‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 96 sur 186 · Opp. Gersonii, t. II, col · texte numérisé non relu

Opp. Gersonii, t. II, col

Pierre d'Ailly, dont nous retrouvons le nom dans toutes les péripéties de ce grand drame, venait de publier un ouvrage fort remarqué sur la crise religieuse du royaume. Cet écrit est intitulé : De materia concîlii generalis. L'auteur divise son sujet en trois points. Le premier traite de la matière et de la forme du concile qui doit terminer le schisme. Le second pose et résout cette question : Doit-on rendre à Benoît l'obédience avant de réunir ce synode? Enfin, le troisième s'occupe des réformes nécessaires dans l'Eglise ^ .

D'après les idées de Pierre d'Ailly, ce concile de l'obédience de Benoît doit s'abstenir de traiter des matières de foi ou des questions de réforme. Les accusations de parjure, d'hérésie ou de schisme portées contre le pape d'Avignon ne seront pas davantage proposées au Synode. Cette assemblée ne cherchera point de nouveaux moyens d'accommodement, les trois voies précédemment indiquées suffisent ; elle ne s'occupera que d'assurer la liberté dans les délibérations et de maintenir la paix entre la tête et les membres.

Point de formes nouvelles, mais l'application du droit commun et des antiques prescriptions de l'Église.

1. Ce traité a été jugé si important par Baluze qu'il l'a fait recopier en 1687,d'après le ms. 820 Colbert. Il en existe trois exemplaires à la Bibl. Nationale (1480, 1371 et 3124). Cet ouvrage est au moins aussi remarquable que le traité plus général de Durand de Monde, qui porte le même titre. Il se divise en trois cliapitres : La première partie a été attribuée à Gerson et a été imprimée par Ellies-Dupin parmi les œuvres du chancelier (t. If, col. 24) sous ce litre : De Concilio generali unius obedientiae. L'ordre des idées n'est pas le même, mais le fond est presque identique. La seconde partie est restée entièrement inédite. Quant à la troisième, Pierre d'Ailly l'a reproduite, en la modifiant légèrement, treize ans plus tard, et l'a présentée au concile de Constance. C'est le fameux traité, dont les Protestants ont si souvent abusé, qui est intitulé : Tractatus super reformatione Ecclesise in Concilio Constantiensi. Cf. Petrus de Alliaco, praef. XXXII, et p. 120. Nous aurons occasion d'en parler de nouveau plus loin, aux chapitres xv et xvin.

Point d'intervention du pouvoir civil, si souvent disposé à usurper.

L'évêque aborde ensuite le sujet plus immédiatement pratique : Faut-il restituer l'obédience à Benoît avant la réunion du Concile ? Il expose avec une certaine prolixité les trois opinions qui avaient cours en ce moment. La première demandait purement et simplement la restitution immédiate de l'obédieiicei Bien que d'Ailly ne le dise point, c'était la pensée de Gerson et du duc d'Orléans. L'évêque appuie cette manière de voir sur un bon nombre de textes du droit canon.

La seconde absolument contradictoire niait la nécessité et même la convenance de cette restitution, et s'appuyait sur les accusations portées contre Benoît par les trois cardinaux envoyés à Paris en 1399 de la part du Sacré Collège ^ . Nous connaissons tous ces crimes dont on s'efforçait de charger le pontife d'Avignon. Les ducs de Berry et de Bourgogne, une partie des docteurs de l'Université et le patriarche Simon de Cramaud étaient d'avis de maintenir le statu quo.

Enfin la troisième opinion, qui triomphera au concile de 1406 tenait- le juste milieu entre les partis extrêmes et établissait des distinctions. Elle disait : Il y a des droits, des prééminences, des honneurs qui sont dus de droit divin, au Pape parce qu'il est le chef de l'Eglise universelle. D'autres sont accidentels et parfois usurpés au préjudice des prélats et des églises inférieures; tels sont les collations d'évêchés, les réserves pour les bénéfices ecclésiastiques et d'autres privilèges récents et abusifs qu'on appelle les droits de la Chambre apostolique et que saint Pierre et ses vénérés successeurs n'ont point connus. Que les premiers

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