‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 97 sur 186 · Voir chapitre précédent · texte numérisé non relu

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privilèges soient restitués au Pape, c'est justice; lui rendre les seconds, serait injuste et pernicieux.

De longues considérations juridiques tendent à appuyer cette opinion et la connaissance que nous avons du caractère et des autres œuvres de d'Ailly nous permet de croire que ce tiers parti est bien celui auquel appartenait l'auteur.

La discussion se termine par cette prière touchante : « Dans cette extrême diversité de sentiments, que le Seigneur Jésus nous accorde de choisir ce qu'il sait être le plus utile et le plus convenable à l'honneur de son nom et au salut de la sainte Église ! Ainsi soit-il ^ . »

A cause de ces divergences d'opinions, on aurait discuté longtemps encore sans aucun profit, si le duc d'Orléans, avec la permission du roi, n'eût brusqué les choses et mis fin aux débats. Il chargea les métropolitains de recueillir en secret et par écrit les votes de leurs subordonnés, puis il réunit les prélats à Paris, le 28 mai 1403, en l'hôtel royal de Saint-Paul, pendant l'absence du roi et des ducs, ses oncles. Les partisans de la restitution d'obédience étaient les plus nombreux; quand Louis d'Orléans le sut, il prit soin d'en avertir immédiatement le roi. Charles s'en réjouit et donna son adhésion publique à ce projet réparateur (28 mai 1403). Il prêta un serment solennel, en fit dresser un acte authentique et fit chanter un Te Deum à Paris et à Saint-Denis. Malgré les résistances des oncles du roi, l'Université à une grande majorité acquiesça aux propositions de Charles.

L'évêque de Cambrai avait été choisi pour annoncer

4. Ms. 1480, de la Bibl. Nat. f. 108. Nous n'analysons pas la troisième partie qui a été souvent réimprimée (0pp. Gersojiii, t. II, p. 903), et qui d'ailleurs n'a point de rapport avec la question actuelle.

solennellement la restitution d'obédience à Notre-Dame de Paris. Pendant la messe dite par le cardinal de Poitiers, Pierre d'Ailly prit la parole devant le roi, les ducs, les évêques et une nombreuse assistance (30 juillet 1403). Nous n'avons plus son discours, mais les Chroniques de Charles VI, écrites par le Moine de Saint-Denis, nous ont conservé les articles du traité qu'il lut en terminant.

Voici quelles étaient les conditions de cette restitution d'obédience : « Le Pape s'engageait à accepter la voie de cession, si son adversaire venait à abdiquer, à mourir ou à être déposé. Il révoquait toutes ses protestations et cassait toutes les procédures faites pendant la soustraction d'obédience et pardonnait, toutes les offenses faites à sa personne.

« D'un autre côté, les seigneurs de France se joignaient au duc d'Orléans pour supplier le Pape de diminuer les charges des églises du royaume, d'approuver et de maintenir les collations et promotions faites durant la soustraction, par les prélats ordinaires.

« Benoît s'engageait enfin à convoquer, dans le délai d'un an, un concile de tous les prélats de son obédience pour y traiter du rétablissement de l'union, de la réforme générale, des libertés de l'Église et des subsides que le Saint-Siège percevait en France ^ . jj

Ce dernier article était dû, sans doute, à l'influence personnelle et à l'ouvrage récent du savant évêque de Cambrai.

Après cette grandiose manifestation, le cardinal de Thury et plusieurs membres de l'Université adhérèrent à la restitution d'obédience. Une ambassade solennelle

1. Chronic. Karoîi VI lib. XXIV, c. 6. — Cf. Ehrle, t. VU, p. 280. Il publie en français une copie de ce document.

alla en porter l'heureuse nouvelle au Pape ^ ; l'évêque de Cambrai et l'archevêque d'Aix se présentèrent devant Benoît pour réclamer l'exécution prompte et entière de ses promesses (1^' sept. 1403).

La restitution d'obédience était conditionnelle et tout dépendait de la fidélité avec laquelle Benoît se conformerait aux quatre articles du traité. Malheureusement le caractère du pontife d'Avignon reprit bien vite le dessus. Chaque jour, il imaginait un faux-fuyant, il faisait naître une difficulté. Tantôt il refusait de confirmer les promotions faites pendant la soustraction, il privait de leurs bénéfices des sujets très dignes ; tantôt il accablait de taxes et de décimes les Eglises de France et l'Université 2, il multipliait les réserves et ressuscitait toutes ces prétentions qui avaient naguère tant indisposé le clergé français. Il refusait d'écouter ses partisans les plus intelligents et les plus dévoués ^. Ses succès momentanés semblaient ne l'avoir rendu que plus altier et plus opiniâtre et l'avoir attaché davantage à sa douteuse dignité.

Néanmoins, il se croyait obligé de garder encore quelque mesure, de contenter les princes français et surtout le duc d'Orléans, en leur donnant de vagues assurances et en feignant de commencer quelques démarches pour rétablir l'union. C'est ainsi que le 8 janvier 1404 il lança coup sur coup cinq bulles qui promettaient de sa part tous les sacrifices pour rétablir

1. Chronic. Karoli VI lib. XXIV, c. 8. — M.uitène et Durand, Thésaurus, t. II, col. 1301. Appoùiiement final auquel sont d'accord le Conseil du roi et des églises de France sur le fait du schisme (28 may 1403). Ms. Bibl. Vatic. d'après Montfaucon. Bibl. bibl., t. I, p. 70.

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