer magnanime; il se réconcilia avec les cardinaux (29 mars 1403) et ne tira point vengeance des Avignonnais qui avaient été si longtemps révoltés, mais qui revinrent à l'obédience ■àa Pape avec la versatilité dont ils avaient fait preuve en l'abandonnant ^. Le pontife leva toutes les censures prononcées contre eux et les força seulement à répa-^